Reconnaissante envers le destin pour cette rupture En troisième année de fac, Marianne fit par hasa…

Reconnaissante envers le destin de notre séparation

En troisième année à la fac, Élodie fit la connaissance de Matthieu par hasard. Il était venu rendre visite à sa cousine dans leur résidence universitaire. Grand, élancé, beau garçon, il attira tout de suite son regard et son cœur se mit à battre plus fort. Sur le moment, elle ne comprit même pas que cétait ça, le fameux coup de foudre.

Eh bien, quel bel homme, pensa-t-elle en le voyant sapprocher avec un sourire et lui tendre la main.

Matthieu, dit-il en inclinant légèrement la tête. Et toi, tu tappelles comment ? demanda-t-il alors quelle se sentit un peu intimidée.

Élodie répondit-elle, les yeux plongés dans les siens, bleu clair. Il remarqua tout de suite la beauté de son regard.

Après leur brève conversation, en partant, Matthieu demanda :

Élodie, ça te dirait daller au cinéma ce soir ? Je viens te chercher.

Oui, pourquoi pas, répondit-elle timidement, tentant de cacher sa joie.

À partir de ce soir-là, ils commencèrent à se voir régulièrement. Matthieu avait trois ans de plus quelle, il était galant, ne venait presque jamais à un rendez-vous sans un bouquet de fleurs, parfois même un petit cadeau. Il ne cachait pas que sa famille était aisée. Son père travaillait à la mairie de Lyon à un poste important, sa mère était comptable.

Matthieu en parla tout de suite à Élodie. Elle sentit quil se montrait un peu vantard sur ce sujet, mais ny prêta pas attention.

Et tes parents à toi, ils font quoi ?

Mes parents, eux, sont de simples villageois, jy suis née. Mon père est conducteur de tracteur, ma mère travaille à La Poste. Je les aime énormément, ce sont des gens gentils et attentionnés.

Mais alors, comment tu fais pour étudier ici ? Tes parents ne doivent pas gagner beaucoup.

Jai réussi le concours dentrée, je suis boursière, je travaillais sérieusement au lycée.

Bravo ! Moi, cest mon père qui a tout payé pour moi. Il en avait les moyens, alors il a voulu que son unique fils fasse de bonnes études. On part souvent en vacances à létranger, se plaisait à dire Matthieu sur un ton qui ninvitait pas à la contradiction.

De lextérieur, cétait clair quil aimait senorgueillir de sa situation, mais Élodie, amoureuse, ny voyait rien de mal. Elle lécoutait avec attention, tandis quil lui parlait de leur grande maison, de leurs nombreux invités, des relations importantes de son père.

Matthieu était entré dans son cœur au point quelle ne voyait plus personne dautre. Elle se prenait déjà à rêver :

Matthieu et moi, on se mariera, puis on aura deux enfants, une fille et un garçon, elle imaginait même leurs prénoms

Un jour, Matthieu ne vint pas comme prévu. Ils devaient aller au cinéma, mais il ny avait pas encore de téléphones portables à lépoque. Élodie attendit, en vain. Ce nest que quatre jours plus tard quil reparut.

Tu nes pas malade au moins ? sinquiéta-t-elle.

Non, tout va bien Mais lautre jour, je tai vue avec Julien, à discuter gentiment et à rire ensemble.

Julien ? On est dans le même groupe, cétait une simple discussion, je te le jure.

Quen sais-je, moi ? Je nai vu que ce que jai vu. Vous aviez lair proches Je suis sûr que ça fait longtemps que vous vous voyez, lança-t-il dun air narquois.

Matthieu, il ny a que toi qui compte pour moi.

Eh bien, cest terminé entre nous. Ne cherche plus à me revoir. Je ne veux pas dune petite amie qui court après les autres, laissa-t-il tomber, avec mépris.

Le sol se déroba sous les pieds dÉlodie. Elle souffrit, voulut sexpliquer, mais elle décida vite :

Je nai rien à me reprocher, il ne sert à rien de shumilier. Sil en a décidé ainsi…

Élodie ne comprit pas la colère de Matthieu ni que sa vraie faute, aux yeux de ce dernier, était dêtre dun autre milieu. Sa cousine raconta à la mère de Matthieu avec qui il sortait.

