L’AMOUR INÉPUISABLE Paul avait autrefois épousé Alla par raison et par amour fou. Mais, peu à peu,…

AMOUR INÉPUISABLE

Paul sest autrefois marié par amour, un amour tombé du ciel, bien entendu. Pourtant, au fil des années, cet amour a commencé à séchapper de son foyer, dabord comme une petite fuite, puis comme un robinet quon oublierait de fermer. Même la naissance de sa fille na pas colmaté la brèche ; pire, le ruisseau sest transformé en grand fleuve. Lamour de Paul séparpillait en flirts passagers, coups de foudre aussi fugaces quun pain au chocolat sur le comptoir, et passions aussi fréquentes que les grèves dans les transports parisiens

Paul ne pouvait pas et, à vrai dire, nen avait nulle envie appartenir uniquement à son épouse. Il faisait tomber les femmes avec son charme gaulois, son toupet de titi parisien et, sait-on jamais, grâce à lintervention dun petit saint oublié. Paul distribuait sa tendresse universelle à toutes : les minces, les rondes, les blondes comme les brunes, les joyeuses et les mélancoliques, les mariées et les célibataires rêveuses. Étonnamment, les femmes semblaient apprécier le service à la française.

Sa femme, Aurélie, semblait miraculeusement ne rien remarquer. Du moins, jamais elle ne lui faisait de scènes dignes dune tragédie à la Racine. Dailleurs, Paul noubliait pas de couvrir Aurélie dun peu dattention conjugale, histoire de garder un semblant de paix dans le ménage.

Jusquau jour où ce joyeux torrent damour fut stoppé par une certaine Jeanne. Paul fut ébloui par sa beauté et son esprit subtil une vraie Parisienne ! Avec elle, et seulement elle (hors sa femme, bien sûr), il passa tout son temps libre. Jeanne avait un mari, dont elle semblait aimer divorcer régulièrement. Paul était, pour elle, un bol dair pur et tout un univers. Leur romance dura trois ans.

Un rappel, car il faut suivre : Paul avait une fille, Sandrine. Après le bac, Sandrine partit étudier aux États-Unis grâce à un programme déchange. Elle ne remit jamais les pieds à Clermont-Ferrand. Elle épousa un Américain à Los Angeles, eut trois enfants et croula bientôt sous les responsabilités parentales. Un jour, elle appela ses parents à la rescousse. Son mari, John, navait plus que son père (Michael), la mère étant décédée.

Paul et sa femme senvolèrent au-delà de lAtlantique, histoire de jouer les super papys et mamies à L.A. Pendant deux ans, ils gardèrent les petits. Mais bientôt, Paul ressentit la nostalgie du vieux pays. Sa femme, Aurélie, nen crut pas ses oreilles : pourquoi vouloir repartir en France ? Sans donner dexplication, Paul prit le premier avion pour Paris, direction chez Jeanne.

Voilà ! Jeanne, sans toi la vie est grise ! Dis un mot, et jabandonne tout, vraiment tout ! Tu mas envoûté, ma Jeannette !
Mon pauvre Paulo tu sembles oublier que je suis toujours mariée. Contente de te voir, mais on va sarrêter là.

Paul, pas préparé à léchec sentimental, fit demi-tour vers Los Angeles la queue entre les jambes. Mais Aurélie aussi lui réservait une surprise.

Eh bien, Paulo, laisse-moi te dire : Michael et moi avons décidé de nous marier ! Oui, tu as bien entendu. Je pense que tu nas rien à me reprocher, non ? Quant à lavenir des petits, ils se passeront très bien de toi dans leur éducation. Dis-moi, tu leur apprendrais quoi, franchement ? Gazouilla-t-elle, avec un sourire ravi.

Depuis quand tu sais tout ça ? demanda Paul, méfiant.
Ah ! Tu sais, les bons amis ne manquent jamais ricana Aurélie, les yeux plissés de victoire.

Résigné, Paul retourna à Clermont-Ferrand. Et, sans grande surprise frappa à la porte de Jeanne.

Réfléchis, ma Jeannette Si on se remettait ensemble ? demanda-t-il avec espoir.
Non, Paulo ! Tu feras encore des allers-retours vers lAmérique, pendant que moi je rongerai mon frein ? Cest toi qui est parti ! Et devine qui ma sortie de ma déprime ? Mon mari, oui ! Cest fini, Paulo.

Lex-mari et ex-amant rentra penaud chez lui. Il senferma dans son appartement, direction chat et rideaux tirés, pendant trois jours sans croissant ni même de Ricoré.

Un matin, on frappe à la porte. Sur le seuil, une jeune femme toute souriante.

Bonjour, tonton Paulo ! Vous me reconnaissez ? Je suis la copine de votre fille Sandrine ! Comment elle va, la Sandrinette ? lance la jeune femme, les joues roses démotion.

Ça va. Tu es Marion, non ? Oui, oui, je me souviens, marmonna Paul en baillant.

Tonton Paulo, vous auriez un peu de sel ? Après tout, on est voisins osa-t-elle.

Paul observa la copine de sa fille, touché par sa simplicité.

Viens donc, Marion, on va se faire une petite infusion proposa-t-il, tout guilleret.

Ah, tonton Paulo, souffla Marion, je vous aime depuis mon adolescence. Pour moi, vous êtes lhomme idéal ! Bon, jai eu le temps de me marier entre-temps, mais vous étiez toujours occupé Jai patienté, moi ! Maintenant cest mon tour !

