– Ce n’est rien, Sébastien ! Ne sois pas triste ! Au moins, tu as fêté le Nouvel An de façon splendide !

Ce nest pas grave, Sylvain ! Ne ten fais pas ! Au moins, tu as fêté le Nouvel An comme un roi !
Me voilà enfin revenu à Lyon. Je suis descendu du train, ai traversé la place de la gare, puis me suis dirigé vers larrêt de bus. Je navais pas prévenu mon épouse de mon retour aujourdhui.
Mon humeur était sombre car, je le sentais, une discussion désagréable mattendait avec Élodie. Elle me reprochait une fois de plus dêtre égoïste et indifférent, se plaignait de tout et de rien.
Mais pourquoi indifférent ? Javais pourtant voulu lui souhaiter la bonne année, elle avait éteint son portable. Vexée, hein !
Jai essayé de la joindre durant trois jours, mais elle refusait de répondre. Alors, moi aussi, jai arrêté dappeler vexé à mon tour.
Dailleurs, elle na même pas pris la peine de souhaiter la bonne année à mes parents ni à ma sœur, sans parler de moi ! Je comptais bien lui en parler, dès le pas de la porte franchi.
Les reproches ne doivent pas venir que delle ! Quon ne me fasse pas passer pour le seul fautif ; elle aussi a ses torts ! Comme on dit, la meilleure défense, cest lattaque.
Revigoré, jai pénétré dans limmeuble avec un certain allant guerrier.
Lappartement ma accueilli dans un silence glacial.
Eh ho ! Il y a quelquun ? Élodie, je suis rentré ! ai-je lancé dune voix forte. Mais personne na répondu.
Jai jeté un œil à la cuisine vide. Puis dans le salon rien. Puis la chambre pareil. Mais là, un détail ma frappé : le lit bébé nétait plus là, plus de commode ni de table à langer, ni la poussette offerte par les parents dÉlodie.
Pris dun mauvais pressentiment, jai filé ouvrir larmoire. Son côté, où pendaient ses vêtements, était vide.
Elle est devenue folle ? Elle ma quitté ? ai-je pensé, paniqué.
Jai essayé dappeler ma belle-mère, sans succès. Ensuite, jai tenté Clothilde, lamie dÉlodie. Rien non plus. Finalement, jai eu Jérôme, le mari de Clothilde.
Salut Jérôme ! Passe-moi Clothilde, je narrive pas à la joindre ! lui ai-je demandé.
Clothilde est chez ses parents avec la petite, on a passé le Nouvel An là-bas. Il ny a pas toujours du réseau.
Je suis rentré hier parce que javais ma garde aujourdhui, mais elles sont encore là-bas à profiter, répondit-il. Pourquoi tu la cherches ?
Je pensais quelle saurait où est Élodie. Je suis passé chez moi après mon séjour chez les parents, et ma femme nest plus là ni rien de ce quon avait acheté pour le bébé
Attends, ta femme nallait pas bientôt accoucher ? Tu es parti voir tes parents pour les fêtes et tu las laissée seule ? sétonna Jérôme.
Elle ne voulait pas venir ! On lui avait fixé le terme autour du dix ou onze janvier, on avait largement le temps de rentrer.
Bravo, mon vieux ! ironisa-t-il. Quelle andouille tu fais ! Tas sans doute déjà ton passeport pour le célibat. Appelle la maternité, elle doit y être, conclut Jérôme.
Dix jours auparavant.
Je ne comprends pas, Sylvain, me disait ma mère au téléphone. Pourquoi rester seul à la maison pour les fêtes ? Si Élodie ne veut pas venir, viens seul, il lui reste presque deux semaines avant la date prévue, tu auras le temps de rentrer.
Elle me vantait la grande réunion de famille prévue. Mes tantes et oncles, cousins, et ma sœur avec son mari, tous rassemblés dans un hôtel en Savoie, dans la forêt. Tout était réservé : quatre nuits, du 30 décembre au 2 janvier.
Le 31, un grand banquet au restaurant, avec des artistes invités. Elle avait tout payé davance pour moi, il suffirait de la rembourser. Je resterais jusquà lÉpiphanie, et je rentrerais, à temps pour la naissance.
Élodie ne voulait pas y aller :
Sylvain, ça peut débuter nimporte quel jour. Imagine le tableau : tout le monde fait la fête, et moi qui dois foncer à lhôpital. Lhôtel est perdu dans la campagne, tu penses vraiment quune ambulance arriverait à temps ?
Non, je ne pars pas dici.
Maman dit que de nos jours, les femmes croient que la grossesse est une maladie et laccouchement un exploit. Elle nous a eus, nous trois, sans sarrêter ni se plaindre !
Oui, au fond, je savais quÉlodie avait raison sur certains points. Mais jimaginais ce réveillon ennuyeux à la maison, juste nous deux, rien de spécial à manger Élodie ne voulait pas cuisiner et ça me déprimait.
Pendant ce temps-là, toute la famille samuserait en dansant et chantant à lhôtel.
Jai fini par partir seul.
Et cest vrai quon sest bien amusé ! Vers minuit, je suis sorti pour tenter dappeler Élodie, mais elle na pas répondu.
