Le premier jour de l’été pour le petit Léo commença par une attente interminable. Papi Jacques avait décidé de l’emmener tout l’été à la rucher dont son père lui avait tant parlé ! Maman hésita d’abord, puis accepta de le laisser partir, mais pas pour tout l’été, seulement jusqu’à août. En août, papa et maman viendraient le chercher dans le petit village isolé des Vosges – il faudrait alors se préparer pour la rentrée. Cette année, il entrait en CP !

Le premier jour d’été pour le petit Antoine, six ans, commença par une attente interminable. Grand-père Michel avait décidé de l’emmener pour tout l’été à la miellerie, dont son père lui avait tant parlé ! Maman hésita d’abord, puis finit par accepter, mais pas pour tout l’été seulement jusqu’en août. En août, ses parents viendraient le chercher dans ce lointain coin perdu des Vosges il faudrait se préparer pour l’école. Cette année, il entrerait en CP !

Grand-père Michel arriva le matin dans sa vieille Peugeot, apportant des gourmandises des bois, mais Antoine ne leur jeta même pas un regard. Il tournait autour de son grand-père, lui tirant sans cesse la manche de sa chemise et le pressant de partir il avait peur que quelque chose n’arrive et que maman change d’avis. Comprenant son impatience, le vieil homme lui ébouriffa les cheveux en riant :

« Ne t’inquiète pas, petit, c’est décidé ! Mange plutôt ton petit-déjeuner, on déjeunera à la miellerie ! »

Enfin, les bagages furent chargés, et ils partirent ! Pour la première fois, Antoine se retrouvait sans la surveillance de ses parents. Mais après tout, cétait avec grand-père ! Grand-père, cétait un ami. Jamais il ne lui faisait la morale, ne le grondait, et surtout, on pouvait parler de tout avec lui, discuter sérieusement des grands problèmes du monde sans quil le regarde de haut. Comment aurait-il pu en être autrement ? Deux esprits sérieux parlant de choses sérieuses pas de place pour les sourires niais !

En route, Antoine sendormit lamentablement. Il se réveilla seulement quand la voiture se mit à tanguer sur les chemins de terre ils avaient quitté la route nationale. Par la fenêtre, des bosquets de bouleaux défilaient, si près quon aurait pu les toucher ! Et cette odeur ! Existe-t-elle seulement en ville ? Et les champs, couverts de fleurs ! Des taches bleues, jaunes, blanches et violettes sur le vert profond de lherbe. Elles ondulaient sous la brise, comme une mer agitée, et Antoine imagina quils naviguaient, lui et grand-père Michel, sur un bateau.

« On arrive bientôt, papi ? » demanda-t-il en lui touchant lépaule, faisant mine de navoir jamais dormi juste réfléchi, voilà tout.

« Bientôt. Derrière ce petit bois, cest la miellerie. Jean doit nous attendre. Et Minouche avec son petit aussi. »

« Minouche, cest la maman du chaton ? » devina Antoine. « Elle me laissera jouer avec lui ? »

« Si tu la respectes et aimes son petit, bien sûr. Mais si vous faites les fous, elle vous rappellera à lordre avec sa patte cest une maman stricte, pas comme la tienne. »

« Moi ? Par une chatte ?! » sexclama Antoine, incrédule. Jamais une chatte navait osé lever la patte sur lui et voilà que cette Minouche

« Pas nimporte quelle chatte, tu nen as jamais vu de pareille. Surtout, naie pas peur et ne la fixe pas trop longtemps dans les yeux, » expliqua grand-père. « Elle est gentille, mais cest une bête sauvage, et elle protège son petit. »

Enfin, ils arrivèrent. Antoine aperçut deux maisons en rondins une grande, une plus petite. De la plus petite, aux portes ouvertes, sortit un lynx !

Antoine eut un instant de frayeur, mais voyant la bête se frotter contre les jambes de grand-père, il se rassura.

« Ça, cest une chatte ! » sexclama-t-il, émerveillé. Minouche sapprocha, le renifla, et, entendant son admiration, lui cligna de lœil avant de se frotter contre lui. Quand Antoine saccroupit près delle, elle lui poussa le visage de son nez humide. Il éclata de rire.

