Ma belle-mère nous a proposé ceci : que nous venions habiter chez elle, pendant que nous mettrions notre appartement en location. Nous navions presque pas dautre option, alors nous avons accepté. Tant que mon mari, Nicolas, était présent, toute la famille me traitait poliment, mais dès quil quittait la maison, le ton changeait aussitôt. On me faisait comprendre immédiatement « où était ma place », et on ne me laissait même pas mapprocher du réfrigérateur.
Souvent, jai pleuré devant Nicolas en essayant de lui expliquer la situation, mais il ne voulait rien entendre. Il répétait que sa mère et sa sœur, Sylvie, ne pourraient jamais agir de la sorte. Il pensait encore moins à me croire quand je lui racontais quelles enduisaient ma brosse à cheveux dune sorte de colle. Je ne sais pas combien de temps jaurais encore pu supporter tout cela si un épisode décisif nétait pas arrivé.
En général, nous partions ensemble le matin : Nicolas pour le bureau, et moi pour déposer les enfants à lécole maternelle. Mais ce matin-là, Nicolas ne se sentait pas bien et avait décidé de rester à la maison. Je suis sortie acheter du pain et du lait, et en revenant, je suis tombée nez à nez dans lentrée avec Julien, le compagnon de ma belle-sœur Sylvie.
Hé toi, file macheter de la bière !
Tu rêves ou quoi ? ai-je lancé, interloquée.
Tas pas compris ? Jai dit tout de suite, bouge-toi ! Tu veux que je répète ?
Ma belle-mère est alors apparue dans le couloir :
Voilà, quau moins elle se rende utile, cette feignante ! Et quelle descende aussi les poubelles !
À ce moment, la porte de notre chambre sest ouverte et Nicolas est sorti, lair sombre. Un silence de plomb est tombé dans le salon. Aussitôt, ma belle-mère est repartie dans sa cuisine, tandis que mon mari, furieux, sest approché de Julien, la attrapé par le col de sa veste et la traîné jusquà la porte, lui hurlant de ne jamais remettre les pieds chez nous.
Sylvie a vaguement tenté dintervenir, mais sest contentée de rouler des yeux. Ma belle-mère, elle, a voulu semporter, mais Nicolas lui a coupé la parole net. Il a tout de suite appelé nos locataires et leur a dit quils devraient quitter notre appartement à la fin du mois. Il sest alors tourné vers sa mère et sa sœur, et a lancé dun ton ferme :
« Si, dici la fin du mois, jentends encore un mot déplacé envers ma femme, considérez que vous navez plus de fils. »
Un mois plus tard, nous avons regagné notre chez-nous, à Lyon. Mais ce cauchemar ma poursuivie longtemps encore. Ma belle-mère et mon beau-père ont coupé les ponts avec Nicolas, mais cela le laissait indifférent. Il a même assuré quil ne voulait plus jamais entendre parler deux, ni les croiser, ni recevoir leurs appels.



