Cher journal,
Mon ex-petit ami me cachait de ses amis parce quà ses yeux, « je nétais pas à sa hauteur ». Je lai su dès le début, mais malgré tout, je suis restée. Il venait dune famille aisée dune petite ville près de Lyon son père était un grand entrepreneur, sa mère ne travaillait pas, ils vivaient dans une villa élégante et conduisaient une voiture flambant neuve. Moi, je vivais dans un quartier banal à Villeurbanne, je travaillais comme caissière à Monoprix et jaidais ma mère à joindre les deux bouts.
Nous nous sommes rencontrés dans un café, là où je prenais toujours mon espresso avant mon service. Puis il sest mis à mappeler, à menvoyer des messages, à minviter à sortir. Au début, cétait doux, mais étrange. Jamais il ne memmenait dans les endroits où il retrouvait ses amis. Il choisissait toujours des lieux un peu retirés ; des petits restaurants ou jardins où personne ne nous connaissait. Si nous nous promenions dans le centre de Lyon et que je croisais quelquun de mon entourage, il lâchait aussitôt ma main et me disait : « Viens, on va par là ». Quand je lui ai demandé pourquoi, il a répondu : « Mes amis sont très critiques, je ne veux pas de ragots ». Jai avalé ses explications.
La première fois où jai vraiment compris, cétait lors dune soirée. Il ma invitée, jai mis une robe simple mais belle, achetée chez Sézane. Dès notre arrivée, il ma chuchoté : « Reste près du comptoir, je vais saluer quelques amis ». Vingt minutes sont passées, puis quarante. Je lai aperçu de loin, tout sourire, prenant des photos, embrassant des gens. Il ne ma présentée à personne. Quand je me suis approchée, il a posé une main devant moi et ma dit : « Attends dehors un instant ». Une fois dehors, il ma expliqué : « Il y a ici des personnes importantes, je ne veux pas de situations gênantes ».
Au fil des semaines, ses remarques sont devenues de plus en plus douloureuses. Il me disait que je parlais « trop vulgairement », que je devais changer de style, quil ne publierait jamais de photos de nous sur Instagram parce que « sa famille était très réservée ». Il ne ma jamais amenée chez lui. Je nai jamais rencontré ses parents. Lorsque je lai invité à lanniversaire de ma mère, il a inventé des excuses travail, voiture en panne, fatigue. Mais quand il y avait des événements parmi les siens, il disparaissait tout le week-end.
Un soir, jai fini par lui demander directement : « Tu as honte dêtre avec moi ? » Il est resté silencieux quelques secondes et a répondu : « Ce nest pas de la honte on vient simplement de mondes différents. Tu es quelquun de bien, mais mes amis sont dans un autre milieu. Je ne veux pas être jugé ». Cette phrase a brisé quelque chose en moi. Je lui ai demandé : « Tu peux me juger toi aussi ? » Il a simplement haussé les épaules.
Le pire, cétait quand jai vu sur son profil des photos avec une collègue fille dun avocat renommé à Lyon. Restaurants chics, événements luxueux, sourires et tags. Avec elle, il posait fièrement. Pour moi, rien. Quand je lui ai demandé, il a affirmé quelle était « seulement une amie ». Cela a mené à une dispute sérieuse. Je lui ai dit que je refusais dêtre une relation cachée. Il ma répondu : « Si tu naimes pas ces conditions, alors cest fini ».
Et ce fut fini, là, sur le trottoir, après une nuit froide à Croix-Rousse. Jai marché seule sur quelques rues, les larmes aux yeux. Une semaine plus tard, il était officiel avec cette fille. Moi, je continuais mon boulot, et je voyais ses photos : vêtements de luxe, voyages, dîners. Il ne sest jamais excusé. Il na jamais reconnu mavoir blessée.
Aujourdhui, je sais que pendant un an jétais la fille quon ne devait jamais voir. Celle qui existait seulement derrière des portes fermées. Celle qui nétait jamais « assez » pour figurer sur la photo de groupe. On nefface pas ça facilement.




