À genoux dans le couloir…

Dans le couloir, à genoux…

On avait emmené le petit Éloi, cinq ans, à lhôpital, jusquau dernier étage. Sa mère, interdite, attendait en bas sur une chaise en bois délavé, sursautant à chaque bruit. La tête lourde, elle appela son mari : « Éloi est en danger. Je ne tiens plus. Cest grave. »

Lhomme répondit calmement : « Il est solide, comme moi et comme son grand-père. On est en fer. Ne taffole pas. Tout ira bien. Maman et moi sommes à la campagne, on cueille des champignons. Rentrez à la maison, laisse les médecins faire leur travail. Ils savent ce quils font. »

Le couloir était sinistre, gris, indifférent à tout.

Elle sortit sur le perron de lhôpital : « Maman, Éloi va mal. Je lai vu aux visages des médecins. Très mal, maman. » Et elle éclata en sanglots.

Sa mère répondit vite : « Écoute-moi. Le mal attire le mal. Chasse ces idées noires, pense à du positif. Crois au meilleur. La lumière attire la lumière. Mais se ronger ne sert à rien. Ressaisis-toi. »

Lair était étouffant dans le couloir. Linfirmière de service lui intima de se calmer : « Allons, madame, pas dhystérie ! Ne gênez pas le personnel. »

Sa sœur, seule alliée, répondit enfin : « Amélie, Éloi va mal. Les médecins ne disent rien. Il est inconscient… »

Amélie murmura avec douceur : « Ça arrive aux enfants. Cest une crise de croissance, crois-moi. Pleurer ne fera qualler plus mal. »

La mère séloigna jusquau bout du couloir, où lombre était plus épaisse. Le bâtiment datait davant-guerre, jamais rénové.

Elle ôta son crucifix, regarda autour delle, sagenouilla, pressant lobjet contre ses lèvres. Peu importait qui la voyait. « Tu es Tout-Puissant, je le sais, jy crois. Tu as connu la souffrance. Tu sais ce que cest. Ta Mère a pleuré comme je pleure. Tend la main, console-moi. Il ny a que Toi, moi, et ma douleur. Je veux Ta miséricorde, Ton amour. Aide-moi, mon Unique. Toi seul, Toi seul. »

Elle resta immobile.

Une porte souvrit, silhouette claire. Le médecin. Il laperçut, sapprocha, lui tendit la main : « Levez-vous. Respirez. Votre enfant ira bien. Cest moi qui vous le dis. Allez, debout. »

Sappuyant sur cette main bienveillante, elle se releva : « Je ne peux pas parler. Merci. Je peux rester ici, sur les chaises ? »

Le vieux docteur sourit : « Non. Rentrez chez vous. Tout ira bien. Appelez demain. » Il lui glissa une carte de visite.

Le lendemain, son mari, sa sœur et sa mère lui dirent quils avaient raison. Quelle aurait dû les écouter au lieu de paniquer comme une folle.

Mais personne ne comprenait quune vérité plus haute les dépassait tous. Elle était dans la prière dune mère, dans son amour, dans Celui qui ne labandonnerait jamais.

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