J’avais un mauvais pressentiment. Quelquun avait sûrement trouvé mon sac et en avait profité.
Cétait au temps de ma troisième année à luniversité.
Ma mère et mon père vivaient à la campagne, quelque part près dAngers. Bien quils naient jamais roulé sur lor, ils tenaient à moffrir une bonne éducation. Pour cela, ils sétaient endettés bien plus quils ne lauraient voulu, mais jamais je ne les ai entendus sen plaindre. Au contraire, ils sont toujours restés fiers de moi, me soutenant de toutes les façons possibles.
À cette époque, jéprouvais le besoin de les aider un peu, alors jai trouvé un petit travail étudiant. Je commençais à bien gagner ma vie, de quoi leur permettre de bientôt rembourser toutes leurs dettes.
Un matin, après un service de nuit, mon patron ma appelée et ma donné mon salaire du mois, ainsi quune prime en récompense de mon assiduité. Jétais si heureuse cétait pile la somme nécessaire pour régler la dernière partie de notre emprunt. Comme à mon habitude, je suis rentrée à pied, traversant le vieux parc municipal, enveloppé de la lumière grise de laube. Je me sentais vidée, alors je me suis assise sur un banc à lécart, sous de vieux platanes. Le travail de nuit mavait complètement épuisée. Plus tard, me sentant un peu mieux, jai repris le chemin de mon appartement. Ce nest quen arrivant chez moi que jai compris : javais laissé mon sac sur le banc du parc. Tous mes papiers importants et largent sy trouvaient.
Pris de panique, jai couru vers le parc. Mais dans la confusion, jai oublié de quel banc il sagissait, et je me suis mise à tourner en rond pendant une bonne demi-heure sans rien retrouver. Un désespoir épais sabattait sur moi jétais persuadée davoir tout perdu. Puis, soudain, une voix a crié mon nom. Je me suis retournée, le cœur battant, et jai vu un jeune homme debout devant moi, tenant mon sac à la main.
Je crois que cest à toi, a-t-il dit doucement.
Je me suis jetée dans ses bras, soulagée et tellement reconnaissante.
Je ne sais même pas comment te remercier ! Tout mon salaire du mois était là-dedans.
Alors dans ce cas, tu me dois un café. Et, pourquoi pas, un petit gâteau aussi
Ce soir-là, on a partagé notre premier café ensemble, sur la terrasse dun petit bistrot de la ville. Ce ne fut pas le dernier Voilà maintenant quatre ans que nous sommes ensemble.





