Maman, fais connaissance : voici Jeanne, ma fiancée – Égor affichait un large sourire.

Maman, laisse-moi te présenter. Voici Adélaïde, ma fiancée Paul affichait un sourire digne de la première page de « Paris Match ».
Françoise eut un hoquet. Quand son fils lavait appelée deux jours plus tôt pour lui annoncer son arrivée, accompagné de quelquun, elle sétait réjouie.
Le garçon avait bientôt trente ans, autant dire quil était temps davoir une famille. Elle simaginait une jeune fille sage, avec une tresse interminable et une tenue modeste.
Mais alors Deux mètres de hauteur, une jupe si courte que cest à se demander si léconomie de tissu faisait partie du style. À la place du chemisier, une mini-bande bien trop optimiste couvrant la poitrine. Et les chaussures ? Jamais Françoise nen avait vu des pareilles : des talons géants, entourés de ficelles, presque à la façon dun fromage ficelé. Et, bien sûr, un énorme valise.
Eh bien bonjour. Françoise réussit à articuler, puis appela : Jacques, viens voir. Paul a ramené sa fiancée. Viens te présenter
Jacques apparut en pyjama, débardeur déformé et slip familial. Il contempla Adélaïde, bouche bée.
Bonjour, bredouilla-t-il avant de filer shabiller.
Il revint en survêtement flambant neuf. « Quel frimeur », pensa Françoise, vexée.
Il se pavana comme un paon.
Excusez-moi mademoiselle pour cette tenue, vraiment, laissez-moi prendre votre valise, je vais la rentrer. Entrez, surtout, faites comme chez vous, minaudait-il.
Adélaïde, trébuchant à chaque marche, entra dans la maison.
Françoise serra son fils dans ses bras.
Mais enfin, qui tu nous ramènes ? Cest comment dire, un vrai mât de cocagne ! chuchota-t-elle.
Paul éclata de rire :
Tu ty habitueras. Elle a lair, mais en vrai, elle est adorable et gentille. Tu verras, et il entra à son tour.
Françoise fit un signe de croix faute de mieux.
Seigneur, quel cadeau surprenant ! puis elle suivit le mouvement.
Les hommes discutaient à voix basse autour de la table. Adélaïde, dans la chambre de Jacques et Françoise, défaisait ses affaires. Françoise observait, médusée, la pluie de chapeaux, maillots de bain, robes légères, lingerie qui séchappait du valise.
Quest-ce que cest ? demanda-t-elle en pinçant du bout des doigts des ficelles mystérieuses.
Ce sont des strings. Vous en voulez ? Jen ai des neufs, proposa Adélaïde. Françoise imagina leffet sur ses fesses robustes et frémit.
Non, merci, grogna-t-elle. Je ne comprends pas, pourquoi tu es dans notre chambre ? lança-t-elle.
Ben, Paul manque de place, et chez vous il y en a beaucoup. Tonton Jacques a dit que vous pourriez vous resserrer un peu, répondit Adélaïde, ingénue.
Donc tonton Jacques ? Bon, très bien, et elle quitta la chambre. Elle attrapa Jacques par la manche et le tira dehors.
Tu es devenu fou ? Tu donnes notre chambre ? Tu dormiras dans le cabanon, compris ? Mon hospitalier de mari.
À ce moment-là, la vache Marguerite meugla.
Mince, à cause de vous jai oublié de traire Marguerite, pesta-t-elle, en allant chercher son seau à lait.
Adélaïde sortit tout enthousiaste :
Je peux essayer ? Jai jamais fait ça avec une vache !
Françoise eut un sourire en coin :
Dans cette tenue ? en la dévisageant de haut en bas.
Jarrive, je vais me changer !
Elle revint en short court et débardeur. Françoise soupira.
Bon, essaie, mais mets un foulard sur ta tête.
Adélaïde gazouilla :
Ah, je peux mettre un chapeau ? Jen ai un sublime, avec des fruits dessus !
Françoise souffla :
Un foulard et tu y vas. Un chapeau, il ne manquait plus que ça
Elle lemmène à la grange, attache Marguerite par précaution.
Voilà le seau, essaye. Moi, je prépare le petit-déjeuner.
Une demi-heure plus tard, aucun signe dAdélaïde. Françoise mit la table et alla à la grange. Elle explosa de rire.
Adélaïde, décoiffée, foulard de travers, tournait autour de Marguerite, inspectant le dessous, palpant les flancs, marmonnant :
Où tas mis ton robinet, Marguerite ?
Françoise lui montra le « robinet » avec force gestes.
