Tard le soir au Monoprix du centre-ville : Irène, caissière épuisée, un voisin fêtard insupportable,…

Tard dans la soirée au Monoprix.
Une nuit dhiver tardive au Monoprix du boulevard Voltaire, à Paris. Camille était assise derrière sa caisse, les paupières alourdies par la fatigue, le cœur serré damertume et disolement. Sa nuit sans sommeil expliquait ses traits tirés. Son voisin du dessus, Gérard, fameux pour ses excès, sétait encore livré à des beuveries tapageuses avec ses compagnons, obligeant le commissariat du 11e à intervenir sans guère de succès.
Camille essuya rapidement ses larmes, tentant de reprendre contenance. À cet instant, un jeune homme élancé, au manteau beige bien coupé vint se présenter à sa caisse. Cela faisait un mois que ce brun mystérieux choisissait toujours sa file pour son traditionnel emmental râpé et carton de jus dorange. « Un solitaire », pensa-t-elle, « le genre à faire pâlir bien des Parisiennes. »
Le jeune homme lui adressa un sourire et tendit un billet de cinquante euros, mais se ravisa : « Attendez, je dois avoir de la monnaie, ça vous évitera des ennuis. » Il régla donc son achat le plus normalement du monde puis quitta le magasin.
Encore une heure avant la fermeture. Les derniers clients erraient dans les rayons, poussant leur chariot dun air absent et las. Réprimant un bâillement, Camille maudit silencieusement Gérard, qui, comme attiré par sa pensée, entra dans le magasin. Mal rasé, abîmé, lœil brillant, tenant à la main deux bouteilles de cognac. Dun sourire faussement jovial, il tendit un billet de cinquante euros, flambant neuf. « Oh, Paris ne dort décidément jamais », maugréa Camille.
« Dis-moi, Gérard, tu as braqué une banque ou quoi ? » demanda-t-elle, regard pétillant de provocation. Lœil vif, au milieu de ses ecchymoses, il répondit, faussement candide : « Bah pourquoi jaurais fait ça ? »
Par habitude, Camille porta le billet à la lumière, en effleura la texture du doigt, mais soudain sarrêta. « Attends voir Il y a un truc bizarre. On va vérifier tout ça. » Elle passa le billet au détecteur, puis murmura : « Doù viens-tu avec ça ? Il est faux, Gérard ! »
Le voisin se figea, pétrifié, serrant son alcool contre lui, marmonnant ce qui ressemblait à une supplique silencieuse. Soudain, il posa nerveusement ses bouteilles sur la caisse et, plein despoir, sortit deux autres billets neufs. « Vérifie ceux-là aussi » « Gérard, il faut prévenir le gérant ! »
« Camille, je tassure, je les ai ramassés devant la porte du Monop, quelquun a perdu son portefeuille. Me dénonce pas, je ten supplie » sanglota presque Gérard.
La caissière savourait, lespace dun instant, la terreur du voisin. Les billets, elle le savait, étaient bien authentiques Mais Gérard, à la hâte, se dépêcha d’empocher ses quinze cents euros et sortit jeter les « preuves » dans la grande poubelle, avant de senfuir dun pas précipité.
Camille resta interdite. Avait-elle été trop loin? Mais au fond, ce nétait que justice pour Gérard.
« Excusez-moi » fit alors la voix douce du fidèle client au manteau clair. « Plus tôt ce soir, jai acheté une pizza »
« Oui, je me souviens », répondit-elle, méfiante, « vous naviez pas rendu la monnaie ».
« Non, ce nest pas ça Jai bêtement perdu mon portefeuille en montant dans la voiture. Une distraction impardonnable »
« Il y avait beaucoup dargent? » interrogea Camille, pensant aussitôt à laffaire précédente.
« Pas vraiment mais javais noté un numéro vital sur un billet, je navais pas de papier. Si par miracle quelquun le retrouve, dites-lui de garder largent, mais recopiez-moi le numéro dessus. Voici ma carte. »
« Daccord, promis. »
Le reste de la soirée, Camille neut de cesse dy penser. Elle réfléchissait sans relâche à la meilleure façon d’aider linconnu amateur de pizza. À la fermeture, elle sempara dun sac poubelle, résolue à fouiller le container derrière le magasin.
Chez elle, enfilant des gants, elle se mit en quête des morceaux du précieux billet, pestant contre sa propre farce ridicule.
« Et lui, quel distrait Sûrement le numéro dune fille », pensa-t-elle, un pincement denvie au cœur et des sanglots aux yeux. Finalement, entre deux lambeaux de cinq euros, le numéro était là.