Tu sais, Élodie est gentille et jolie, mais elle vient dun tout petit village, ses parents sont dhumbles travailleurs, se moqua sa cousine, tandis que sa mère fronçait de plus en plus les sourcils.

Le soir même, ce fut la tempête à la maison, sitôt Matthieu rentré.

Dis-moi, Matthieu, quest-ce que cest que cette histoire ? Tu sors avec une fille de la campagne ? Et ses parents, ce sont des paysans sans une thune. Arrête immédiatement. Elle nest pas de notre rang. Que pourrais-je bien dire à mes amis quand ils rencontreront sa famille ? Nous ne tavons pas élevé pour finir avec une fille dun village inconnu. Jespère que tu as compris.

Matthieu comprit, même sil ne savait pas comment sa mère avait entendu parler dÉlodie. Mais il avait prévu une telle réaction. Élodie lui plaisait beaucoup : elle était différente, sincère et pure. Il savait malgré tout que ses parents ne laccepteraient jamais, et, sil ne rompait pas, sa mère le ferait pour lui et ce serait pire. Il eut de la peine pour elle.

Dès lors, Élodie ne revit plus Matthieu. Elle finit par surmonter sa peine, la blessure au cœur se referma, même sil restait dans ses souvenirs. Elle acheva sa licence et décrocha un poste à Lyon.

Un collègue, Sébastien, plus âgé de deux ans, la remarqua tout de suite. Dès son arrivée à lagence, il en tomba secrètement amoureux. Pourtant, il y avait dans leur service beaucoup de femmes célibataires bien décidées à flirter avec lui. Mais Sébastien restait distant, ne répondait jamais aux plaisanteries salaces, restait poli et discret.

Élodie, je peux te raccompagner ce soir après le travail ? lui proposa-t-il un jour pendant la pause déjeuner.

Elle fut surprise.

Tu es sérieux, Sébastien ?

Bien sûr ! Tu ny vois pas dinconvénient ?

Eh bien, pas vraiment. Mais tu sais, certains disent que tu es…

Difficile à séduire ? samusa-t-il. Mais je tai remarquée dès le premier jour, je crois quon a beaucoup de points communs.

À partir de ce jour, ils se virent de plus en plus, finirent par se marier. Leurs familles respectives achetèrent un appartement à Lyon pour les aider à sinstaller. Les deux familles faisaient ce quelles pouvaient pour épauler le jeune couple. Finalement, le désir dÉlodie se réalisa : elle eut un garçon et une fille, quils élevèrent dans le bonheur, entourés de laide précieuse des grands-parents. Mais Sébastien fut le meilleur des pères, et un époux attentionné.

Sébastien adorait sa belle femme et leurs enfants. Mais quand leur fils eut sept ans, alors quil sapprêtait à entrer en CP, un malheur toucha Élodie. Une nuit, ses parents, restés au village, périrent dans un incendie. Elle en fut très éprouvée. Elle décida de partir seule là-bas pour les obsèques, car Sébastien devait absolument assister à un audit au travail et la belle-mère resta avec les enfants.

Ce nest pas grave, Sébastien, jirai seule, je ne resterai pas longtemps. Dès la cérémonie terminée, je reviens et on fera un aller-retour ensemble un peu plus tard…

Arrivée au chef-lieu, Élodie descendit du car. Il lui fallait prendre un taxi ou espérer croiser une connaissance du village, qui nétait quà une dizaine de kilomètres.

Je vais patienter un peu devant lépicerie, cest là que nos gens se retrouvent toujours, pensait-elle. Maman me racontait que cétait une habitude, moi aussi je lai fait durant les vacances.

Elle ne prêta pas attention à la grosse berline noire stationnée à côté, jusquà ce quen descende un homme corpulent qui savança vers elle.

Eh bien, Élodie, tu nas pas changé, toujours aussi ravissante. Tu ne me reconnais pas ? lança-t-il.

En le dévisageant, elle reconnut Matthieu.

Ah, si Bien sûr, bonjour Matthieu.

Elle voulut mettre rapidement fin à la conversation.

De la minceur et de la prestance dautrefois, il ne restait presque rien, il avait même changé de visage, sétait épaissi.

