Maintenant, c’est ma chambre” – déclara ma belle-sœur en jetant mes affaires dans le couloir

Maintenant, cest ma chambre, déclara la belle-sœur en poussant mes affaires dans le couloir.

Élodie, tu crois vraiment quon peut manger cette soupe ? fit Laure en fronçant le nez, remuant la cuillère dans le bouillon trouble. Les pommes de terre ne sont même pas cuites.

Mange ce quon te donne, répondit Élodie sans lever les yeux, épuisée. Ce nest pas un restaurant ici.

Je ne cherche pas la petite bête. Mais après le travail, jaimerais un vrai repas. Chez maman, il y avait toujours une soupe chaude quand papa rentrait.

Élodie serra les lèvres. Ça recommençait. Laure vivait chez eux depuis six mois, depuis son divorce, et chaque jour apportait son lot de plaintes : la soupe trop fade, la poussière dans la maison, la télévision trop forte.

Laure, si ça ne te plaît pas, tu peux cuisiner toi-même, dit Élodie en posant son assiette dans lévier. Personne ne ten empêche.

Et quand veux-tu que je cuisine ? Je travaille jusquà sept heures, puis une heure et demie de transport.

Et moi, je dois jouer les bonnes à tout faire ?

Antoine, le mari dÉlodie, entra dans la cuisine, les cheveux en bataille, vêtu dun t-shirt froissé après sa sieste.

Vous vous disputez encore ? Il bâilla. On vous entend dans tout lappartement.

On ne se dispute pas, sourit Laure à son frère, dun sourire soudain radieux. On parlait juste du dîner.

Élodie observa sa belle-sœur du coin de lœil. Comme elle changeait de ton dès quAntoine apparaissait, se transformant en douceur incarnée.

Antoine, tu pourrais parler à la régie pour le chauffage ? poursuivit Laure. Dans ma chambre, il fait un froid de canard. La nuit, je claque des dents.

Antoine se gratta la nuque.

Cest pareil pour tout limmeuble. Cest lhiver.

Mais peut-être quon pourrait déboucher les radiateurs ?

Élodie rangea la vaisselle en silence. *”Ma chambre”.* Comme il était facile pour Laure de sapproprier le salon. Ils avaient pourtant convenu quelle ne resterait quun mois, le temps de trouver un logement.

Élodie, où est la couverture ? demanda Laure. La bleue, celle qui était sur le canapé ?

À la machine.

Elle sera sèche quand ?

Demain.

Et ce soir, je fais comment ?

Élodie se tourna vers elle. Laure affichait une expression de détresse enfantine, celle qui attendrissait toujours les hommes.

Il y a dautres couvertures. Dans larmoire.

Où exactement ? Je ne connais pas vos rangements.

Élodie alla en chercher une dans la chambre.

Tiens.

Merci. Et celle-là, tu pourrais ne pas la laver ? Au cas où.

Laure, on a une machine à laver. On lave régulièrement.

La belle-sœur prit la couverture avec un sourire.

Bien sûr. Cest juste que chez moi, on avait toujours deux exemplaires de tout.

Élodie sentit une contraction dans sa poitrine. Encore une allusion à leur train de vie inférieur.

Antoine, tu nas pas pensé à demander une augmentation ? senquit Laure en sasseyant près de lui. Chez nous, Lefèvre a eu une hausse de cinq cents euros.

Antoine haussa les épaules.

Je ne suis pas Lefèvre.

Mais tu pourrais essayer. Avec linflation

Élodie quitta la pièce avant de dire ce quelle pensait. Derrière la porte de la salle de bains, elle entendit les murmures de Laure et dAntoine. Sa belle-sœur savait rendre toutes ses demandes raisonnables, tandis que ses propres objections passaient pour des caprices.

Une demi-heure plus tard, Antoine frappa à la porte.

Élodie, viens. On doit parler.

Dans le salon, Laure arborait un air satisfait, tandis quAntoine semblait coupable.

De quoi sagit-il ?

On a discuté avec Laure commença-t-il. Elle a vraiment froid dans cette pièce. Notre chambre, elle, est bien chauffée.