Tant pis ! Après tout, elle aurait pu être là, samuser aussi, ai-je songé, un peu amer.
Le lendemain, ma mère a fait part de son courroux :
Ta chère Élodie ne nous a même pas appelés pour les vœux. Tu la laisses trop faire, mon fils !
Elle ne comprend rien à la vraie famille. Tant pis, quelle reste seule, ça lui fera réfléchir.
Mais cette nuit de Nouvel An, Élodie avait dautres soucis. Si elle pensait à quelquun, cétait à moi, non à mes parents ou à tous mes cousins.
Ses parents, sachant quelle était seule pour les fêtes, lavaient invitée chez eux. Pas de grosse fête prévue, juste un dîner en tête-à-tête. Son frère bossait à Paris, impossible pour lui de venir.
Le 31, à vingt-et-une heures, alors quelles mettaient la table, Élodie a senti les premières contractions.
On a appelé le SAMU, sa mère la accompagnée à lhôpital, son père les a rejoints en voiture.
Cette année-là, Élodie a passé le Nouvel An à la maternité, et ses parents, dans la salle dattente. Élodie est devenue maman dun petit garçon
Je suivis le conseil de Jérôme et appelai la maternité.
Madame Lefèvre ? Elle est sortie hier, répondit la standardiste.
Sortie ? Déjà un bébé ?
Oui, bien sûr. Né le premier janvier à minuit vingt.
Qui la raccompagnée ? demandai-je.
Monsieur, ce genre dinformations, nous nenregistrons pas les détails !
Je compris que seuls ses parents avaient pu venir la chercher. Elle devait donc être chez eux.
Jachetai un bouquet de roses et me rendis chez eux.
Jai sonné. Mon beau-père a ouvert.
Que voulez-vous ?
Bonjour, je viens voir Élodie, répondis-je.
Pourquoi faire ? siffla-t-il.
Je suis son mari, tout de même
Élodie, lança-t-il, un monsieur prétend être ton mari. Tu veux lui parler ?
Non, quil sen aille, répondit-elle, sans se montrer.
Mon beau-père haussa les épaules :
Elle ne veut pas. Au revoir, jeune homme ! Et il claqua la porte.
Jattendis un peu, puis ai sonné de nouveau.
Cette fois, ma belle-mère se montra grande, carrée, le ton tranchant. Je dois avouer quelle mintimidait.
Tu nas pas compris ? demanda-t-elle.
Laissez-moi passer, tentai-je fermement. Jai le droit
Je neus pas le temps daller plus loin : elle me prit le bouquet pour me gifler plusieurs fois avec.
Tes droits, un avocat te les expliquera bientôt ! Et nappelle plus, mon petit-fils dort !
Elle jeta les fleurs à mes pieds et referma.
Je suis reparti. En chemin, je me frottais la joue de belles roses, mais pleines dépines.
En rentrant, jappelai ma mère.
Tu te rends compte ? Ils ne mont pas laissé entrer, je nai même pas vu mon fils.
Ne ten fais pas, mon garçon ! Élodie finira par revenir, avec un bébé dans les bras, elle nira pas loin. Ne lappelle pas, ne lui envoie rien. Elle comprendra.
Laisse ses parents sen occuper, sils sont si malins. Dors, repose-toi, demain tu travailles.
Jai suivi le conseil : jai mangé des raviolis du traiteur italien du coin et me suis couché.
Jai dormi du sommeil du juste, ignorant que cétait ma dernière nuit dans cet appartement.
Le lendemain en rentrant du travail, toutes mes affaires mattendaient sur le palier, rangées dans des cartons et sacs poubelles.
Jai sonné. Ma belle-mère, la propriétaire du logement, a ouvert.
Alors, mon cher gendre, tu te souviens encore de ladresse de ta chambre de bonne ? Sinon, je te la rappelle ! Prends tes affaires. Tout ce qui restera cette nuit, la femme de ménage lenverra à la décharge !
Jai donc réintégré ma chambre de bonne.
On a divorcé au tribunal. Jy ai vite eu marre, alors jai pensé louer un studio. Mais avec mon salaire après la déduction de la pension pour mon fils et la rente pour mon ex-femme, il ne me restait presque rien.
Prends ton mal en patience ! Il faudra économiser pour tacheter ton propre chez-toi, me souffla Jérôme. Allez, te mine pas ! Au moins, tu auras passé un Nouvel An inoubliable !
Élodie a vécu trois ans chez ses parents, qui laidaient avec le petit Tom ; ils louaient leur appartement en attendant.
Lorsquelle a repris le travail, ils ont réintégré lappartement renouvelé, qui ne portait plus aucune trace de mon passage.
Cette histoire ma appris une chose fondamentale : la famille ne se résume pas à un nom ou à des habitudes, mais à la présence mutuelle, surtout dans les moments importants. Jai compris, hélas trop tard, quon ne bâtit rien de solide en fuyant ses responsabilités.

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– Ce n’est rien, Sébastien ! Ne sois pas triste ! Au moins, tu as fêté le Nouvel An de façon splendide !
Tu vas à ta maison de campagne ? Alors reste-y !” – ma fille a éclaté de rire en louant l’appartement