Lair dans la salle de réunion du cabinet Rothewell et Finch avait la teinte dun thé trop léger. Une odeur de nettoyant pour tapis, cher mais impersonnel, flottait discrètement.
Élodie Laurent se sentait comme un fantôme errant sur les lieux de son propre naufrage.
Depuis six mois, sa vie ressemblait à une lente hémorragie. Aujourdhui marquait la cautérisationla signature qui scellait la fin de son mariage, de ses rêves, et des années passées à croire en un homme qui nexistait plus.
De lautre côté de la table en acajou poli se tenait Théo Moreau, celui qui lui avait jadis promis léternitéet qui lui présentait maintenant un inventaire méticuleux de leurs biens, soigneusement arrangé en sa faveur.
Il nétait pas seul.
Accrochée à son bras se trouvait Camille Lefèvresa version améliorée.
Camille était une symphonie en nuances de beige. Un pull en cachemire, un pantalon taillé sur mesure, des escarpins vertigineuxchaque pièce déclinait une teinte différente de crème, de caramel ou divoire. Ses cheveux blonds luisaient comme de lor filé, tandis quà son poignet délicat scintillait une montre Audemars Piguet en or rose. Elle ne regardait pas les documents. Elle admirait la façon dont les diamants captaient la lumière terne de laprès-midi.
Théo affichait un sourire narquois. Son costume Dior lui collait à la peau, ses boutons de manchette étincelants comme pour souligner sa victoire. Il dégageait lassurance suffisante dun homme convaincu davoir gagné.
« Peut-on accélérer cela ? » demanda-t-il dune voix onctueuse, presque théâtrale. « Élodie est dépassée. Elle est condamnée à rester figée dans le passé. Inutile de prolonger linévitable. »
Le mot « dépassée » fit plus mal quune clause légale. La main dÉlodie trembla légèrement, mais elle signa dun geste ferme. Sa signature était le point final dune histoire damour réécrite en trahison.
Théo se carra dans son fauteuil, satisfait, tandis que Camille déposait un baiser sur sa joue, sa montre brillant comme un trophée.
Élodie rassembla ses affaires, glissa sa sacoche en cuir patiné sur son épaule et sortit sous la pluie. La bruine grise plaqua ses cheveux sur son visage tandis quelle foulait les pavés luisants de la ville. Un instant, elle resta là, vaincue.
Cest alors que son téléphone sonna.
Elle faillit lignorer, pensant à un énième appel de compassion de sa sœur. Mais le nom sur lécran la fit tressaillir : Lefèvre & Associés.
Déconcertée, elle répondit.
« Madame Laurent ? » Une voix précise résonna. « Ici Maître Julien Dubois, du cabinet Lefèvre & Associés. Nous avons besoin de votre présence immédiate dans nos bureaux. Il sagit de la succession de Marguerite Lefèvre. »
Élodie se figea. « Je crois quil y a une erreur. Je ne connais aucune Marguerite Lefèvre. »
« Vous la connaîtrez après avoir examiné les documents, » répliqua Maître Dubois. « Nous vous conseillons vivement de venir. Aujourdhui. »
La communication sinterrompit avant quelle ne puisse protester.
Tremblante, elle héla un taxi. Elle navait plus rien à perdre.
Les bureaux de Lefèvre & Associés étaient à des années-lumière de la pièce terne quelle venait de quitter. Ici, lair sentait le bois ciré et les orchidées fraîches, pas les désinfectants. Élodie suivit une réceptionniste jusquà une salle de conférence privée, où Maître Dubois, un avocat aux cheveux argentés et aux lunettes cerclées dacier, se leva pour laccueillir.
« Madame Laurent, » dit-il avec chaleur, « merci dêtre venue si rapidement. Asseyez-vous, je vous prie. »
Élodie senfonça dans un fauteuil en cuir. « Je persiste à croire quil y a une méprise. »
Maître Dubois glissa un dossier vers elle. « Vous êtes bien Élodie Claire Laurent, née à Lyon en 1985 ? Ancienne épouse de Théo Moreau ? »
« Oui »
« Alors, aucune erreur. Marguerite Lefèvre était votre marraine. Elle est décédée le mois dernier. Dans son testament, elle vous a désignée comme unique héritière. »
Élodie cligna des yeux. « Marraine ? Mes parents ne men ont jamais parlé. »
« Elle était une cousine éloignée de votre mère. Très discrète. Mais elle suivait votre vie de près. Elle admirait votre carrière, votre résilience. Et elle a estimé que vousplus que quiconqueméritiez son héritage. »
Élodie ouvrit le dossier. Son souffle se coupa.
Des actes de propriété des Éditions Lefèvre, une chaîne de maisons dédition et de galeries dart à travers la France. Des actions. Des biens immobiliers. Des comptes en fidéicommis. Une fortune dépassant tout ce quelle avait imaginé.
« Ce ce nest pas possible. »
« Cest bien réel, » murmura Maître Dubois. « Vous héritez de tout. Avec effet immédiat. »
Élodie se renversa contre son siège, le sang battant à ses tempes. Elle pensa au sourire suffisant de Théo, à son mépris, à la montre étincelante de Camille. Pendant quils se réjouissaient, elle était devenue, sans le savoir, lhéritière dun empire.
Le lendemain matin, Théo lappela. Sa voix était faussement détendue.
« Élodie, salut. Camille et moi avons entendu une nouvelle intéressante. Concernant les Éditions Lefèvre. Félicitations, je suppose. » Il rit nerveusement. « Écoute, on devrait peut-être se voir. Pour apaiser les choses. Aucune raison de ne pas rester en contact. »
Élodie faillit rire. Le même homme qui lavait traitée de « dépassée » moins de vingt-quatre heures plus tôt cherchait désespérément à se rapprocher.
« Je ne crois pas, Théo, » répondit-elle calmement. « Certaines choses





