Avec mon fiancé, François, nous allons nous marier dans trois mois.
Je viens dune famille où les mariages sont simples une cérémonie, de bons plats, de la musique et des danses, rien de plus.
Mais chez François, il existe une tradition particulière : pendant la fête, la mariée doit porter un toast pour remercier les parents du marié et leur offrir un petit cadeau symbolique « pour laccueil dans la famille ».
Seulement la mariée.
Jamais le marié.
Quand sa mère ma expliqué cela, je pensais quelle plaisantait.
Elle ma assuré que cest comme ça depuis plusieurs générations : la mariée « remercie » les parents du futur mari de lui avoir « ouvert la porte de la famille ».
À mes oreilles, ça ressemblait à une sorte dépreuve initiatique.
Jai proposé que nous fassions un toast ensemble, pour remercier les deux familles.
Un léger sourire est passé sur ses lèvres ; elle ma dit que ça, cétait une idée moderne.
Au début, François na pas vraiment réagi.
Mais lors du prochain dîner familial, son père a déclaré que dans leur famille, les traditions sont respectées.
Et sa mère a ajouté quils ne voulaient pas dune belle-fille venue pour tout bouleverser.
Le mot « veulent » ma donné la sensation étrange dêtre un poste à pourvoir.
De retour chez nous, jen ai parlé à François.
Jai dit que je ne refuse pas de remercier, mais que je veux éviter dêtre la seule à devoir mincliner, alors que lui non.
Il ma répondu que ce nétait quun geste.
Jai alors demandé pourquoi ce geste nest pas partagé.
Il na pas su quoi répondre.
Il ma juste dit quil ne souhaite pas de conflits avec ses parents.
Jai donc proposé une autre idée : faire un toast commun, où nous remercions ensemble nos deux familles, et offrir un cadeau aux deux couples de parents.
Pour moi, cétait encore plus chaleureux.
Quand nous avons présenté cette suggestion, sa mère est devenue sérieuse.
Elle a dit que ça dilue la tradition.
Son père a ajouté que si je commence ainsi, je finirai par vouloir tout diriger.
Cest là que jai compris :
Le problème nétait pas le toast.
Cétait une question de territoire.
Pour éviter que la situation dégénère, jai imaginé que nous pourrions le faire en petit comité, avant la cérémonie.
Mais sa mère a refusé.
Elle a expliqué que cela doit absolument se faire devant tous les invités, pour bien marquer le respect.
À ce moment-là, quelque chose sest levé en moi.
Jai du respect pour les gens.
Mais je ne veux pas accomplir de gestes humiliants.
François ma suppliée de le faire, « pour la paix », car dans le village natal de son père, cest ainsi.
Et là, jai dit une chose que je naurais jamais pensé dire avant le mariage :
Si la paix exige toujours que ce soit moi qui cède, ce nest pas la paix.
Cest du contrôle.
Aujourdhui, François est tiraillé entre moi et les siens.
Ma mère me conseille de ne pas commencer la vie conjugale par un conflit avec mes futurs beaux-parents.
Ma meilleure amie, Éléonore, dit que si je cède maintenant, je céderai aussi pour des choses bien plus graves.
Déjà, mon beau-père et ma belle-mère racontent que je suis difficile et irrespectueuse.
Pour moi, les choses sont simples.
Je peux exprimer ma gratitude, oui.
Mais je ne peux pas accepter une tradition qui ne sapplique quà moi, simplement parce que je suis la mariée.
Honnêtement
je me demande parfois si jai tort de refuser de suivre leur tradition comme ils le veulent.
Mais ce que cette expérience ma appris, cest quun mariage nest pas seulement la rencontre de deux personnes : cest lunion de deux mondes. Et pour que chacun puisse sy sentir respecté, il faut parfois oser remettre en question ce qui paraît immuable, au risque de bousculer les habitudes. Parce que le vrai respect ne simpose pas il se construit.






