Puisque vous êtes si sûr que je suis une femme légère, alors dites à tous ces gens présents avec qui vous avez conçu votre fils ! Vous m’avez bien avoué vous-même !

Puisque vous êtes si sûr que je suis une traînée, alors dites à tout ce beau monde avec qui vous avez conçu votre fils ! Vous vous êtes trahi vous-même !

La voix de Baptiste était un murmure, presque suppliant. Il se tenait au milieu de la chambre, déjà vêtu de son costume de cérémonie, tripotant nerveusement sa cravate parfaitement nouée. Élodie ne se retourna pas. Elle continuait de fixer son reflet dans le grand miroir, traçant lentement, avec une précision chirurgicale, le contour de ses lèvres dun rouge vin. La soie noire de sa robe épousait ses courbes sans laisser place à limagination, tout en restant dune élégance stricte. Une tenue pour une femme qui connaît sa valeur. Une tenue pour la bataille.

Quest-ce quil a, ce costume, Baptiste ? demanda-t-elle dune voix calme, égale, sans la moindre pointe dagacement. Cétait ce calme qui effrayait le plus son mari. Il était habitué à ses emportements, à leurs disputes suivies de réconciliations feintes. Mais cette sérénité glaciale était nouvelle, étrangère.

Enfin tu connais maman. Elle pourrait le trouver un peu trop osé, finit-il par dire, choisissant un mot qui ne sonnerait pas comme une accusation directe.

Élodie termina son maquillage, posa son rouge à lèvres et se tourna lentement vers lui. Un sourire à peine esquissé, froid, jouait sur ses lèvres.

Ta mère trouverait une burqa indécente si cétait moi qui la portais. Tu as oublié son coup de fil à tante Sophie la semaine dernière ? Quand elle lui a chuchoté, assez fort pour que tu lentendes, que je « faisais des avances » à notre voisin retraité ? Le vieux Marcel, quatre-vingt-deux ans, qui me confond encore avec la factrice.

Baptiste tressaillit, comme si elle lavait giflé. Il se souvenait de cette conversation. Il faisait semblant de chercher ses clés dans le couloir tandis que sa mère, dans la cuisine, distillait son venin. Il était simplement monté dans leur chambre, et le soir, il avait conseillé à Élodie de « prendre de la hauteur ».

Élodie, je ten prie, ne commence pas. Cest son anniversaire aujourdhui. Cinquante-cinq ans. Passons juste cette soirée tranquillement. Pour moi. Fais comme si de rien nétait, daccord ?

« Fais comme si de rien nétait. » Cette phrase était devenue le leitmotiv de leurs deux dernières années. Ignorer quand sa belle-mère, devant des invités, doutait ouvertement de ses talents culinaires. Ignorer quand elle lui offrait, pour leur anniversaire de mariage, un livre intitulé *Comment garder son mari*. Ignorer les sous-entendus, les regards en biais, les mensonges éhontés que Jeanne-Marie répandait avec délectation dans toute la famille. Élodie avait ignoré. Elle avait avalé, encaissé, supporté. Pour lui. Pour Baptiste, quelle aimait et qui, chaque fois, la regardait avec des yeux de chien battu, déchiré entre sa mère et sa femme.

Mais quelque chose sétait brisé. Un mois plus tôt, une semaine, peut-être ce matin même, quand elle avait choisi cette robe. Elle sétait regardée dans le miroir et avait soudain compris quelle nen pouvait plus. Quelle ne pouvait plus être « plus maligne », « plus sage », « au-dessus de ça ». La coupe était pleine et son contenu avait gelé, se transformant en une lame de glace tranchante.

Daccord, mon chéri, dit-elle avec une douceur inattendue. Baptiste soupira, soulagé. Je ne ferai attention à rien. Je serai charmante et polie. Je sourirai à tes cousines qui me prennent pour une débauchée. Jembrasserai ta mère et lui souhaiterai longue vie.

Elle sapprocha de lui, effleura le revers de sa veste dun doigt, comme pour en lisser un pli invisible. Il voulut létreindre, mais son corps était tendu comme une corde.

Merci, ma chérie, murmura-t-il. Je savais que tu comprendrais.

Élodie leva les yeux vers lui. Son regard était vide de chaleur, damour. Seul y brillait un calcul froid et précis.

Je prononcerai même un toast. Un joli toast. À la famille, à lhonnêteté, à la fidélité. Je pense que ta mère appréciera.

Elle saisit son petit sac à main, et lair simprégna de son parfum capiteux. Baptiste sourit, ne percevant dans ses mots quune trêve longtemps attendue. Il ignorait quÉlodie ne se rendait pas à cet anniversaire pour capituler. Elle y allait pour lexécution. Et elle navait pas lintention dêtre la victime.

La salle du restaurant, choisie par Jeanne-Marie pour son jubilé, baignait dans un luxe ostentatoire, dorures et cristaux. Lair était épais de parfums mêlés, de laque et de plats chics. Pour Élodie, il était étouffant, comme si elle respirait non de loxygène, mais lautosatisfaction concentrée des autres. Une foule de parents, dont elle navait pour la plupart croisé que deux ou trois fois dans sa vie, sapprochait de leur table, offrant des bouquets et des sourires collés à la glorieuse quinquagénaire. Baptiste rayonnait, présentant sa mère avec fierté, recevant les félicitations comme si cétait aussi son jour de gloire.

À Élodie, dans cette pièce soigneusement mise en scène, était attribué le rôle daccessoire joli mais silencieux. Elle sassit, le dos droit, répondit aux sourires de circonstance par des sourires tout aussi convenus, sentant sur elle les regards gluants et scrutateurs. Tante Sophie, à qui Jeanne-Marie se plaignait delle au téléphone, jeta un coup dœil désapprobateur à sa robe et chuchota aussitôt à sa voisine. La femme dun cousin de Baptiste, après lavoir inspectée des pieds à la tête, se rapprocha ostensiblement de son mari, comme pour le protéger dune mauvaise influence.

Le poison que sa belle-mère avait méthodiquement distillé avait fait son effet. Élodie était une intruse. Une menace. Une femme à la réputation douteuse, tolérée uniquement à cause de Baptiste. Et lui, son mari, son protecteur, ne remarquait rien. Ou faisait semblant. Trop occupé à jouer le fils parfait, entretenant la façade dune famille unie que sa mère avait si bien construite.

Après le troisième plat, lanimateur engagé pour loccasion un homme bedonnant à la voix trop forte frappa dans le micro pour réclamer le silence.

Et maintenant, chers amis, la parole est à notre reine du jour, notre incomparable Jeanne-Marie !

La salle explosa en applaudissements. Jeanne-Marie se leva, majestueuse dans sa robe champagne. Elle balaya lassistance dun regard dominateur, sattardant une seconde de trop sur Élodie.

Mes chers ! Ma famille ! lança-t-elle dune voix de comédienne, profonde, veloutée, teintée de dramatisme. Je vous regarde et mon cœur déborde de bonheur. Quest-ce que la famille ? Cest notre forteresse. Un havre où lon est compris et accueilli. Mais une forteresse repose sur des fondations solides. Et ces fondations, cest lhonnêteté. La fidélité. La pureté des intentions.

Elle marqua une pause, laissant ses mots sinfiltrer dans les esprits. Élodie sentit Baptiste lui serrer la main sous la table. Il croyait à un geste de soutien. Il ne comprenait pas que cétait celui d

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« Écoute-moi bien ! Je suis riche maintenant, et il est temps que nous divorcions, » déclara le mari avec arrogance. Il n’imaginait pas les conséquences qui l’attendaient.