Le bon bus n’est jamais arrivé. Moi, Camille, déjà sans espoir, j’ai fini par quitter larrêt et décidé de chercher une voiture. Mais personne ne sarrêtait.
Jétais sur le point dappeler un taxi quand une berline noire et luxueuse sest arrêtée juste à côté. La vitre sest baissée, laissant apparaître un homme élégant portant des lunettes. Sans réfléchir, j’ai accepté sa proposition de memmener. Je lai observé attentivement, puis jai lâché : « Vous ressemblez tellement à mon premier mari. Comme deux gouttes deau »
Il a souri et a ôté ses lunettes. Jai sursauté, stupéfaite. « Eh bien, bonjour Camille. Comment vas-tu ? » a lancé mon ex-mari, tout en remettant ses lunettes. « Comment ça va ? » ai-je répondu, déconcertée. « Même si, à vrai dire, ce nest même pas la peine de demander. Cest évident : tu mènes la grande vie. Tu as sûrement trouvé une femme riche. »
« Tu serais surprise », répondit Luc avec un léger sourire. « Alors, tu tes marié avec une femme pauvre ? » ai-je continué un peu piquée. « Encore raté », dit-il en haussant les épaules. « Tu as épousé une orpheline, peut-être ? »
« Camille, je nai pas de femme. Je vis seul depuis notre séparation. »
Dix ans. Seul dix ans ? Ça ne se peut pas.
« Pourtant, dix ans ça paraît invraisemblable. Peut-être vis-tu simplement en union libre ? »
« Pas du tout. »
« Tu fais ce que tu veux alors ? Tu profites de la vie ? »
« Tu te trompes. Mais le mariage, ce nest pas pour tout de suite. »
« Tu es heureux, sans femme ? Tu te souviens de nos nuits ensemble »
« Jai tout oublié. Je préfère ne plus me souvenir. Jai été soulagé de te quitter. »
Ainsi, cest moi qui tempêchais dêtre heureux dans la vie ?
« Pour texpliquer sans te vexer Je te connais trop bien. Tu te rappelles de mes petites manies ? »
« Vas-y, je ne me vexerai pas. Cest du passé, tout ça. Mais dis-moi, pourquoi tu nas pas pu acheter une voiture aussi chère à lépoque où on vivait ensemble ? Tu dépensais trop, peut-être ? »
« Au contraire, tu faisais trop déconomies. Maintenant, je fais quelque chose que tu naurais jamais accepté : je suis organisateur de mariages. »
Alors tu as laissé ton boulot, et tu tes offert cette voiture grâce à des mariages ?
« Jorganise des mariages pour des gens célèbres à Paris. Ça rapporte bien, tu sais. »
« Ça, j’ai du mal à y croire. »
« Imagine. »
« Quand on était ensemble, tu ne gagnais jamais autant. Comment ça ? »
« Ne cherche pas midi à quatorze heures. Tu ne me laissais pas évoluer. Chaque fois que je devais travailler sur un mariage, tu devenais jalouse. Tu fouillais dans mon téléphone, persuadée que je voyais quelquun dautre. »
« Tu ne pouvais pas mexpliquer que tu écrivais juste des discours pour les mariages ? »
« Même des mariées te rendaient jalouse. »
« Tu ne voyais pas comment elles te regardaient ? Bref, tu inventes tout ça, tu veux juste me provoquer, » répliquai-je en détournant la tête.
« Je ne te force pas à me croire, » répondit Luc en arrêtant la voiture devant mon immeuble. « Tu habites toujours au deuxième étage ? »
« Oui, » murmurais-je. « Mais explique-moi : pourquoi es-tu toujours seul ? Tu mas quittée pour une autre femme. »
Il a enlevé ses lunettes, et plongé son regard dans le mien. « Après notre rupture, il ny a eu personne dautre. Cétait la meilleure décision de ma vie. Rester avec quelquun qui ne nous estime pas, qui ne nous soutient pas, ça ne sert à rien. »
Je suis descendue de la voiture, puis jai claqué la portière avec rage. Quest-ce qui compte vraiment dans une relation ?





