Alors, jattendrai répondis-je dune voix glacée, comme si jétais ailleurs.
Il y a un an, ma mère est partie. Je navais que dix-huit ans quand elle ma quittée. Durant ses derniers jours, elle ma fait une demande à laquelle je ne mattendais pas : ne pas expulser son ex, Antoine, mais lui laisser le temps de se remettre. Bien quils ne soient plus ensemble, ma mère disait quil avait été là pour nous aider, et que sa présence était la seule compagnie qui nous restait. Par respect pour son dernier vœu, jai accepté. Je lui ai laissé une place dans la maison et, même si cétait difficile, jai essayé dêtre patiente.
Aujourdhui, je suis rentrée chez moi après un mois de classes préparatoires. Jétais épuisée, impatiente de retrouver mon foyer, mais en ouvrant la porte, quelque chose ma arrêtée net. Des valises étaient posées près de lentrée. Dabord, jai cru à une erreur, peut-être la visite dun ami ou dun membre de la famille. Puis jai vu que toutes mes affaires étaient en cartons.
Mon cœur sest emballé. Je me suis dirigée vers le salon, où une vision ma glacé le sang. Elle était là, affalée sur le canapé, enveloppée dans la robe de chambre de ma mère. Elle ma regardée avec un sourire suffisant, comme si elle me jugeait.
Oh, tu dois être la gamine quAntoine a laissée derrière lui a-t-elle lancé dun ton moqueur. ÇA SUFFIT ! IL EST TEMPS DE GRANDIR ET DE PARTIR ! Un avocat arrivera dans une heure pour tout texpliquer.
Mon esprit a explosé en mille pensées, mais je suis restée calme. Je savais que si je cédais à la colère, je perdrais. Jai serré les poings, mais je nai rien répondu.
Alors, jattendrai ai-je répété dune voix froide, comme détachée.
Les minutes ont passé, mais la femme na cessé de lancer des piques. Elle sest moquée de mon manque dargent, de mes études, de ma « misérable » existence. Mais je suis restée là, silencieuse, observant, attendant larrivée de lavocat.
Enfin, on a frappé à la porte. Lavocat est entré, lair grave, sa mallette à la main. La femme, si sûre delle, la accueilli avec un sourire arrogant. Elle croyait avoir déjà gagné, que ma présence nétait quune gêne, que je ne pouvais rien contre la richesse de son monde.
Mais lavocat ne lui a pas dit ce quelle espérait.
Bonjour a-t-il déclaré en lui tendant une feuille. Ces documents sont signés et tamponnés. La propriété de cette maison revient à cette jeune femme, comme stipulé dans le testament de sa mère. Vous navez aucun droit pour lexpulser.
La femme est restée sans voix. Son visage est passé de larrogance à la panique, son sourire sest effacé. Lavocat lui a expliqué patiemment quelle ne pouvait rien contre moi. Tout ce quelle croyait avoir gagné sest écroulé devant ses yeux.
Cest alors que je lai vraiment vue : ce nétait plus la femme forte et orgueilleuse qui était entrée avec assurance. Maintenant, elle était perdue, cherchant désespérément une issue. En la regardant, jai ressenti une satisfaction inexplicable. Non seulement javais défendu ma maison, mais javais aussi accompli le dernier vœu de ma mère : tenir bon et ne laisser personne me marcher dessus.
Tu sais ? lui ai-je dit en la fixant, prenant une profonde inspiration. Peut-être que cest toi qui devrais grandir.
La femme a ramassé ses affaires et est partie sans un mot. Antoine, qui avait tout observé en silence, nest pas intervenu. Quand elle est partie, jai eu limpression de reprendre enfin le contrôle de ma vie. Javais défendu ce qui mappartenait, pas seulement pour moi, mais aussi pour ma mère.




