Depuis deux années vaporeuses, mon mari et moi errons dans un appartement loué, semblable à un labyrinthe suspendu entre les nuages de Paris. Les murs se courbent, les fenêtres chuchotent et le parquet grince des mots incompréhensibles. Nous rêvons dune maison à nous, quelque part dans la lumière dorée de Lyon ou sous le ciel étoilé de Bordeaux, mais les euros semblent glisser entre nos doigts comme du sable mouillé.
Lappartement appartient à une vieille amie de ma mère, Édith, dont le visage change parfois daspect, selon lhumeur de la nuit. Chaque objet déplacé, chaque tasse oubliée, peut provoquer une tempête soudaine de reproches et de regards glacés. Les voisins, silhouettes floues et râleurs, nous épient à travers les fissures du mur, rappelant sans cesse que nous sommes des oiseaux de passage : Vous serez partis avant le printemps, cest certain !
Nos parents, figures imposantes et presque mythologiques, nous pressent sans relâche déconomiser pour un cocon à nous. Mais dans ce rêve, économiser largent est une tâche herculéenne, alors que le loyer senvole comme un papillon chaque mois et les dépenses dansent tout autour de nous. Ma mère, Jacqueline, possède une loupe magique avec laquelle elle scrute nos dépenses, traque chaque euro dépensé, ce qui rend lépargne encore plus ardue. Les boutiques de vêtements deviennent des labyrinthes interdits et nos habits, anciens et décolorés, deviennent des armures de fortune.
Ma mère, tout comme la mère de mon mari, Madeleine, détiennent des appartements qui flottent au-dessus de nous comme des châteaux dans les airs. Elles espèrent que nous accumulions patiemment des économies pour acquérir notre propre refuge, mais n’offrent aucun soutien, ni en pièces, ni en paroles réconfortantes. Elles pensent que cette épreuve nous enseigne la vraie indépendance, alors que nous nous sentons déjà fatigués par les péripéties de la vie.
Un sentiment dinjustice sinfiltre dans ce rêve : nos frères et sœurs, prénommés Alix et Gaspard, reçoivent des clés dorées pour leurs propres appartements, tandis que nous restons dans lattente, ramassant les pièces oubliées sous les meubles branlants. Nous ne comprenons pas cette différence de traitement et souhaitons ardemment quelles voient notre chemin tortueux, quelles nous tendent enfin la main. Il est triste de naviguer dans cette brume dincertitude, espérant que les vents de la compréhension soufflent un jour vers nous.




