Un nouveau souffle : la renaissance de l’inspiration

SECOND SOUFFLE…
Après les funérailles de sa chère Mireille, Jean-Pierre Lefèvre se rendit directement dans son village natal. Il ne pouvait plus rester dans lappartement quil partageait avec sa femme jusquà son dernier souffle ce logement allait bientôt appartenir au fils de Mireille, et ils navaient pas eu denfants ensemble…
Mireille sétait envolée vers le ciel, douce, affectueuse, irremplaçable… Elle laissait Jean-Pierre veuf, prêt à terminer sa vie dans la solitude. Il marchait le long de la route nationale jusquà sa bourgade où ses parents avaient vécu et où il navait pas mis les pieds depuis des années. Où en était la maison ? Nétait-elle pas trop délabrée, ou pire, effondrée ?
Les derniers jours de mai offraient une lumière éclatante la poussière navait pas encore terni la couleur vive des feuilles nouvelles, et le ciel était traversé par les gazouillis des hirondelles infatigables… « Comme cest beau que la vie continue après nous ! » pensait Jean-Pierre.
Ses deux stents et son infarctus passé lui faisaient espérer quil ne resterait pas longtemps séparé de Mireille. Mais, en attendant, les tracas du quotidien ne seffacent pas… Passant devant la maison voisine, il sarrêta près de Gérard assis sur un banc. « Il faudrait aller à lépicerie, acheter une bouteille de pastis et trinquer à la mémoire de Mireille avec Gérard », songea-t-il.
Pas besoin de moffrir quoi que ce soit, jai déjà rempli mon quota pour aujourdhui ! répliqua Gérard, comme sil lisait dans ses pensées. Demain, tu viendras me réveiller avec ça !
Comprenant que Gérard ne lui serait pas dutilité, Jean-Pierre se dirigea chez sa cousine éloignée, Bernadette, pour récupérer des outils afin de détacher les planches clouées à sa maison.
Il y passa la nuit, puis, dès laube, son fils Laurent vint laider. Ensemble, ils rendirent la maison habitable en quelques jours. Bernadette insista pour quil remplace les encadrements de fenêtres pourris, car selon elle, ils sont le reflet de lâme du maître des lieux.
Le vieux kit doutils de menuiserie, hérité de son père, était une véritable consolation. Jean-Pierre se mit à confectionner lui-même de nouveaux encadrements. Il se dit : « Est-ce que moi, ancien pilote de chasse et commandant en retraite, je ne pourrais pas faire le travail quun homme digne de ce nom devrait maîtriser ? »
Il réussit. Et bientôt, les encadrements flambant neufs attirèrent des clients locaux et venus de la ville. Sa retraite suffisait, mais le fait que lon ait besoin de ses talents le réchauffait le cœur… Il fit venir sa vieille mais vaillante Peugeot 206 de la ville, et laffaire prit son envol.
Un soir, il fit un rêve qui le laissa profondément amer. Il se voyait sur le seuil de lancien appartement, Mireille lui disait sévèrement : « Pars dici, tu nas rien à faire là ! Ne traîne pas sans raison ! »
Jamais Mireille ne sétait adressée ainsi à Jean-Pierre. Ce qui le blessait le plus, cétait la présence de nombreux inconnus dans leur ancien foyer, alors que lui ny avait plus de place ! Un rêve, oui, mais le malaise persista…
Le soir, en rentrant de lépicerie, il manqua de trébucher sur un gamin assis sur le perron, huit ans tout au plus, maigre et sale, des marques sur les joues sûrement des traces de larmes. Il se présenta : Lucas.
À la question de pourquoi il nétait pas chez lui à cette heure, Lucas répondit que sa mère lavait frappé, il sétait fâché et était parti.
Jean-Pierre remarqua quelque chose détrange… Les baskets du garçon étaient dépareillées, difficile à distinguer sous la saleté. Le pantalon, pareil, sale et déchiré…
Il le nourrit, lui servit du lait ramené de chez Bernadette, puis le renvoya chez sa mère. Mais le lendemain, cela ne le surprit pas de retrouver Lucas endormi sur son tapis devant la porte. Il lemporta sur le canapé ; le garçon ne se réveilla pas.