Un frisson parcourut Élodie.

Et donc ?

On pourrait échanger ? Temporairement.

Sérieusement, Antoine ?

Pense à elle. Elle est fragile depuis le divorce.

Élodie regarda Laure, qui baissait les yeux, un sourire imperceptible aux lèvres.

Cest notre chambre. Notre lit, nos affaires.

Ce ne sera que pour quelques mois.

Elle cherche vraiment un appartement ?

Laure leva la tête.

Bien sûr ! Mais les prix Peut-être encore un mois ou deux.

Élodie savait que cela signifiait six mois, voire plus.

Antoine, parlons-en en privé.

Dans la cuisine, elle lui fit face.

Tu réalises ce que tu demandes ? Cest notre chez-nous.

Laure est ma sœur. Elle traverse une mauvaise passe.

Et moi ? Je ne compte pas ?

Ne dis pas de bêtises. Elle a besoin de soutien.

Et moi, jai besoin de vivre normalement. Depuis six mois, je marche sur des œufs. Je cuisine, je nettoie, je partage tout. Et maintenant, tu veux lui donner notre chambre ?

Cest temporaire.

Et après ? Elle voudra quoi, la salle de bains ?

Ne sois pas égoïste.

Élodie eut le souffle coupé.

*Moi*, égoïste ?

Plus bas, elle va entendre.

Quelle entende ! Cest *mon* appartement !

Un coup frappé à la porte.

Puis-je entrer ? demanda Laure dune voix doucereuse.

Je ne veux pas de disputes à cause de moi, dit-elle en entrant. Peut-être que je devrais aller chez une amie

Non, Laure, trancha Antoine. On va sarranger.

Élodie comprit quelle avait perdu. Laure jouait parfaitement de la culpabilité, et Antoine cédait toujours.

Daccord, céda-t-elle. Prends la chambre.

Vraiment ? Merci ! Je ferai attention, promis.

Le lendemain, pendant quÉlodie travaillait, Laure avait déjà déménagé. En rentrant, elle découvrit ses affaires entassées dans des cartons dans le salon.

Laure, cest quoi ça ? demanda-t-elle en voyant ses vêtements en vrac.

Tes affaires. Jai eu besoin de larmoire.

On avait dit temporaire !

Oui, mais il faut bien ranger mes choses.

Élodie ouvrit la porte de la chambre. Sur sa coiffeuse, les crèmes et parfums de Laure. Dans son armoire, les robes de sa belle-sœur. Sur son lit, des draps neufs.

Et mes draps ?

À la machine. Ils étaient sales.

Ils étaient propres !

Ils ne mont pas paru très frais.

Élodie sentit la colère monter.

Et tes draps, tu les as achetés ?

Aujourdhui. En bambou, cest meilleur pour la peau.

Maintenant, cest ma chambre, annonça Laure, continuant à ranger comme si elle nétait pas là.

Au dîner, Laure fut charmante.

Merci infiniment, Élodie. Jai enfin bien dormi.

Antoine approuva.

Tu vois, tu tinquiétais pour rien.

Antoine, quand compte-t-elle partir ?

Laure sétouffa.

Élodie, sois patiente.

Je ne la chasse pas. Je demande juste.

