En tant que fille unique, je nai jamais été l’enfant préférée, même si jétais très attendue. Aujourd’hui, à 23 ans et enceinte de cinq mois, je commence à douter dêtre réellement leur fille biologique. Mes parents ont soixante-dix ans et notre situation financière est catastrophique. Nous vivons dans un petit appartement loué à Paris, et cest à peine suffisant pour joindre les deux bouts. Avec mon compagnon, nous suivons encore nos études et travaillons en même temps, mais notre salaire ne couvre pas toutes les dépenses. À deux reprises déjà, on a failli être mis à la porte pour loyers impayés, au point où on a dû emprunter de largent à des amis pour éviter lexpulsion. Aujourdhui, nous sommes endettés, on peine à sacheter à manger et cest la galère tous les jours sur le plan financier. Parfois, mes parents nous dépannent avec un panier de courses.
Ils insistent beaucoup pour quon se marie, alors on a décidé, sans vraiment hésiter, de se rendre à la mairie du 18ème pour officialiser notre union. Très vite, mes parents ont commencé à parler de petits-enfants. Ma mère, Camille, me répète sans cesse que je dois absolument avoir un enfant, sinon je finirai comme elle malheureuse et esseulée. Mais ni moi ni mon mari ne nous sentions prêts pour un bébé, surtout avec toutes ces responsabilités et les frais que cela implique en France. Cest alors que mes parents nous ont tenté avec une proposition alléchante : offrir leur épargne familiale pour la naissance du bébé, afin quon puisse acheter une petite maison dans un village provençal. En échange, ils partiraient sinstaller eux-mêmes à la campagne, et nous conserverions lappartement en ville. Après réflexion, mon compagnon et moi avons pensé que cette solution nous conviendrait, car cela nous éviterait de continuer à payer un loyer exorbitant à Paris et nous pourrions consacrer le reste de notre argent à nos besoins. Ma mère ma aussi promis de garder le bébé pendant que je finirais mes études.
En plus de cela, mes parents ont promis de contribuer aux frais et de nous aider à acheter tout ce quil faudrait pour le bébé et moi. Pourtant, maintenant que jentame mon septième mois de grossesse, rien na été tenu. Pas même une boîte de couches na été offerte. Ma mère, toujours au téléphone, me demande si jai bien préparé larrivée du bébé, alors que je nai même pas de quoi lui acheter des vêtements. Elle suggère même que mon mari, Émile, prenne un troisième emploi pour subvenir à nos besoins. Quand je lui rappelle leurs belles promesses, elle affirme aujourdhui navoir jamais rien promis et ne cesse de nous faire la leçon, nous traitant dirresponsables.
Lorsque notre fille, Sandrine, est née, soudain mes parents se sont souvenus de leur promesse daide pour lacquisition dun logement. Mais avec Émile, nous avons pris la décision dacheter un appartement par nos propres moyens, car nous avons compris quon ne pouvait décidément pas compter sur leur soutien.





