Tout le contraire des autres

**Journal Intime 15 Décembre**

Ce matin, jai entendu une dispute entre mes sœurs, Aurélie et Chloé, dans la salle de bains. Aurélie, laînée, se coiffait avant daller travailler.

« Chloé, tu es encore là ? demanda Aurélie dun ton agacé.
Bien sûr que je suis là ! Chez vous, les techniciens des télécoms, tout est à lenvers : le service commence à sept heures ! Nous, les employés de bureau, nous travaillons comme des gens civilisés, de huit heures à dix-sept heures.
Ah, les “employés de bureau” ! ricana Chloé. Vous êtes des ouvrières comme nous, sauf que vous vous prenez pour des intellectuels avec vos blouses blanches !
Et qui ta empêchée de faire des études dingénieur ? rétorqua Aurélie. Non, il fallait absolument suivre ton cher Julien à lécole des télécoms ! »

Chloé rougit. Julien, son camarade de classe, avait été le grand amour de son adolescence. Elle lavait suivi comme une ombre, jusquà ce quil épouse une autre étudiante après leur diplôme.

Elle se précipita sous la douche, enfilant ensuite son pyjama douillet, avant de traîner à la cuisine.

« Quest-ce que je pourrais grignoter pour ne pas me réveiller affamée ?
Il reste une moitié domelette sous le couvercle, proposa Aurélie.
Encore des œufs ? Tu en manges tous les jours ! Moi, je préférerais quelque chose de plus léger. »

Chloé prépara des flocons davoine instantanés, remuant lentement le mélange.

« Tu vas tendormir là-dessus, ironisa Aurélie. »

Après deux cuillerées insipides, Chloé abandonna son bol et se dirigea vers sa chambre. Quelques minutes plus tard, ses ronflements résonnaient déjà. Aurélie soupira en regardant lheure : « Pourquoi me suis-je levée si tôt ? Encore une demi-heure pour scroller. »

Soudain, on sonna à la porte. Un télégramme de leurs cousins de province, réfractaires aux moyens de communication modernes : « Bonne année, santé, bonheur » Aurélie signa et retourna à son fauteuil près du radiateur.

Puis elle entendit Chloé se précipiter dans lentrée avant de sexclamer : « Quelle idiote ! » Un claquement de porte, et Chloé avait disparu, laissant son téléphone derrière elle.

« Chloé, où vas-tu ? » Aurélie bondit, mais sa sœur était déjà partie.

***

Chloé courait sur le trottoir verglacé, scrutant les silhouettes devant elle. Il faisait encore sombre, mais elle espérait apercevoir le manteau dAurélie. En entendant la porte claquer plus tôt, elle avait cru que sa sœur était déjà partie. Puis, en passant devant la console de lentrée, elle avait vu le badge dusine oublié.

« Quelle idiote ! » sétait-elle écriée.

Elle avait attrapé son blouson, enfilé ses bottes en vitesse, et était partie à la poursuite dAurélie. Mais celle-ci nétait nulle part. Lusine nétait quà dix minutes, et Chloé arriva rapidement à lentrée. Le gardien la regarda, perplexe :

« Elle nest pas là. Il nest que sept heures et demie, elle arrive toujours à sept heures cinquante-cinq.
Sept heures et demie ? bredouilla Chloé. Quelle idiote je fais ! »

Elle repartit en courant, glissa sur une flaque gelée, et sécrasa sur le trottoir.

« Maman ! » gémit-elle.

Un homme laida à se relever. Sous son manteau, une blouse blanche dépassait.

« Pouvez-vous marcher ?
Je je ne crois pas. »

Il la souleva avec précaution. Dans lascenseur, il demanda :

« Quel étage ?
Troisième. »

Jamais elle navait été aussi près dun homme, et qui plus est, dun si bel homme. Il sentait le parfum masculin et quelque chose de médical.

Aurélie ouvrit la porte, bouche bée.

« Chloé ! Quest-ce qui sest passé ?
Bonjour, dit linconnu. Votre sœur sest probablement foulé la cheville. »

Aurélie attrapa son badge et partit en vitesse, non sans lancer un regard interrogateur.

« Alors, Chloé, examinons cette cheville », déclara le médecin.

Il constata une entorse et appela un collègue.

« Ne vous inquiétez pas, cest un expert. Au fait, je mappelle Théo. »

Elle lui serra la main, imaginant déjà quil la serrerait à nouveau dans ses bras

***

Cette année, nous avons fêté Noël ensemble : Chloé, Aurélie, Théo et son ami Antoine. Nous avons porté un toast à la glace, au badge oublié, et à la magie des fêtes, qui a écrit le début de deux belles histoires damour.

**Leçon du jour :** Parfois, une erreur mène à une rencontre inattendue. La vie a son propre calendrier.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

1 × one =