Un Cadeau Que L’on Se Fait à Soi-Même

UN CADEAU POUR SOI-MÊME

Hélène Dupuis une charmante brune aux yeux clairs, la cinquantaine bien passée, silhouette encore agréable bien quun peu ronde, se tenait près de la fenêtre de la suite dun hôtel cinq étoiles, sirotant une liqueur de noisette, tout en méditant :

« Voilà, jy suis Divorcée à lâge mûr, seule, dans un hôtel destiné aux amoureux. Heureusement, au moins, que ce soit une suite de luxe, pas un Formule 1 donnant sur un parking cela aurait été dune tristesse à pleurer. »

Elle croyait fermement que la romance était terminée, quelque part aux alentours dil y a vingt ans, en même temps que les dernières portes claquaient sous les crises dadolescence des enfants. Les hommes faisaient parfois irruption dans sa vie, mais chaque fois cela finissait par une désillusion, flirtant avec la déprime, et elle s’était promis que les relations amoureuses n’étaient plus pour elle.

Mais voilà quIl apparut un galant virtuel. Il lui écrivait des messages qui faisaient rosir ses joues et redresser son dos insolemment. Elle aurait voulu les encadrer et les fixer sur la porte du réfrigérateur pour les relire autant que pour se rappeler déviter de trop l’ouvrir. Parfois, Hélène se demandait si son admirateur caché nétait pas membre dun atelier décriture ou simplement un homme débordant de temps libre.

Hélène redevenait Léna dans ces échanges. Elle sacheta une robe qui fit grincer des dents ses collègues de jalousie, un soutien-gorge valant presque le prix dun vol Paris-Nice, et se mit même à fréquenter la salle de sport. Elle faisait des squats avec tant de détermination quon aurait dit que le sort du pays en dépendait.

« Si je meurs demain de courbatures, enterrez-moi dans cette robe. Que mon ex sen morde les doigts ! », lançait-elle avec humour noir à ses amies.

La rencontre eût enfin lieu. Une réussite. Les détails nont pas leur place ici, mais on dira simplement que Hélène avait eu plaisir à se regarder dans la glace après le reflet était celui dune femme rajeunie, épanouie.

Mais la seconde rencontre ne se fit pas. Pour couronner la romance, ils avaient choisi une coquette petite ville en bord de mer. Hélène lattendait, avait tout organisé, lagitation au ventre ; mais de son côté, à lui, ce fut une crise dhypertension à la dernière minute, la laissant seule, dans un hôtel inconnu, au cœur dune ville étrangère. On dirait bien que les émotions intenses laissent des traces. Le destin lui lançait un clin dœil : « Doucement, ma grande, nen fais pas trop. »

Assise près de la fenêtre avec son verre, Hélène tenta de relativiser :

« Tant pis. Quest-ce que je raconterai à mes petits-enfants ? Mamie, comment as-tu retrouvé ta jeunesse ? En attendant un monsieur avec ses pilules à côté du parking de laéroport ! Ça, cest du romantisme ! »

Le lendemain, elle alla au spa et prit une décision : « Ça suffit maintenant. Il est temps de me créer mes propres fêtes. Je vais vraiment profiter ! » Les esthéticiennes lui jurèrent que sa peau rayonnait. Hélène se regarda dans le miroir : Oui, elle brillait mais sûrement davantage à cause des huiles quà cause dune seconde jeunesse.

La découverte de la ville fut splendide. Le guide, grand, aux tempes grisonnantes, doté dune voix douce, captivait toute son attention. À côté delle, une vieille dame en survêtement babillait, mais Hélène ne lentendait pas. Alors que le guide évoquait les batailles du Moyen Âge, Hélène pensait : les hommes ont toujours guerroyé pour les villes, les femmes pour quon les regarde. En somme, tout séquilibre.

« Vous devez absolument goûter le flan pâtissier », insista le guide, menant le groupe dans la meilleure pâtisserie de la ville, la fixant droit dans les yeux.

Le flan fut divin. Au point quHélène crut presque tomber amoureuse mais de la pâte et des œufs. « Le flan, au moins, lui, ne vous trahit jamais », songea-t-elle, amusée.

Vint ensuite une séance de shopping : un pendentif dambre et une robe turquoise si ajustée quelle se fit un clin dœil à elle-même devant le miroir. Tellement audacieuse quHélène nétait pas certaine doser la porter en public. Mais rien ne larrêta.

Dans lavion du retour, Hélène contempla la ville qui disparaissait sous laile, en même temps que ses dernières illusions romantiques.

Tant pis Peut-être se recroiseront-ils ou pas. Ce nest pas la fin du monde, au contraire.

Devant elle : une nouvelle garde-robe, quelques escapades à venir, et qui sait, un autre flan pâtissier. Avec ou sans homme.

« Et si cest sans homme, ce sera au moins avec une boule de glace à la vanille », pensa-t-elle en souriant, avant de sassoupir, légère.

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