« Voilà, vous êtes présentés, » sourit grand-père. « Maintenant, tu fais partie de la famille. »

Antoine tournait la tête dans tous les sens, ébahi par les grosses abeilles rayées qui volaient en tous sens jamais il nen avait vu de pareilles en ville. Lune delles se posa même sur sa joue. Et là, le drame arriva. Sans entendre lavertissement de grand-père, il lécrasa dun coup de main. Une douleur fulgurante lui transperça la joue, bien pire quune piqûre chez le médecin ! Les dents serrées, il faillit tomber. Grand-père était déjà là, examinant la blessure. Il retira le dard, puis, tapotant lépaule dAntoine, déclara avec fierté :

« Tu es un vrai petit homme ! Pas un cri, encore moins des larmes ! Cest une abeille qui ta piqué, » expliqua-t-il. « Si tu ne les embêtes pas, elles ne font rien. Elles piquent seulement pour se défendre, si elles se sentent en danger. »

« Enchanté, » lui dit un vieil homme barbu aux yeux rieurs en lui serrant la main. « Moi, cest papi Jean, et toi, tu dois être Antoine ? »

« Ouais, » fit Antoine en hochant la tête. « Je vais vivre avec vous maintenant, » annonça-t-il solennellement.

« Bienvenue chez toi, alors ! » répondit papi Jean en écartant les bras.

« Papi Jean, une abeille va te piquer, » prévint Antoine. « Elle est sur ton front. »

Le vieil homme attrapa délicatement labeille entre deux doigts, lui murmura quelque chose, puis la libéra. Elle senvola, fit un cercle dans lair, et disparut. Incroyable !

En une semaine, Antoine avait exploré les alentours, appris à vivre avec les abeilles, et surtout, sétait lié damitié avec le petit de Minouche, quil avait baptisé Léo. Tous ses moments libres, quand il nétait pas occupé avec les hommes, il les passait avec son nouvel ami à queue courte. Minouche grognait en les regardant jouer, mais ne sy opposait pas. Léo avait trois mois, mais paraissait déjà plus vieux encore quelques mois, et il rattraperait sa mère en taille ! Ils couraient ensemble, jouaient à chat perché. Dans le bois voisin, ils adoraient se cacher. Antoine ne faisait pas le poids : où quil se cache, Léo le trouvait en un clin dœil, ronronnant de joie. En revanche, Antoine pouvait le chercher des heures, et quand, mains en porte-voix, il criait : « Jabandonne ! Léo, où es-tu ? », le chaton sautait du premier arbre venu à ses pieds.

Avec les hommes aussi, cétait passionnant surtout, il voulait leur ressembler. Quand labeille lavait piqué, personne ne sétait précipité pour le consoler. Grand-père Michel avait juste retiré le dard, et papi Jean lui avait tapé lépaule en disant : « Ça arrive. » Point final ! Toute la journée, Antoine avait gardé sa joue gonflée, et les hommes avaient fait comme si de rien nétait gonflée ou pas, ça passerait ! Ça, Antoine avait adoré. Il sétait senti devenir un homme. Il avait même eu envie de se faire piquer lautre joue, mais avait préféré attendre. Si maman avait été là, elle laurait couché au lit et laurait harcelé avec des compresses ici, tout était simple.

Il apprit à se lever tôt, à se laver à leau froide qui le dynamisait pour la journée. Il partait à la pêche avec les hommes, attrapant lui-même quelques gardons. Ensuite, ils les préparaient pour le sal

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Le premier jour de l’été pour le petit Léo commença par une attente interminable. Papi Jacques avait décidé de l’emmener tout l’été à la rucher dont son père lui avait tant parlé ! Maman hésita d’abord, puis accepta de le laisser partir, mais pas pour tout l’été, seulement jusqu’à août. En août, papa et maman viendraient le chercher dans le petit village isolé des Vosges – il faudrait alors se préparer pour la rentrée. Cette année, il entrait en CP !
– Tu ne veux pas vivre selon mes règles ? Alors pars ! – exigea ma belle-mère lors du dîner familial