Mon mari veut que sa mère vienne vivre avec nous à cause de sa santé fragile, mais je ne le supporte pas. Que dois-je faire ?

Je sens que cette situation va semer la zizanie parmi mes abonnés. Oui, jai honte des pensées qui me traversent lesprit. Pourtant, elles sont là, tenaces. À peine ferme-je les yeux que je vois défiler devant moi les images du futur de notre famille, comme dans un rêve flou où tout se déforme. Les murs de notre appartement semblent sétirer, puis se rapprocher dun coup, oppressants. Des larmes brouillent mon regard. Je crois que la tristesse me gagne, lentement. Nous sommes mariés depuis plus de douze ans, mon mari et moi, tous deux embarqués dans la routine du travail, avec nos deux enfants qui grandissent trop vite.

La mère de mon époux, Églantine, est malade depuis longtemps. Larthrite lemprisonne dans son corps, et le diabète danse autour delle comme un chat invisible. Son embonpoint la cloue souvent dans son fauteuil, et son appartement parisien, au sixième étage, se transforme parfois en labyrinthe. Elle vit seule, dans une atmosphère de camélias fanés et de souvenirs, affrontant chaque jour de pauvres épreuves. Elle peine à soccuper delle-même, à se préparer à manger ou à nettoyer ses pièces. Chaque semaine, tel un rituel irréel, nous envahissons son univers : mon mari et moi déposons les courses, je balaie les sols, cuisine des plats qui sentent la Provence, et je laide à la toilette, doucement, comme dans une séquence au ralenti. Nous nous sommes habitués à ces allers-retours, comme aux refrains dune chanson ancienne. Bien sûr, parfois le travail nous retient, mais cela reste rare.

Jai beaucoup de tendresse pour Églantine, vraiment. Elle a élevé son fils seule son mari disparu sous la brume dun matin dhiver, elle na jamais refait sa vie. À quarante-cinq ans, elle a choisi le dévouement, sacrifiant son bonheur personnel. Plus dune fois, elle nous a sauvé la mise côté finances ; cest grâce à elle que nous avons pu solder lemprunt de notre appartement de Lyon, chaque euro durement gagné. Jamais je ne pourrais la délaisser ; son soutien est un fil dor tissé dans notre histoire. Cependant, ces derniers jours, mon mari, Augustin, ma annoncé dune voix étrange comme lécho dun rêve quaprès les fêtes de fin dannée, sa mère viendrait vivre chez nous. Plus besoin de cortège rituel du dimanche. La prise en charge serait, selon lui, « simplifiée ». Lui, il pourrait enfin respirer, libéré dun poids.

Je saisis la logique dAugustin il veut le meilleur mais chaque nuit, dans la brume de mon demi-sommeil, jimagine la métamorphose de notre vie familiale. Trois pièces dans notre appartement, à Bordeaux : une pour nous, deux pour les enfants, Lucille et Anaïs, qui veillent jalousement sur leur territoire. Si Églantine déménage, elle occupera obligatoirement lune des chambres. Les filles se disputeront, sûrement ; chacune réclame son univers, sa bulle protégée. Jai honte de ladmettre, mais dans létrangeté de mes songes, ma belle-mère devient comme une ombre encombrante, une valise trop lourde pour mon cœur. Et vous, que feriez-vous si tout à coup, la logique ordinaire se brouillait, et que la famille devenait un rêve à décrypter ? Donnez-moi votre avis, dans cette douce nuit bleue, perdue entre la Madeleine et le quai des Chartrons.

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