Papi, pourquoi tu te téléphones à toi-même… chaque jour ?

Grand-père, pourquoi tu tappelles toi-même au téléphone chaque matin ?
La petite-fille avait longtemps observé cette bizarrerie de son grand-père. Il se glissait dans son vieux fauteuil en velours, attrapait le combiné digne de la Belle Époque, et, lentement, composait son propre numéro. Il laissait partir deux sonneries dans léther puis reposait doucement le combiné sur lappareil.
Un matin, elle na plus pu contenir sa curiosité.
Dis-moi, Grand-père pourquoi fais-tu cela ?
Il sourit, mais il y avait dans ses yeux un éclat de tristesse, comme un reflet brumeux venant dun très vieux miroir, au fond dune forêt.
Tu sais, lorsque ta grand-mère Aimée était encore là elle mappelait chaque jour exactement à cette heure-ci. Je sais que plus personne ne répondra, mais quand je compose le numéro, jai limpression de lattendre encore. Comme si, derrière la ligne, Paris pouvait se courber et ramener son écho.
La petite-fille resta silencieuse, le temps ondulant autour delle comme des nappes de brouillard sur la Seine.
Le lendemain, juste avant que les cloches imaginaires de Notre-Dame ne sonnent, elle se glissa, aussi discrète quun chat dans une ruelle montmartroise, et composa le numéro de la maison familiale, feignant linvisible. Grand-père décrocha ses mains tremblaient si légèrement quon eût dit les feuilles dun marronnier sous une brise doctobre.
Et soudain, à travers la brume électrique du combiné, il entendit la voix la plus précieuse au monde :
Bonjour, Papi Je voulais juste te rappeler quà cette minute, quelquun tattend encore.
Parfois, lamour ne quitte pas la scène.
Il change simplement de costume, ou emprunte une autre voix.
Et pour lui redonner corps il suffit parfois dun simple appel, suspendu entre les toits gris et les souvenirs dorés de Paris.

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Le Retour au Foyer