Paul avait 56 ans, Marion 33. La nouvelle famille attend un heureux événement et lamour, en France, nen finit jamais de faire des tours de valse.

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L’AMOUR INÉPUISABLE Paul avait autrefois épousé Alla par raison et par amour fou. Mais, peu à peu,…
Léon refusait obstinément de croire qu’Irène était sa fille. Sa femme, Véronique, travaillait dans une supérette ; on murmurait qu’elle se retrouvait souvent seule dans la réserve avec des hommes du quartier. Voilà pourquoi Léon doutait que la frêle Irène soit de son sang, et il n’aimait pas cet enfant. Seul son grand-père, Mathieu, l’aimait sincèrement et lui légua sa maison. Irène, chérie seulement par son grand-père Petite, Irène tombait souvent malade. Elle était menue, de petite taille. « Ni dans ta famille, ni dans la mienne, on n’a vu un si petit gabarit », répétait Léon. « Cette gamine, c’est haut comme trois pommes ! » Peu à peu, même sa mère, influencée par Léon, s’éloigna d’elle. Mais une âme aimait profondément Irène : son grand-père Mathieu. Sa maison se situait à la lisière du village, près de la forêt. Mathieu avait été garde forestier toute sa vie et, même à la retraite, il allait presque chaque jour en forêt, ramassant baies et plantes médicinales. L’hiver, il nourrissait les animaux. On le disait étrange, un peu sorcier. Souvent, ses paroles se révélaient prophétiques. Malgré tout, les villageois venaient lui demander des remèdes. Mathieu avait perdu sa femme depuis longtemps ; seul lui restait la forêt et sa petite-fille. Dès qu’Irène entra à l’école, elle passa plus de temps chez son grand-père qu’à la maison familiale. Il lui enseignait les secrets des plantes. Les études étaient faciles pour Irène : à la question « Tu veux faire quoi plus tard ? », elle répondait « Soigner les gens ! » Sa mère prétextait ne pas avoir d’argent pour ses études, mais Mathieu rassurait la fillette, prêt à tout pour elle. Le grand-père légua à sa petite-fille sa maison et lui prédit le bonheur Véronique, sa mère, rendait rarement visite à Mathieu, sauf ce jour où elle débarqua chez lui, réclamant de l’argent après que son fils a perdu au jeu en ville et a été menacé. « Voilà qu’on vient me voir dans l’urgence ? Tu ne viens jamais autrement », gronda Mathieu, avant de refuser son aide : « Je ne paierai pas les dettes d’André, j’ai ma petite-fille à soutenir. » Furieuse, Véronique hurla : « Je ne veux plus vous voir, ni toi ni Irène ! » Lorsqu’Irène entra à l’école d’infirmières, ses parents ne lui donnèrent pas un centime ; seul Mathieu l’aidait. Elle s’en sortait grâce à sa bourse d’études, car elle était brillante. Avant la fin de ses études, Mathieu tomba malade. Sentant sa fin proche, il confia qu’il léguait sa maison à Irène, lui recommandant de chercher du travail en ville mais de ne jamais oublier la maison : « Tant qu’il y aura une âme qui y vit, la maison restera vivante. L’hiver, il faudra allumer le feu. N’aie pas peur de passer la nuit ici seule : c’est ici que ton destin te trouvera », prophétisa-t-il. « Tu seras heureuse, ma petite. » Il semblait savoir… La prophétie de Mathieu s’est réalisée Mathieu s’éteignit à l’automne. Irène devint infirmière à l’hôpital du département. Le week-end, elle retournait dans la maison du grand-père, allumait le feu pendant les grands froids, profitant des bûches amassées par Mathieu. Un jour, un week-end glacial, bloquée dans la campagne par la neige, elle vit frapper à la porte un jeune homme : « Bonjour, je suis bloqué devant chez vous avec ma voiture, vous auriez une pelle ? » Il accepta son aide, tout en lançant en riant : « Hors de question que vous soyez ensevelie sous la neige aussi ! » Après plusieurs tentatives de déneigement, Irène l’invita à prendre un thé chaud dans la maison. « Vous n’avez pas peur de vivre seule près de la forêt ? » demanda-t-il. Irène lui expliqua qu’elle travaillait à l’hôpital de la ville, ne revenant dans la maison que le week-end, inquiète des intempéries. Le jeune homme, Stanislas, proposa de l’accompagner au centre-ville ; il y vivait aussi. Elle accepta. Après le travail, Irène rentra à pied et eut la surprise de retrouver Stanislas sur son chemin : « Il faut croire que votre thé aux herbes a des pouvoirs magiques ! J’avais très envie de vous revoir… et peut-être partager à nouveau ce délicieux breuvage. » Ils n’ont pas fait de grande fête pour leur mariage. Irène ne voulait pas ; Stanislas a fini par céder. Mais ce fut une histoire d’amour authentique. Irène découvrit que, ce n’est pas qu’un conte, il existe des hommes qui portent leur femme dans leurs bras. Lors de la naissance de leur fils, tout le monde s’étonna que cette frêle maman ait mis au monde un vrai gaillard ! Au moment de choisir le prénom, Irène déclara : « Il s’appellera Mathieu, en hommage à un homme vraiment exceptionnel. »