Le troisième jour, les doigts commencèrent à bouger. Le mouvement partit des extrémitéscelles qui ressemblaient à des chapeaux damanite rouges, sans les petits points blancs. Puis la partie grise sagita à son tour, et avant midi, les doigts ondulaient sur toute leur longueur. Pas dos à lintérieurles excroissances en profitaient pleinement. Lune après lautre, elles se balancèrent dans le pot, essayant de saccrocher aux bords. Élodie eut un petit sourireelle trouvait amusant davoir choisi un pot en forme de tête humaine. On aurait dit quil réfléchissait vraiment.
Les doigts cessèrent dexplorer leur environnement et simmobilisèrentune mouche vola vers la fenêtre. Battant des ailes, linsecte atterrit sur le rideau fleuri et descendit lentement. Après avoir tâté les fibres de son trompe, elle senvola et se posa sur la vitre. Les doigts retenaient leur souffle, de peur de leffrayer. La mouche rampait maintenant vers le bout rouge dun doigt. Après une petite léchouille, elle continua son chemin le long de lexcroissance.
Réaction instantanée. Lextrémité rouge se jeta vers le bas et écrasa la mouche. Un craquement mit fin au bourdonnement, les sept doigts sentrelacèrent en un poing serré et se recroquevillèrent au fond du pot. Le champignon ressemblait maintenant à un cerveau gris avec des veines rouges.
Nourriture pour lesprit, murmura Élodie en sortant une petite marmite du four. Le bouillon de viande commençait déjà à réduire.
***
Elle versa une assiette de bouillon, remua avec une cuillère, inspectabonne consistance, et lodeur était plutôt alléchante. Prenant une louche du liquide, elle en arrosa le pot. Les doigts tremblèrent nerveusement, absorbant avec avidité leau carnée à travers leurs veines. Élodie séloigna de la fenêtre pour observer. Les doigts vibrèrent puis éclatèrent, commençant par les extrémités. Les excroissances grises souvrirent en pétales rouges, parsemés de petites papilles sur leur surface interne. Le champignon, désormais épanoui, reposait comme une fleur écarlate sur la tête de terre cuite.
Un petit rire lui échappa en prenant le pot. Un des doigts tenta datteindre le sien. Elle sifflaet il se figea net.
Cest bien ce que je pensais, chuchota-t-elle en sapprochant de la cave ouverte.
Quelque chose remuait dans lobscuritéelle lança le pot à lintérieur. Un couinement étouffé, puis un bruit mouillé.
Élodie revint vers le poêle et souleva la marmite. Le torchon épais et humide glissait légèrement entre ses doigts, la chaleur de la fonte lui brûlait les coussinets. Le bouillon épais et trouble se déversa dans les entrailles du sous-solqui répondit par un clapotement reconnaissant.
Elle posa la marmite et éclaira la cave avec une lanterne. Les champignons sur les murs sagitaient, leurs doigts gris frémissant. Un à un, ils souvrirent en fleurs rouges aux allures de tentacules, repus du bouillon de viande préparé selon la recette de grand-mère.
Posant la lanterne sur la table, Élodie repoussa le lit en place, ses pieds en fer grinçant sur les planches du sol. Elle vérifia le mécanisme, ajusta la couverture et tira le rideau dissimulant le trou sous le lit.
Une nappe immaculée recouvrit la table, des plats chauds du four furent disposés sur les assiettes. Le sol était impeccable, les lampes à huile remplies. Après avoir changé sa robe usée pour une plus élégante, Élodie se pinça les joues et jeta un coup dœil dehors de sa maisonnette.
Un cavalier en armure brillante approchait du carrefour des trois routes. Nétait-ce pas merveilleux ? Peut-être quaujourdhui, elle allait se marier ! Et si le prétendant ne répondait pas à ses attentes elle pourrait toujours lenvoyer nourrir les champignons de la cave.
Le fiancé arriva droit au perronet la sorcière de lignée Élodie lui sourit jusquaux oreilles.