« Mais comment le joindre? Je nose pas appeler, il pourrait me reconnaître, et que dire alors? Parler des faux billets? »
Son regard tomba sur la carte: Antoine Martin, trois numéros dont un personnel. Elle hésitait: passer par le vieux mobile de la voisine Mme Boulanger? Et si Antoine rappelait, découvrant que cétait Camille? Penserait-il quelle avait gardé le portefeuille, mais lui avait donné le numéro?
Finalement, elle pensa au gardien de limmeuble, M. Hoang, homme discret et peu bavard. Ainsi masquée, elle pourrait envoyer le mystérieux numéro sans risque dêtre reconnue.
Plus tard, emmitouflée dans un caban élimé, une vieille chapka et dépaisses écharpes, Camille descendit dans la cour, silhouette méconnaissable, prête à brouiller les pistes. Elle sadressa à M. Hoang, à voix basse : « Sil vous plaît, monsieur, mon portable est déchargé, je pourrais utiliser votre téléphone? » Elle glissa un billet de cinq euros dans sa main, complice. Dun geste, il lui tendit lappareil. Camille tapota rapidement un SMS à Antoine. Mission accomplie, elle remercia le gardien dun signe furtif et rentra précipitamment chez elle, soulagée.
Antoine était allongé sur son lit, incapable de trouver le sommeil, ruminant la journée. Ce nétait pas la perte de quelques billets qui langoissait, mais ce fameux numéro Il se souvenait de la rencontre, plus tôt : un vieil ami, Henri, croisé en vitesse devant un café bondé. « Antoine, rappelle-moi! », avait lancé Henri, scandant le numéro alors quil sautait dans un bus. Ne retrouvant pas son téléphone, Antoine avait griffonné le numéro sur un billet, pensant lui téléphoner aussitôt rentré Mais le sort en avait décidé autrement.
Pour se consoler, il laissa divaguer son esprit vers limage de Camille, la caissière du Monoprix: son sourire à la fois doux et timide, son regard clair, la façon dont elle le remerciait. Depuis des semaines, il pensait à elle.
Soudain, son portable vibra. Un numéro inconnu safficha: le message contenait le numéro dHenri, rien de plus. Antoine relut, soulagé. Son billet avait refait surface! Il rédigea un SMS en retour: « Merci, gardez la somme, cest pour vous. »
Une voix hésitante répondit aussitôt: « Somme? Pardon, moi pas comprendre, je suis seulement gardien. » Puis la ligne coupa.
Peu importait lexpéditeur. Demain, il raconterait son histoire à Camille. Elle avait de la compassion, il le sentait.
Ce soir-là, il sendormit, un sourire aux lèvres, certain davoir enfin un prétexte pour parler à Camille.
De son côté, Camille pleura longuement, bouleversée par létau dune vie trop étriquée, pleine de regrets, dincertitude, se flagellant davoir ridiculisé Gérard, et surtout, taraudée par lidée de nêtre, aux yeux dAntoine, quune simple caissière invisible.
Le lendemain, à la tombée de la nuit, Antoine entra au magasin, le visage illuminé par une joie neuve.
« Camille, jai retrouvé le numéro de mon vieil ami grâce à un SMS Mais, attendez Je nai donné ma carte quà vous » dit-il, songeur, sarrêtant soudain.
Camille baissa les yeux, incapable de répondre.
Il la fixa, devinant la vérité. « Vous cétait vous qui avez trouvé les billets et le numéro, nest-ce pas? »
Sans attendre, il tourna les talons, troublé.
Camille sentit la panique monter. « Cest fini! Il me prend pour une voleuse » Elle attrapa son sac, se précipita en courant derrière lui.
« Antoine, attendez! »
Les clients se figèrent, observant la scène pendant que Camille, essoufflée, rattrapait Antoine et lui brandissait deux morceaux du billet retrouvé, sur lesquels était inscrit le numéro dHenri.
Un silence, puis deux éclats de rire résonnèrent, franchissant la porte automatique.
Quelques semaines plus tard, la famille Martin célébrait un mariage simple et heureux à la mairie du 11e. Camille, radieuse, alternait éclats de rire et larmes démotion, tandis que Gérard, invité dhonneur, profitait, lui aussi, de la fête.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

two × four =

Tard le soir au Monoprix du centre-ville : Irène, caissière épuisée, un voisin fêtard insupportable,…
Un petit chaton gris était assis devant la porte de la clinique vétérinaire. Il pleurait, tandis qu’à côté de lui se trouvait un tout petit chaton…