Je naurais jamais cru que ma propre famille maurait fait ça : profiter de ma confiance et me laisser sans un sou, comme un personnage secondaire dans un vieux film français. Dans notre petit appartement de deux pièces à Lyon, maman, ma sœur et moi avions chacune une part du gâteau enfin, de la propriété. Ma grand-mère, toujours en train de distribuer des conseils et des madeleines, avait elle aussi son chez-soi : un appartement lumineux de deux pièces non loin, quelle promettait de léguer aux deux petites-filles, en partage équitable. Lidée était claire : à nous de choisir qui y vivrait ou de le vendre et de se diviser les euros.
À ce moment-là, ma sœur, qui avait eu un bébé surprise, avait posé ses valises chez maman. Moi, jhabitais à Toulouse pour mes études, loin des disputes de couloir. Finalement, ma sœur et sa tribu ont raflé la grande chambre, pendant que maman sest installée dans la petite. Lors de mes week-ends lyonnais, je partageais désormais mon lit avec maman, comme au bon vieux temps, sauf quau fond je savais que je naurais plus ma place après la fac tout cela à cause de mon cher beau-frère. Maman, qui tenait à éviter une dispute conjugale, me suppliait de ne pas faire de vagues. Jai confié mes inquiétudes à Mamie Yvette, qui ma, comme dhabitude, proposé une astuce : céder ma part de lappartement de Lyon à ma sœur en échange de la réécriture du testament, pour me laisser un petit studio parisien dont elle disposait aussi. Jen ai parlé à maman et à ma sœur, mais ma sœur sest contentée de sourire (ce sourire qui dit bonne chance !) et de me suggérer daller voir un juge convaincue de gagner, la maligne.
Finalement, jai signé un papier renonçant à ma part, pensant jouer au plus fin Mais Mamie Yvette na pas eu le temps de changer son testament, son santé a décliné dun coup (les années 80, cétait il y a longtemps) et elle nous a quittés avant de pouvoir corriger le tir. Résultat, ma sœur a empoché l’intégralité de lappartement familial lyonnais ET la moitié du studio que jaurais dû récupérer. Jai tenté de réclamer justice auprès de maman mais, fidèle à elle-même, elle sest rangée du côté de ma sœur, citant un obscur proverbe français sur vivre tous sous le même toit ce qui pour moi sonnait surtout comme commence à chercher un nouveau toit !.
Aujourdhui, maman travaille comme femme de ménage et nounou dans la maison de ma sœur à Bron, très utile tant quelle peut laider avec sa pension de retraite. Mais quadviendra-t-il le jour où sa valeur baissera aux yeux de madame-la-sœur ? Moi, sans famille directe et sans véritables attaches à Lyon, jai compris quil valait mieux prendre mes cliques et mes claques. Maman et ma sœur forment désormais un duo digne dune pièce de théâtre et moi, jai décidé de quitter la scène, la douleur trop forte pour continuer à jouer le rôle de la fille naïve.