Tu es méconnaissable ! sétonna-t-elle.

Oh oui, jai pris du poids, ma femme cuisine trop bien Jai deux filles, et toi ? Mariée ? Des enfants ?

Oui, jai un mari formidable, deux enfants, on vit à Lyon là, je vais au village, dit-elle, puis lui parla de son deuil. Il ne manifesta aucune compassion.

Il avait dautres intentions.

Je peux temmener, sinon, on peut sarrêter boire un verre, discuter un peu…

Et ta femme alors ? Un homme marié na rien à faire avec une autre femme, répliqua-t-elle sèchement.

Ma femme ? Bah, cest pas un problème Elle ne sen rendra même pas compte. Elle a tout ce quelle veut, elle ne manque de rien, dit-il dun ton moqueur. Elle sen remettra.

Élodie mit fin à la conversation en lui disant que son frère viendrait la chercher. Lorsquelle se retrouva seule, elle poussa un profond soupir de soulagement.

Mon Dieu, merci de mavoir séparée de Matthieu. Que cest triste dentendre un homme parler ainsi de sa femme, qui lui a donné deux enfants. Aucun respect, aucun amour, il naime que lui-même. Il na jamais aimé, que ce soit moi ou quiconque.

Elle pensa soudain au regard tendre et aimant de Sébastien, à sa douceur envers elle et les enfants.

Merci à la vie de mavoir donné Sébastien… On dit quil ne faut jamais recroiser quelquun quon a aimé, de peur de réveiller danciens sentiments. Mais, finalement, certaines rencontres sont salutaires, car elles nous font apprécier comme jamais celui quon a à ses côtés.

Rate article
Add a comment

;-) :| :x :twisted: :smile: :shock: :sad: :roll: :razz: :oops: :o :mrgreen: :lol: :idea: :grin: :evil: :cry: :cool: :arrow: :???: :?: :!:

