**Journal intime 15 octobre**
Lhomme de mes rêves a quitté sa femme pour moi, mais jignorais le prix à payer.
Je laimais en secret depuis mes années à la Sorbonne, alors que je vivais dans un petit village près de Bordeaux. Un amour fou, aveuglant, de ceux qui vous arrachent toute raison. Quand il a enfin posé son regard sur moi, jai perdu le peu de sagesse qui me restait. Le destin nous a rapprochés bien plus tard, dans un cabinet davocats parisien. Même vocation, mêmes passions. Jy ai vu un signe du ciel, la promesse dun conte de fées.
Il était parfait, ou presque. Quil soit marié ne ma pas arrêtéejeune, je ne comprenais pas le poids dun divorce, la souffrance derrière chaque déchirure. Je nai pas rougi quand Théo a abandonné sa femme pour moi. Qui aurait cru que ce choix mentraînerait tant de douleur ? On dit souvent : « Le bonheur des uns ne se bâtit pas sur le malheur des autres. » Jen ai fait lamère expérience.
Sous le charme, je lui pardonnais tout. Pourtant, au quotidien, il était loin dêtre idéal. Ses affaires sentassaient dans lappartement, la vaisselle moisissait dans lévier. Le ménage reposait sur moi, mais jacceptais tout, aveuglée par un amour trop tendre.
Il a vite tourné la page. Pas denfant avec elle, un mariage arrangé, massurait-il. « Avec toi, cest différent, tu es ma destinée », murmurait-il. Je fondais, croyant au bonheur éternel. Jusquà ma grossesse.
Dabord, Théo rayonnait. Nous avons fêté la nouvelle entourés de famille et damis. Les rires, les toasts Ce souvenir brille encore dans ma mémoire, dernier éclat avant lorage. Mon amour, pourtant, sest éteint comme une bougie sous la pluie.
Mon ventre sarrondissait, mais lui seffaçait. Congé maternité oblige, je restais seule, tandis quil multipliait les « réunions ». Les soirées sans lui devenaient la norme. Ses chaussettes sales, ses chemises froisséesautant de reproches silencieux. Je doutais : avions-nous précipité les choses ? Lamour peut seffriter, mais jamais je naurais imaginé une chute si brutale.
Il moffrait des fleurs, du chocolat Des gestes vides. Je voulais sa présence, sa chaleur. Puis, la révélation. Une collègue, un café, des sous-entendus. Une nouvelle dans son service, jeune, brillante. « Travail », « urgences »ses excuses habituelles. Un mot trouvé dans sa poche, des initiales inconnues. Jai feint lignorance, terrée dans ma peur : sept mois de grossesse, et déjà labandon me guettait.
Il grognait que jétais « trop sensible ». Chaque dispute se terminait par son soupir lassé, comme si jétais un poids. Je savais ce qui viendrait. Et un jour, les mots ont fendu lair : « Je ne suis pas prêt. Il y a une autre. » Le choc. Le monde sécroulait.
Pourtant, jai trouvé la force de me relever. Divorce, valises jetées à la ruelappartement était loué, heureusement.
« Et le bébé ? Comment feras-tu ? » a-t-il lancé, ultime provocation.
« Je me débrouillerai. Je travaillerai à distance. Mes parents maideront. Maman me lavait bien dit : tu nes quun coureur. » La porte claquée, un chapitre clos.
Mon fils ma donné un courage insoupçonné. Pour lui, jai tout surmonté. Jai rayé Théo de ma vie, comme un mauvais rêve.
Les premiers mois furent atroces. Retour chez mes parents, accouchement sous les larmes Puis, la reconstruction. Traductions juridiques, revenus incertains, mais une clientèle peu à peu fidèle. Mon garçon a grandi ; les années ont filé. Quand il a eu besoin de sa chambre, jai enfin pu louer un logement.
La vie sest apaisée. Maternelle, école primaire, collège Jai goûté à la liberté. Mais il est revenu. Dans une ville où tout le monde se connaît, il a trouvé mon bureau. Il prétend avoir mûri, regrette sa « jeunesse stupide ». Il veut rencontrer son fils.
La loi ly autorise. Cette idée me glace. Depuis sa visite, je tangue. Je ne lui fais pas confiance. Et si je déménageais ? Pour fuir ce passé qui ressurgit Serait-ce ma punition, pour lavoir arraché à une autre ?