Ah, si javais su ! Jai vérifié partout
Après le petit-déj, Adélaïde décida de prendre le soleil. Elle étendit sa serviette, mit un maillot de bain, sallongea. Voilà une semaine que Françoise priait Jacques de couper lherbe devant la clôture, il se défilait. Mais là, comme par magie, il sortit la faux et se lança.
Françoise se crispa, mais fit mine de rien.
Adélaïde, tu ne voudrais pas maider à ramasser la framboise ? On fera de la confiture, du sirop !
Elle bondit :
Avec plaisir, tante Françoise !
Dans le jardin, Françoise lui tendit un pot. Adélaïde ramassa ardemment les baies. Et là, comme par hasard, la voisine interpella Françoise. Elles papotèrent, sans doute une bonne heure. Françoise grognait : ce nétait pas la belle-fille parfaite quelle rêvait.
La voisine raisonna :
Allons, relativise ! Vois chez les Martin : leur fils a ramené une fiancée qui fait tourner la tête de Valérie depuis des mois. À table, ils mettent le vin, et paf, la fiancée se saoule, grimpe sur les genoux du beau-père, tire la moustache et rigole comme une hyène. Elle dit : « Ah, jaime les anciens, ils sont pas radins. Vous nous offrez une voiture pour le mariage ? » Ta Adélaïde, elle au moins, elle bosse !
Françoise leva les bras :
Je mattarde à discuter, jespère quAdélaïde na pas fait de bêtises
Au jardin, personne.
Adélaïde, tes où ? appela-t-elle.
Ici ! fit une voix depuis les orties et grandes feuilles. Adélaïde émergea, cheveux hérissés, couverte de burrs.
Quest-ce que tu fais là-dedans ? Ce nest pas notre terrain, la maison est abandonnée !
Mais les framboises y sont énormes ! exhibant le pot plein.
Oh là là Tas des burrs partout dans les cheveux. Viens, je vais les enlever avec la brosse.
Assises sur le perron, Françoise peigne et demande sur le ton de la confidence :
Tu viens doù alors ?
Adélaïde racontait la vie sans détour :
Jai grandi avec mamie. Les parents, géologues, toujours absent, jusquau jour où ils sont tombés sous les cailloux. Après le bac, mamie nétait plus là. Je suis allée bosser, serveuse, vaisselle. Puis on ma embarquée dans une agence de mannequins. Mais ça me plaît pas : on te trimbale comme une poupée, assieds-toi, lève-toi. Quand jai rencontré Paul, il ma proposé de porter le café au bureau. Là, cest sympa, les gens sont gentils, personne ne te fait de propositions indécentes.
Après le sauna (eh oui, on fait du sauna dans la campagne française), tout le monde reposait sur la cuisine dété en buvant du thé.
Tante Françoise, vous mapprenez tout ? Cest si beau et si calme, chez vous.
Françoise fit un clin dœil à son fils :
Tu te maries avec mon grand benêt ?
Adélaïde rougit :
Il ne me l’a pas demandé
Paul éclata :
Tes maligne, maman. Jaurais jamais été célibataire avec toi dans les parages.
Françoise pouffa :
Ça suffit, tas assez profité. Adélaïde, sil ne te propose pas, reviens ici, je te trouverai un bon mari, moi !
Adélaïde faillit pleurer :
Merci, tante Françoise, mais jaime votre Paul
Six mois plus tard, les jeunes se marièrent. Et hier, Adélaïde chuchota à Françoise quelle allait bientôt être grand-mère.
Comme quoi, juger les gens sur lapparence, ça ne vaut pas un euro ! On peut passer à côté dune belle personneEt ce matin-là, alors que le soleil perçait doucement les brumes du village, Françoise se tenait sur le perron, sa tasse de café à la main, le cœur léger.
Adélaïde chantonnait en cueillant des roses, son ventre arrondi sous un large tablier, tandis que Paul installait une balançoire entre deux pommiers. Jacques, en grand-père hilare, bricolait un landau de bois dans latelier.
Les cloches de léglise sonnèrent, et la vie reprit son petit rythme. Françoise sourit : elle navait finalement jamais eu de fille, mais en regardant Adélaïde, elle se surprit à penser quelle naurait pas rêvé mieux.
Elle sapprocha dAdélaïde, posa la main sur son épaule et murmura :
Tu sais, la famille cest parfois ce quon ne sattend pas à recevoir.
Adélaïde lui adressa un clin dœil éclatant :
Et cest là quon la reconnaît, non ?
Elles rirent toutes deux, et, dans le jardin fleuri, Françoise comprit que parfois, le grand bonheur tient à une jupe trop courte, un cœur immense, et une poignée de framboises cueillies chez le voisin.

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Maman, fais connaissance : voici Jeanne, ma fiancée – Égor affichait un large sourire.
Entre deux mondes