13 + 16 =

Reconnaissante envers le destin pour cette rupture En troisième année de fac, Marianne fit par hasa…
Svetlana éteint son ordinateur et s’apprête à partir. — Madame Andréeva, une jeune femme demande à vous voir pour une affaire personnelle. — Faites-la entrer, qu’elle vienne. Dans le bureau entre une petite brune bouclée, jupe courte. — Bonjour, je m’appelle Christine. Je veux vous proposer un marché. — Bonjour, Christine. De quel marché s’agit-il ? On ne se connaît pas, il me semble… — Pas avec vous. Mais votre mari, Constantin, oui. Tenez. Elle pose un papier sur le bureau. Svetlana le lit : « Christine Alexéev, grossesse de 5-6 semaines » — C’est quoi ça ? Je ne comprends pas… Pourquoi me montrez-vous ça ? — Pas difficile à comprendre. Je suis enceinte de votre mari. Svetlana la dévisage, abasourdie. Mais que se passe-t-il ? — Et que voulez-vous ? Mes félicitations ? — Non. De l’argent. Si vous tenez à votre mari… — Pour quoi faire ? — J’avorte et je disparais de sa vie. Il ignore tout de la grossesse, je viens d’abord à vous. Sinon, il viendra vers moi — puisque vous êtes stérile et ne pourrez jamais avoir d’enfant. Je sais tout sur vous. Alors, vous acceptez ? Svetlana tente de reprendre ses esprits : — Combien voulez-vous pour garder le secret ? — Trois millions de roubles seulement. C’est rien pour vous. Et vous gardez votre mari… — Quelle générosité… Merci pour l’opportunité. Laissez votre numéro, je réfléchirai. — Pas trop longtemps, que j’aie le temps d’avorter… Christine inscrit son numéro et sort. — Madame Andréeva, vous partez déjà ? La technicienne attend… Svetlana plie le papier, le range dans son sac. — Oui, je m’en vais. À demain, Angela ! Svetlana sort du bureau, prend le volant. Qu’est-ce que c’était que ça ? Qui est Christine ? Constantin aurait vraiment mis une fille enceinte ? Chez elle, elle relit le papier. Il faut réfléchir, bientôt son mari rentrera… — Chérie, je suis là ! Qu’est-ce qui sent si bon ? — Viens voir… Constantin entre, frottant ses mains, Svetlana le fixe, impassible. — Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? — Constantin, qui est Christine Alexéeva ? — Une salariée dans la boîte avec laquelle je collabore. Pourquoi ? — Parce qu’elle est enceinte de toi… Tiens, lis ça. Constantin lit le papier, sidéré. — Impossible… Il ne s’est rien passé entre nous. Comment est-ce possible ? — C’est toi qui peux le dire. Elle exige trois millions pour avorter, sinon tu pars avec elle. — Je ne comprends rien… D’où sort-elle tout ça ? Svetlana, je te jure sur ma casquette de baseball, je n’y suis pour rien. — Je m’en doutais. Je sens que c’est une arnaque. — Je suis prêt à tout vérifier, je n’ai rien à cacher. Elle invente n’importe quoi ! — D’accord, j’ai compris. On dîne. Svetlana rappelle Christine le lendemain, la fait revenir au bureau. — Christine, Costantin ne peut pas être le père. Je lui fais confiance. Faites donc votre avortement. — Étrange attitude… Pourquoi lui faites-vous tant confiance ? Vous avez regardé dans une glace ? Vous avez quarante ans, il y en aura toujours des plus jeunes… — Autre chose à ajouter ? — Oui. Je vous propose d’acheter cet enfant. Faites tous les tests, c’est bien lui le père. — Mais il n’a rien eu avec vous ? — Alors, je dis la vérité. Il y a un mois et demi, lors d’une soirée, j’ai rencontré Constantin. Un ami commun m’a appris qu’il était marié à une femme riche et stérile… J’ai tenté de le séduire, il me repoussait. J’en ai eu assez. Ma sœur pharmacienne m’a donné une poudre qui fait perdre la mémoire. Je l’ai mise dans son verre, je l’ai emmené chez moi. En ovulation, je suis tombée enceinte. Il ne se souvient de rien. J’ai même une vidéo. Christine montre la vidéo à Svetlana : Constantin sans réaction sur le lit. — Pour moi, avorter c’est rien. Mais j’aime l’argent facile. Je doute que vous portiez plainte, vu votre poste… Si j’avais voulu me faire payer, c’était simple. Alors voilà : accouchez, donnez-moi trois millions et je vous laisse l’enfant. Svetlana est sous le choc. — Christine, c’est de la pure escroquerie ! — Que voulez-vous, on fait avec ce qu’on a. Un handicapé m’a légué ses dettes… Prenez le temps d’y réfléchir. Je vous rappelle dans trois jours. Christine sort. Svetlana boit un verre d’eau, la tête en vrac… Après avoir tout raconté à son mari, il décide de faire un test ADN une fois la grossesse assez avancée. Test positif : Constantin est bien le père. — Alors ? Convaincus ? Prêts à payer ? — Trouver une femme pour porter l’enfant de Constantin coûte moins cher. Mais bon, puisqu’on en est là, on prend l’enfant et on te paie la moitié : 1,5 million. C’est ça ou rien. — J’avais dit trois millions ! — C’est nous qui décidons. À prendre ou à laisser : sinon, c’est la police. *** — Constantin, j’ai réglé avec elle. On aura un bébé. — Pourquoi faire tout ça et payer cette fille ? — C’est peut-être le destin, il faut saisir la chance… Christine suit sa grossesse, fait tout comme il faut. Un beau garçon naît, Christine l’abandonne, Constantin le récupère. Toute la paperasse faite, Christine disparaît avec l’argent. On raconte qu’une mère porteuse a accouché pour eux. — Merci d’avoir porté l’enfant de mon mari, lui confie Svetlana. Le petit Alexis s’installe chez Svetlana et Constantin. — Regarde, il te ressemble déjà… — Tu trouves ? Je n’y connais rien aux bébés… Mais oui, il est beau, comme son père… — Tu te souviens de la vieille dame à l’église, la prophétie ? Cet enfant est arrivé d’une façon incroyable… Heureux avec leur fils, ils ignorent ce que leur réserve l’avenir. La vie réserve parfois des miracles étonnants… *** Quelques mois plus tard, Svetlana découvre au journal télévisé que Christine a été retrouvée morte chez elle. L’enquête est en cours. La vie ne l’a pas épargnée…