Le seul sentiment de crainte qui ma poursuivie toute ma vie, cest celui de la belle-mère en colère. Jai déjà été mariée une première fois, et sur ce point-là, jai eu de la chance, je suppose. Mon premier mari venait dun foyer, il navait ni père ni mère. Donc, aucun reproche de la part dune belle-famille. Mais mon mariage na pas tenu. Au bout de cinq ans seulement, jai demandé le divorce.
Quand nous nous sommes mariés, jétais encore à la fac. Au bout dun an, mon mari a commencé à boire, sest mis à accumuler les dettes, et en tant quépouse, cest moi qui devais tout prendre en charge aussi. Jai été obligée dabandonner mes études pour travailler et éponger ses dettes.
Ce mariage ne ma apporté que des ennuis. Quand je lai quitté, jai ressenti un immense soulagement. Plus de problèmes, pensais-je. Pendant deux ans, je suis restée seule, à me reconstruire patiemment, morceau par morceau. Et puis jai rencontré Guillaume. Il navait jamais été marié, ni eu de relation sérieuse avant moi. Tout est allé très vite entre nous, il ma fait sa demande et jai accepté. Nous sommes alors partis rencontrer sa mère.
Dès que jai posé un pied dans lappartement, jai vu son visage fermé. Elle ma lancé un bonjour sec avant de séclipser dans une autre pièce. Je nai dabord pas compris ce qui clochait. Peut-être que quelque chose nallait pas chez moi, ou cétait ma tenue ? Pourtant, javais choisi quelque chose de discret, absolument convenable.
Pourtant, dès le repas, ma future belle-mère ma observée longuement sans un mot, son regard me mettait mal à laise. Et lorsque je rougissais déjà dembarras, elle a soudain attaqué.
Ah, comme ça tu nas même pas de diplôme ? Donc tu nas pas de cervelle ? Son sourire en coin et son air hautain mont piquée au vif. Jai hésité un instant, puis jai répondu dun ton paisible en buvant une gorgée de thé :
Jai fait des études supérieures, mais je nai pas pu finir la fac. Cest dans mes projets dy retourner un jour.
Elle a soufflé bruyamment, lair moqueur.
Les projets, ça ne fait pas tout ! Et tu comptes être une épouse quand, hein ? Cest quand que tu toccuperas des enfants, que tu cuiras des petits plats pour ton mari, que tu tiendras la maison ? Tu te prends pour une petite princesse ! Elle a ricané, siroté encore un peu de thé, et reposé la tasse. Je vais te le dire franchement, mon fils na pas besoin dune fille comme toi.
Franchement, regarde-toi, tes belle, tas une jolie silhouette, mais tas rien dans la tête. Jai été profondément blessée sur le moment. Je me suis levée de table, direction la salle de bains, et là, jai fondu en larmes. Une parfaite inconnue minsultait sans raison, et mon mari na même rien dit. Heureusement, nous sommes vite partis de chez elle. Je nai plus jamais eu envie dy remettre les pieds. Mais elle, elle est venue chez nous, et chaque fois elle trouvait un prétexte pour me rabaisser, ne serait-ce quun tout petit peu.
Je navais jamais songé à consulter un psychologue, mais finalement, jy suis allée. Après seulement quelques séances, jai compris que ma belle-mère était une manipulatrice en bonne et due forme, et que si jen souffrais, cest parce que je la laissais me blesser sans réagir, par éducation. Alors, la prochaine fois quelle ma offensée, je lui ai demandé, calmement mais fermement, de quitter ma maison.
Depuis, nous ne nous parlons plus, et franchement, ça mest complètement égal. Mon mari nest pas du genre à insister là-dessus. Je me sens enfin libre, et sereine.