Je cherche vraiment, gémit Laure. Mais les prix Et mon sal

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Maintenant, c’est ma chambre” – déclara ma belle-sœur en jetant mes affaires dans le couloir
L’audace sans frontières — Dis-moi franchement, Nathalie, — gémit Nicolas, — quelle différence ça fait, vraiment, à qui on loue la maison ? À de la famille, à des inconnus, l’argent est le même. Nathalie termina d’étendre le linge sur l’étendoir. Il ferait mieux de m’aider plutôt que de pinailler. — Nicolas, répondit-elle, la différence, mon chéri, c’est qu’avec la famille on ne voit jamais la couleur de l’argent. — Tu parles de Damien ? — comme c’est pénible à entendre — C’est mon frère ! Je t’assure, il paiera, cent pour cent. Il ne demande même pas de réduction. Il veut la maison tout l’été, au tarif plein. Comme ça, on n’a pas besoin de chercher de locataires. — Nicolas, c’est une maison au bord de la mer. Je trouve un locataire en cinq minutes. — Dis-moi pourquoi tu insistes à louer à des inconnus ? — Avec des inconnus, c’est simple : contrat, acompte, s’ils ne paient pas — dehors, et basta. Avec la famille, ça devient “oh Nathalie, tu comprends, on a les enfants”, “on te paiera plus tard”, “oups, on a cassé la télé, mais tu ne vas pas nous faire payer une amende ?”. Crois-moi, j’ai déjà donné. Tu ne sais pas comment ça finit. Le pavillon venait des parents de Nathalie, eux aussi le louaient. Ils vivaient dans le Sud, à Nice, et la maison en bord de mer arrondissait bien les fins de mois. Nathalie a fait pareil — mais avec une règle : pas d’amis, pas de famille. Elle avait vu ce qui était arrivé à ses parents, dépouillés par des “amis” trop familiers. — Et ça finissait comment ? — demanda son mari. — Par la famille qui ne payait pas et ne s’excusait même pas. Genre “ça ne te coûte rien de nous héberger”. Eh bien non. La maison, c’est du boulot, Nicolas. Pas une colo gratuite pour ta famille. Damien venait justement de décider que trois mois au bord de la Méditerranée, c’est ce dont sa femme et ses trois enfants avaient besoin. L’été était calme pour son boulot, autant en profiter. Et Nathalie était certaine qu’il ne comptait pas payer. — Damien ne demande pas à être logé gratis ! — plaidait Nicolas — Il paiera. Ils promettent toujours… — Pourquoi s’embêter ? On a toujours la queue de gens prêts à payer le prix du marché. Contrat, acompte, je dors sur mes deux oreilles. Non. Pas de famille, pas d’amis. Les affaires, c’est les affaires. Difficile de discuter avec Nathalie. Mais Nicolas savait comment la convaincre. — Ok. Tu ne fais pas confiance à Damien. Mais moi, tu me fais confiance ? Nathalie attendait la suite. — Oui, et alors ? — Si jamais Damien ne paie pas, je te paie le loyer de ma poche, — lança Nicolas, bravache. Ça valait ce que ça valait. — Grosse affaire : tu me paies avec notre argent à nous. — Oui… si tu le dis… Je peux trouver un petit boulot, le soir ou le week-end. Tout ce que je gagnerai ira pour toi. Ce sera ton argent, pas le nôtre, d’accord ? Nathalie ne pensait pas que ça tenait tant à cœur à Nicolas. Peut-être qu’elle pouvait lui faire confiance, comme il le demandait… — Tu pourrais convaincre n’importe qui, — dit-elle. Toute la responsabilité sur toi. Ok. Le temps passait, elle s’apaisa. Juin arriva… avec des problèmes. Nicolas, qui appelait Damien tous les trois jours pour réclamer au moins un premier mois de loyer, recevait des réponses rassurantes. — Oui, oui, Nico, tout va bien ! L’argent ? Oh, j’attends un gros paiement d’un client, à la fin du mois. Dès que je l’ai, je te verse tout. Désolé, c’est pas de chance. Ne t’inquiète pas ! Fin juin. Toujours rien. Nathalie patienta un mois. Elle fit confiance à Nicolas, sans un mot. Mais après un nouvel appel décourageant, elle demanda : — Alors ? Il a payé ? — Damien n’a pas reçu ses sous du client. Dès que ça arrive, il règle, il l’a promis ! La même excuse. Elle se retint de lâcher un “qui s’en étonne ?”