Comment tu tappelles, jolie demoiselle ? Le monsieur sest accroupi près de la fille. Églantine ! répondit-elle. Et toi ? Je suis François, ta mère et moi allons désormais vivre ensemble. À présent, nous formons une famille tous les trois : toi, ta mère et moi !
Peu après, ma mère et Églantine ont emménagé avec François. Le beau-père avait un appartement spacieux de trois pièces à Lyon, et Églantine a eu droit à sa propre chambre. François était prévenant, il lui achetait toujours des friandises et des jouets, alors que son père ne lappelait que pour sen prendre à sa mère.
Puis, un jour, ma mère annonça à Églantine que son père avait refait sa vie ailleurs et quil était parti. La petite se sentit blessée, elle laimait beaucoup. Sa mère pouvait crier sur elle et lui donner une petite tape, mais son père naurait jamais fait ça. Églantine se souvenait très bien du jour où ses parents sétaient séparés : sa mère hurlait sur son père, voulait même le gifler. Ce qui resta gravé dans la mémoire de ma fille était la phrase que sa mère lança à son père en partant :
Ne crois pas que tu es le premier à mavoir trompée, tu trimballes tes cornes depuis longtemps, comme un cerf!
Ensuite, sa mère fit ses valises et elles partirent vivre chez la grand-mère, dans un petit appartement à Annecy. Églantine ne comprenait pas ce que signifiaient ces « cornes », surtout que son père était chauve et navait pas lombre dun cheveu. Après cela, les parents se séparèrent définitivement.
La vie se passait calmement avec François jusquau jour de la rentrée en CP. Églantine naimait pas lécole, elle était turbulente dans la cour et ses parents étaient souvent convoqués. Parfois, cétait François qui sy rendait à la place de ma mère. Il prenait léducation à cœur et laidait souvent à faire ses devoirs.
Tu nes personne pour moi, alors tu nas pas à me donner dordres ! lui balançait Églantine, reprenant une expression de sa grand-mère. En réalité, cest moi ton père, puisque cest moi qui te nourris et qui thabille, répondait François.
À dix ans, son vrai père revint à Lyon. À ce moment-là, Églantine savait déjà bien ce que voulait dire « se faire planter des cornes ». « Sans doute que sa deuxième femme lui en a aussi fait voir de toutes les couleurs », lâcha ma mère en soupirant. Lorsque le père demanda à renouer avec sa fille, la mère accepta. Églantine et son père étaient heureux de se retrouver.
Comment vas-tu ? demanda son père. Pas très bien, avoua Églantine. Mon beau-père me gronde sans arrêt. Il na aucun droit de te crier dessus, sénerva le père. Même mamie le dit, et il sen fiche. affirma la petite, exagérant un peu. François, en vérité, ne lui criait jamais dessus. Mais elle voulait juste que son père se sente concerné. Daccord, je vais régler ça, dit le père. En se promenant dans le parc de la Tête dOr, ils découvrirent que, sur les dix toboggans installés, seuls huit étaient ouverts aux enfants et les autres réservés aux adultes, mais le père refusa de monter sur le manège. Églantine lui parla alors de sa fête danniversaire à venir et confia quelle rêvait dun smartphone tout neuf. À la fin de la balade, quand la mère vint chercher sa fille, elle expliqua que François ne sénervait jamais pour de vrai, mais le père nécouta pas.
Mon père, cest vraiment un grippe-sou! lança Églantine à François. Il ne ma rien acheté à part une glace, même pas un souvenir du parc. François, tu es plus gentil que mon père. Pour rattraper la maladresse de ton père, on ira au centre de loisirs ce week-end, daccord ?
Hélas, la sortie prévue fut annulée à cause dun problème au travail pour François. Et il fit aussi la sourde oreille lorsquÉglantine suggéra le fameux smartphone.
Papa, François sest moqué de moi ! sanglota la fillette au téléphone avec son père. Il avait dit quon irait au centre de loisirs, puis il a prétendu que je ne le méritais pas, ni le nouveau smartphone.
Tout était mensonge, mais cela eut leffet dun sortilège : le père acheta à sa fille un smartphone avec ses quelques euros. Ce nétait pas un modèle dernier cri, faute de moyens, mais le souhait dÉglantine était exaucé.
Tu naurais pas pu patienter jusquà ton anniversaire ? demanda François. Je rêve dun chien ! répondit Églantine. Ah non, il faudrait le promener, et tu vas encore rechigner, comme dhabitude ! soupira le beau-père.
Après ces mots, Églantine éclata en sanglots, appela immédiatement son père et se lamenta : Papa, sors-moi dici ! François me fait la morale tout le temps, je nen peux plus, cria-t-elle.
Alors, les disputes reprirent de plus belle entre les adultes. Finalement, Églantine fut envoyée chez sa grand-mère; puis sa mère vint les rejoindre avec toutes ses affaires, décidée à quitter François. Son père retrouva sa femme, qui attendait un bébé.
Désormais, Églantine naurait ni nouveau smartphone, ni chien, et sa grand-mère ne tolérerait probablement même pas un chat dans lappartement.
Ce que jai compris en voyant tout cela, cest que la vie de famille demande beaucoup de patience et de dialogue. Les enfants ne cherchent pas vraiment des cadeaux, mais plutôt de lattention et du temps partagé. Jespère que je saurai men souvenir.