Quand il finit par se réveiller, Jean-Pierre le lava la crasse sen allait en plaques. Lucas expliqua quil était rentré chez lui la nuit précédente, mais sa mère nétait pas là, seulement des hommes ivres qui se disputaient. Jean-Pierre laissa Lucas prendre son petit-déjeuner et alla voir Bernadette pour comprendre la situation.
Je sais déjà ce que tu vas me demander, répondit Bernadette. Sa mère est toxicomane. Depuis deux ans, depuis la mort du père de Lucas, elle a complètement sombré. Ce nest pas rare ici. Ni lAide Sociale, ni la Protection de l’Enfance ne fonctionnent !
Lan dernier, un couple de ce genre a laissé des enfants mourir de froid ils les avaient enfermés dans le cellier et ont oublié de les sortir. Lucas ne passera pas un hiver de plus avec Elodie elle le laissera mourir, elle est devenue folle !
Jean-Pierre se rendit à lautre bout du village chez Elodie. Ce quil vit dépassa ses craintes : une femme sale, déchirée, bleuâtre, lui demanda une bouteille de vin pour le droit de nourrir et délever son fils.
Écoeuré, Jean-Pierre rentra chez lui. Sur le seuil, Lucas lavait la dernière roue de la Peugeot. La voiture brillait au soleil comme neuve…
En sinstallant pour la nuit sur son matelas pneumatique, Lucas demanda timidement sil pouvait appeler Jean-Pierre « papa Pierre ».
« Papa Pierre, maintenant, on est une famille, non ? » Lucas interrogea Jean-Pierre avec espoir dans les yeux.
Bien sûr, on est une famille ! répondit soudain nouveau papa Jean-Pierre.
Mais cest mieux quand il y a une femme dans la famille !
Tu veux me marier, mon ptit ? demanda Jean-Pierre, amusé.
Non, pas te marier ! Je te raconterai tout plus tard !
Le lendemain, en rentrant dun chantier, Jean-Pierre découvrit devant sa maison deux travailleurs. Un petit coin de terre, à peine deux mètres carrés, avait été minutieusement retourné. Lucas et une fille maigre, bottes en caoutchouc aux pieds, plantaient des oignons dans la terre fraîche.
Voilà, cest mon amie, Océane ! Lucas expliqua, gêné. Elle a volé un bocal doignons pour planter. Les femmes doivent toujours planter ou faire pousser quelque chose, ou avoir des enfants sinon quel genre de femmes sont-elles ? Mais Océane, elle est bien, elle ne vole jamais chez les siens !
Océane, dix ans, raconta que sa mère lavait envoyée du village voisin chez sa grand-mère, sauf que la grand-mère était décédée il y a un an et la maison était fermée.
Et comment… ?
Ma mère a oublié que la grand-mère est morte. Elle était ivre aux funérailles et on la ramenée bourrée à la maison. Jai décidé : puisque maman me chasse, je vais vivre seule ! Je peux rester dans votre famille ? Je sais tout faire, je laverai, cuisinerai, jardinerai !
Océane avait lair si malheureuse et penaude, comme si elle avait volé quelque chose à Jean-Pierre…
« Voilà pourquoi Mireille ma repoussé ! » comprit Jean-Pierre. « Jai encore des choses à accomplir ici, sur Terre… »
Le soir, il eut une discussion sérieuse avec Bernadette.
Bon, tu nourriras ces enfants perdus, mais la loi ? Ils ont des mères ! disait Bernadette.
Ce nest pas le problème. Je réglerai ça, mais combien de temps vivrai-je encore ? Voici, Bernadette, mon petit trésor si quelque chose marrive, trouve-leur un bon foyer ou adopte-les toi-même.
Il lui tendit une liasse enveloppée dans du papier journal : « Il y a deux mille euros ici. »
« Voilà, pourquoi Mireille ne voulait pas me laisser partir ! Jai encore ma place ici, mes affaires terrestres ne sont pas finies ! » pensait Jean-Pierre, rentrant chez lui.
« Oui, comme le disait si bien Victor Hugo ce sont les jours qui nous sont comptés, pas nous qui les comptons ! »
Il venait de comprendre : tant que la vie vous donne le souffle et la lumière, cest quil reste quelquun ou quelque chose à aimer, à aider, à réparer. Même dans la solitude, une nouvelle famille peut naître de lespoir et de la générosité.

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Un nouveau souffle : la renaissance de l’inspiration
Ma fille m’a annoncé que je dois quitter mon appartement d’ici demain.