– Et comment vais-je expliquer à tout le monde pourquoi tu n’es pas à la fête des mamans ? – demanda l’homme d’un air déconcerté

Et comment vais-je expliquer à tout le monde pourquoi tu ne seras pas présente à la fête de maman ? sinquiéta Paul, un peu désemparé.

Merci, cétait délicieux, répondit-il en poussant son assiette. Hé, Éloïse, il faut quon parle.

Tu sais, Paul, je crois même deviner de quoi il sagit.

Ah oui ? Et de quoi donc ?

De lanniversaire de ta mère !

Exactement. Aujourdhui on est le dix, et elle fête ses soixante-et-un ans le dix-huit, annonça Paul.

Et le mien, cest le vingt, espère que tu nas pas oublié ? répondit Éloïse, sourcils levés.

Évidemment, ma chérie, répondit-il précipitamment.

Paul, même pas la peine de commencer, je te préviens davance : cest non !

Mais enfin, tu ne sais même pas ce que je veux te proposer !

Peu importe ! Je tinforme juste, pour que ce soit clair, que jai réservé une table pour dix au « Petit Bouchon » samedi prochain. Huit places pour mes amis, et les deux autres cest nous deux. À toi de voir si tu juges nécessaire dêtre là. Sinon, on passera une très bonne soirée dans notre groupe à nous !

Le dilemme de la rentrée, cétait chaque année pour Paul : comment organiser deux anniversaires en septembre sans provoquer de drame à la maison ou du côté de maman ? Pour linstant, il navait encore jamais trouvé le bon compromis.

Écoute, maman propose quon fête les deux anniversaires ensemble, samedi, chez elle. Franchement, cest logique. Pourquoi refaire la fête deux fois ? Et puis en semaine, tout le monde travaille, tandis quun samedi, cest pratique.

Paul, qui ta dit que jai envie dinviter les cousins, cousines, neveux et nièces de ta mère à MON anniversaire ? Jai mes amis, tu les connais tous, souligna Éloïse.

Maman va être vexée, soupira Paul.

Moi aussi, chaque année ! Tu trouves ça normal ? Ou tas déjà oublié ?

Franchement, je trouvais que ça allait.

Ah oui ? On se rappelle un peu ! Il y a deux ans, on sétait mariés en avril, septembre arrive, ta mère fête un anniversaire important. Tu mas dit quoi ?

Mais Éloïse, cest les soixante ans de maman, elle veut un truc à la maison, en famille, donc évitons de prévoir quoi que ce soit samedi

Résultat : Moi, jai posé un demi-congé vendredi, et samedi matin jaidais ta mère : éplucher, couper, mitonner, vinaigrer, et jen passe.

Et samedi jai joué la serveuse de salon en cuisine. Sans que personne ne pense à me fêter. Même pas un petit mot !

Si, Zazie ta dit quelque chose ! rappela Paul.

Non ! Quand tu as soufflé à ta sœur que mon anniversaire tombait la même semaine, elle a sorti : “Ah, cest passé, hein, ce qui est fait est fait.”

Mais lan dernier ta fête a été mentionnée à table !

Oui, parlons-en ! Vendredi encore, jétais en cuisine comme chef et commis. Quand jai demandé à ta mère pourquoi Zazie ne maidait pas, elle a rétorqué « Zazie a manucure, elle ne peut pas venir avec les mains abîmées. Demain matin, elle file chez son esthéticienne et chez le coiffeur. »

Zazie est donc arrivée samedi apprêtée comme pour défiler à Cannes, et moi, jai à peine eu le temps denfiler autre chose. Eux mont saluée, lever de verre, puis rideau. Cadeaux? Rien, à part toi et mes parents.

Donc préviens ta mère cette année : ce sera sans moi !

Mais, elle ne sen sortira jamais toute seule !

Paul, ta mère a un fils (toi) et une fille (Zazie). Je compte sur vous. Et samedi, moi, je fête tranquillement mon anniversaire avec mes amis !

Mais comment vais-je expliquer ton absence ?

Paul, ne fais pas lenfant ! Personne ne pensera à moi, à moins quil faille changer une assiette. Votre tribu est tellement soudée que jai toujours limpression dêtre le géranium oublié dans un coin du balcon.

Éloïse parvint à convaincre Paul de la laisser célébrer à sa façon. Mais pour sa belle-mère et sa belle-sœur, elle devait impérativement rentrer dans le rang.

