Mon mari et moi, nous étions complètement sous le choc ! sécria Madeleine, cinquante ans, la voix brisée par lémotion. Ce quil a fait… Je ne trouve même pas les mots pour décrire, ce nest pas un conte de fées, cest lenfer. Pendant toute la grossesse, ce jeune homme lui a fait subir limpensable, puis il la envoyée avorter et la jetée dehors de leur appartement quils louaient ensemble. Il criait partout que lenfant nétait pas de lui affirmant quelle était tombée enceinte je ne sais comment… Je vous assure, il ma épuisé les nerfs !
Je comprends…, murmura son interlocuteur, les yeux pleins de compassion.
Trois semaines avant laccouchement, il sest calmé, paraît-il. Jai entendu dire quil avait appelé Camille, parlait normalement, comme si de rien nétait, et se renseignait sur sa santé, sur le bébé, demandant qui il était, comment il allait. Mais il nest jamais venu chez nous, pas une seule fois pendant ces neuf mois. Il na même pas acheté une bonnet pour le bébé, même pas une pomme pour la mère… Jeudi dernier, jai eu un petit-fils ! Demain, ils sortent de lhôpital. Ma fille et mon mari mont annoncé que François viendrait les chercher. Je suis restée bouche bée ! Après tout ce qui sest passé…
Eh bien… Peut-être quil essaie de se racheter ? Faut-il lui laisser une chance ? Je ne sais pas où il va les emmener, mais moi et mon père, on est totalement contre. Je te le dis, je nai vu aucun soutien de sa part pendant toute la grossesse. Où va-t-il emmener elle et le bébé ? Camille dit quil a loué un studio… Quelle absurdité, vivre avec un nouveau-né dans un Airbnb, même pas à Paris, mais dans une banlieue inconnue ! Le père de Camille a dit : « Si ce type ose venir à la maison, on fait nos valises, on part et tu peux continuer ta vie comme tu le veux… »
Camille, la fille unique de Madeleine et de Victor, vingt-six ans, belle jeune femme, chérie de la famille. Il y a un an et demi, elle a rencontré François, à la grande surprise et au mécontentement de ses parents.
Il na aucun diplôme. Il était à lécole, mais apparemment, il na même pas passé le bac. Madeleine soupçonne quil na même pas terminé la troisième, mais il évite den parler pour ne pas paraître ridicule.
François travaille comme manutentionnaire chez un grossiste de meubles, en espérant gagner sa vie. Pour quelquun comme lui, sans aucune formation, cest déjà pas mal. Son salaire officiel est dérisoire, mais il complète avec des petits boulots et des pourboires. Parfois, lors de livraisons, il récupère des meubles en bon état quil revend sans état dâme les propriétaires sen fichent, tant quil débarrasse.
Globalement, il se débrouille, sarrange comme il peut pour arrondir les fins de mois.
Camille, elle, a un master en marketing, travaillait dans une agence de communication avant son congé maternité, tailleur chic, escarpins, elle fréquentait des hommes de son rang. Mais voilà, un jour, elle croise François, venu livrer des meubles au bureau. Ils se rencontrent comme ça, par hasard.
Ils ont commencé à vivre ensemble, contre toute attente ! raconte Madeleine, les larmes aux yeux. Tous ses amis étaient abasourdis, personne ne comprenait, je crois.
Et puis, la grossesse est arrivée, comme un coup de tonnerre. François refusait catégoriquement de se marier et pendant neuf mois, il a tourné toute la famille en bourrique. Camille est revenue chez ses parents, on sest préparé pour le bébé : on a refait sa chambre, acheté tout ce quil fallait, payé laccouchement dans une belle clinique.
Et maintenant, il revient, fait un geste, et tout ce quon a fait ne vaut rien ! Madeleine était presque en sanglots. Elle est prête à partir, à tout abandonner pour le suivre, avec le bébé, dans je ne sais quel appartement ! Cest ce quon doit faire, nous les parents ? La laisser partir et lui souhaiter bonne chance ? Attendre quelle revienne, pieds nus, pleurant dans le couloir ? Cest sûr que ça arrivera tôt ou tard !
Doit-on donner un ultimatum à sa fille : « Sil vient, on sen va » ? Est-ce juste de soutenir son enfant dans sa décision ? Elle a choisi de pardonner, de donner une seconde chance à ce mari, cest son choix ?
Ou bien, les parents peuvent-ils être compris ?




