Cette histoire me semble malheureusement très familière. Je me suis mariée à 25 ans, à Paris. Un an plus tard, jai donné naissance à une fille. Au début, tout allait bien entre nous. Mais avec le temps, mon mari a commencé à me qualifier de paresseuse. Il prétendait que mon congé maternité était une période oisive, que je ne faisais pas grand-chose. Plus tard, il a commencé à se plaindre que je ne gagnais pas assez, alors même que mon salaire était seulement un peu inférieur au sien.
On dit souvent quaprès le mariage, la belle-mère prend une place centrale dans la vie du fils. Jaurais dû me douter, dès le début, quil y avait quelque chose qui clochait. Mais jétais aveugle, je nai rien voulu voir ni entendre.
Mon mari ne cessait de se référer à sa mère, qui était, selon lui, lexemple parfait. Elle travaillait dans son jardin, tenait la comptabilité de la famille, soccupait seule de ses deux enfants : elle savait tout faire. Mais moi ? Jassurais mon travail en horaires décalés, à temps plein, avec la gestion du foyer.
Jessayais tant bien que mal de ressembler à ma belle-mère. Je laidais à la maison, dans le potager, je faisais le ménage. Quand notre fille a commencé lécole, je faisais les devoirs avec elle. Mais linquiétude et la charge mentale nont fait quaugmenter. Au travail, il fallait tout donner, mais le salaire était maigre. Jai fait des heures supplémentaires. Jai enduré. Ma dépendance financière envers mon mari continuait. Il me lançait des piques et je faisais semblant de ne rien entendre. Je redoutais le divorce priver ma fille de son père me semblait insupportable.
Mais tout le monde sait quà force de tout tolérer, on finit par se faire marcher sur les pieds. Jai tenté dexpliquer à mon mari que jétais épuisée et ne pouvais pas assumer davantage. Il a simplement répliqué que, dans ces conditions, il me donnerait de son salaire exactement ce que je rapportais, et garderait le reste pour lui. Selon lui, cétait juste. La situation est devenue intenable, et finalement la rupture sest produite.
Jai compris que je ne pouvais plus continuer ainsi. Jen avais assez de ses reproches, de ses leçons de morale, de ses références constantes à sa mère. Le coup de grâce fut quand il mannonça que si je ne trouvais pas un « vrai travail », il repartirait vivre chez sa mère. Jai gardé cette idée en tête. Mais il ma fallu encore trois ans pour le renvoyer définitivement chez sa maman. Par lintermédiaire dune amie, jai trouvé un nouvel emploi, beaucoup mieux rémunéré. Je nai pas envie de revenir sur tout ce que jai traversé durant cette période difficile. Nous avons divorcé. Nous avons partagé le patrimoine et fait léchange dappartements. Nos disputes ont été nombreuses.
Mais aujourdhui, je vis enfin apaisée. Je suis tranquille et heureuse avec ma fille, sans mon mari.
Jai mon propre appartement à Lyon, mon travail que jadore. Ce nest peut-être pas le rêve absolu, mais cest tout ce quil me faut. Ma famille essaie encore de jouer les entremetteurs. Certains croient que je suis une divorcée malheureuse, persuadés quil me faut un homme pour retrouver le sourire. Mais avais-je vraiment besoin de ça ? Jai eu un mari, merci. Je pense parfois à afficher sur ma porte : « Jeune, belle, épanouie, pas intéressée par les rencontres. Je suis comblée avec ma fille. Je ne vois pas pourquoi je risquerais de ruiner tout cela avec un nouveau mariage. » Mon ex-mari, lui, est sûrement enfin heureux, chez sa mère.
La solitude nest pas synonyme de tristesse. Ce nest quen apprenant à compter sur soi-même quon trouve la véritable sérénité.