Le suspense dura jusquau vingtième septembre, période pendant laquelle la mère et la sœur semployèrent à la persuader de choisir la tradition familiale du déjeuner chez la belle-mère.

Éloïse, appelait régulièrement Madame Véronique, ça fait deux ans quon a cette belle tradition, pourquoi tout chambouler ? Quest-ce qui coince ?

Cest très simple : primo, je veux fêter avec mes amis, secundo, dans un restaurant, parce que jen ai marre daller-retour cuisine-salon pendant que les autres rigolent. Je veux VRAIMENT profiter de mes invités !

Mais enfin, à la maison, la conversation ne va pas si mal !

Sauf que VOUS discutez, moi je cours ! Franchement, votre équipe a juste besoin dune assistante, pas dune invitée !

Je naurais jamais pensé que tu refuses daider la mère de ton mari, pleurnicha la belle-mère.

Quant à Zazie, elle fut plus directe :

Oh, Éloïse, arrête ton cinéma ! Maman a déjà presque établi le menu, papa va au marché ce matin, on a tout acheté. Allez, bouge-toi pour prévoir la cuisine !

Maman vient denvoyer la liste des courses à Paul. Arrête de résister. Tu veux vraiment déclencher une guerre avec ta belle-mère pour si peu ? Après, tu feras la bamboula quand tu veux avec tes copines

Zazie, je suis prévoyante : jai averti, cette année, pas question ! Vous irez aider de bon cœur Véronique !

Le plus embêté restait Paul, qui devait choisir sa soirée. Il ne voulait froisser ni lune ni lautre.

Même si Éloïse, fine mouche, ne lui imposa rien, il savait quil risquait de la vexer en allant chez sa mère.

Quant à elle, plus un mot sur le samedi fatidique. Jusquà ce que, vendredi après-midi, la belle-mère lappelle au bureau :

Éloïse, tu es où ? Jespère que tu as abandonné cette idée saugrenue de resto ? Je tattends, il faut commencer, sinon on naura jamais fini pour demain !

Je travaille, Madame Véronique ! Je vous ai bien dit : ce nest pas pour cette fois la cuisine ensemble ! Zazie saura bien vous aider.

Jimagine que Paul appréciera dapprendre que tu me laisses tomber comme une vieille chaussette ?

Vous savez, avoir épousé Paul ne fait pas de moi la domestique de la famille ! Jai ma vie, mes amis, et ce sont aussi ceux de Paul ! Je ne vais pas me sacrifier à la plonge et à la marmite désolée.

Conversation close sur cette note quelque peu dramatique.

Samedi, Paul, cadeau sous le bras, partit chez maman. Éloïse, elle, rejoignit le restaurant à seize heures.

Les invités arrivèrent pile à lheure. Seule la chaise à côté delle resta vide. Aucune question, tout le monde connaissait la saga familiale.

On la fêtée, on lui offrit des cadeaux, lambiance fut joyeuse, mais Éloïse jetait de temps à autre un coup dœil anxieux à la porte, espérant tout de même voir Paul débarquer.

Il arriva, avec une heure de retard, les bras chargés de roses blanches, ses préférées.

Élo, jai filé à langlaise ! On a beaucoup parlé de toi, tu sais. Tante Raymonde a réclamé le fameux taboulé elle espérait la recette. Et puis, le buffet était tristounet cette année. Zazie faisait la tête : en aidant maman, elle sest cassée deux ongles !

Les deux années suivantes, Éloïse nétait quaccompagnatrice en cuisine normal, elle attendait un bébé puis découvrit la maternité.

Et, pour ses soixante-cinq ans, Madame Véronique fit la fête au restaurant.

Mais enfin, je ne comprends vraiment pas ce quil lui fallait de plus, à cette belle-fille, râlait Véronique pour la millième fois Tout était parfait, mais il a fallu quelle invente ça !

Alors, daprès vous, Éloïse a-t-elle eu raison ? Dites-nous vos avis en commentaire, mettez un petit cœur ou abonnez-vous à la page chaque nouvel abonné fait ma journée !

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– Et comment vais-je expliquer à tout le monde pourquoi tu n’es pas à la fête des mamans ? – demanda l’homme d’un air déconcerté
J’allais abandonner notre Golden Retriever parce qu’il avait grogné contre notre nounou, jusqu’à ce que je voie les images de surveillance.