. — Tu vois ? La famille a toujours une excellente raison de ne pas payer à temps. — C’est un hasard ! — bredouilla Nicolas — Ce n’est pas exprès ! Je sais comment ça parait… mais c’est juste pas de bol. Il faut patienter. — Jusqu’à septembre ? Quand ils videront les valises en te remerciant pour le séjour et qu’on ne reverra jamais rien ? — Tu ne risques rien ! Je prendrai un boulot. — Tu ? Maintenant ? Il baissa les yeux. — Encore deux semaines. Après, je paie moi-même… si ça t’est si important. — Tu as voulu prendre cet engagement tout seul. À toi de jouer. L’ambiance à la maison changea, Nicolas devint morose. Juillet. Canicule. Nathalie surprenait Nicolas à regarder des offres d’emploi sur Internet, mais il n’appelait personne. — Nico, tu sais qu’on est le 30 du mois ? Deux tiers de l’été sont passés et toujours zéro euro de loyer, — rappela-t-elle. — Il n’a toujours pas payé… Mais… — Comme d’habitude, “dès que possible”. — Il remboursera tout ! Il a promis qu’on serait payé en priorité, même avec un bonus. — Je n’y crois plus. Tu t’es porté garant. Tu m’as dit “je paie”. Donc paie. Où est ton boulot ? Évidemment, l’idée de double poste n’enchantait plus Nicolas. Promettre, c’est facile. Travailler double, beaucoup moins. — Je chercherai. Mais ce qu’on propose… Je vais pas porter des sacs, avec mon dos. — Demande à ton frère d’en porter. Tu m’as promis ! Ou tu trouves un job, ou j’appelle Damien pour dire que sans au moins la moitié du loyer vendredi, j’expulse tout le monde et je vais au tribunal. Nicolas blêmit. — Appelle pas Damien ! Au tribunal ? Tu imagines la famille, ma mère ? Personne ne comprendrait ! Damien ne veut pas payer, Nicolas ne veut pas assumer, ni aller en justice… et soudain il s’en prend à Nathalie. — Tu te soucies bien peu de moi, ton mari ! Tu ne te gênes pas pour me voir bosser deux jobs pour te rembourser, toi ! — Je ne t’ai rien imposé ! C’est toi qui as voulu ça. — Je ne croyais pas que Damien nous planterait ! — Moi si, — répondit Nathalie. — Pour avoir déjà vécu ça bien des fois. Mais tu ne m’as pas écoutée. — J’ai compris ! — Nicolas joua la victime — Mais toi, Nathalie : tu préfères l’argent à ton mari ! Même si je tombe malade, tu veux que je prenne un autre boulot… — J’exige juste que tu tiennes ta parole. — Très bien ! Je vais bosser et je paierai pour Damien, si l’argent compte plus que moi. Voilà ! Il avait perdu selon ses règles, mais Nathalie avait gagné : il travailla. Pourtant, au fond, elle se sentait amère. Nicolas livrait des pizzas le soir et jetait des regards noirs à sa femme. — C’est à cause de toi… — lança-t-il un soir. — À cause de moi ? — Oui ! — Peut-être qu’au moins là, tu comprendras… — répondit Nathalie. — C’est facile d’être gentil avec l’argent des autres. Cette fois, tu paieras pour ton frère, tu réfléchiras autrement. Nathalie espérait encore que Damien aurait un sursaut et paierait tout. Quand il appela — elle, pas Nicolas — elle pensa avoir eu tort. Allait-il payer ? — Nathalie, faut que je te dise… — Damien, j’ai pas de temps. Tu devais régler août, et on attend toujours juillet. Maintenant c’est le problème de Nicolas, il s’est porté garant. — Oui, Nico m’a dit ! Pauvre de lui. Mais tu vois, j’ai eu une tuile : ma voiture est tombée en panne, j’ai tout dépensé pour la réparer. Pour le reste, on verra plus tard… Prévisible. Nathalie raccrocha. Nicolas comprit à son regard. — Ok, admit-il, j’aurais pas dû autant lui faire confiance. Mais toi… tu ne me laisses pas le droit à l’erreur ! Tu n’aides pas, tu m’enfonces… — J’aurais dû sourire et dire “pas grave, qu’ils profitent gratis, et moi je m’en remettrai ?!” Tu as tenu à payer ! — Oui, j’ai insisté ! — bouda-t-il — Mais je ne pensais pas que tu laisserais tomber ma santé pour de l’argent ! Tu y as pensé ? — Et ton frère, il y pense à toi ? — Il n’est pas méchant, c’est le contexte… — Génial. Lui, il nous pigeonne et c’est moi la méchante ? Nicolas se tut. Il semble qu’un orage couve sur leur couple.