Mitya attrape le dernier bus in extremis pour ne pas fêter le Nouvel An dans la rue, mais la rencontre inattendue d’une femme enceinte entraîne une nuit mémorable à la maternité, une course solidaire entre collègues, un réveillon improvisé avec les sages-femmes et, au matin, l’aube d’une nouvelle histoire d’amour sous la neige parisienne.

Mathieu sauta dans le car à la toute dernière seconde. Au bureau, il avait dû rester dix minutes de plus pour finir un dossier urgent. Tous ses collègues étaient déjà partis, mais il pensait bien pouvoir attraper son bus mission enfin accomplie. Sinon, il aurait passé le Nouvel An dehors, sur le trottoir.

Il était sorti de lentreprise avec le chef de chantier principal de leur société de BTP, et sur le parking, celui-ci avait proposé de le déposer à la gare routière. Arrivé là, après avoir salué le chef et lui avoir souhaité une belle Saint-Sylvestre, Mathieu sétait précipité vers le car. Tous les sièges étaient pris, il nen restait plus quun à côté dune femme enceinte. Il sassit, la salua et demanda dune voix douce :

Je ne risque pas de vous déranger ? Sinon, je peux rester debout.

Non, non, installez-vous, ça ira, répondit-elle en se tournant vers la fenêtre.

Mathieu ferma à demi les yeux. Il navait pas un long trajet, et il connaissait le chauffeur : cétait son voisin du village, oncle Vincent, qui lavait souvent réveillé à larrêt de Coursan.

Il sombra dans un demi-sommeil, mais bientôt, la femme à côté de lui gémit, prise de douleurs. Encore dans les brumes du sommeil, il la fixa, inquiet :

Ça ne va pas ?

Oh, javais dit à la maternité quil ne fallait pas me renvoyer, surtout maintenant, cest trop risqué… Mais ils ont assuré que javais le temps. Alors je suis rentrée. Et maintenant, voilà que cest le moment… je ne sais pas comment retourner à lhôpital, oh mon dieu…

Tous les passagers se retournèrent vers larrière, tandis que Mathieu bondit vers le chauffeur :

Oncle Vincent, il faut faire quelque chose ! Elle… la femme à côté de moi… je crois que ça commence…

Vincent arrêta net le car et barra la route, bloquant la circulation en direction de Narbonne. Il descendit rapidement, et Mathieu le suivit. Une voiture arrivait face à eux, Vincent larrêta dun geste ferme.

Urgence ! Il faut conduire madame à la maternité, il ny a pas de temps à perdre ! Mathieu, aide-la à descendre !

Mais attendez, cest le Nouvel An… vous voulez que je transporte une étrangère dans ma voiture alors que jai du monde derrière qui klaxonne ! Gronda le conducteur, lair contrarié.

Vincent sortit son portable :

Alors voilà, cher monsieur, je prends votre plaque en photo. Si la moindre chose arrive à cette dame ou à son enfant, ce sera sur votre conscience moi, jaurais fait mon devoir. Les passagers mont vu, Mathieu a tout entendu, tu confirmes ?

Oui, oncle Vincent, je vais laider à sortir. Il y a un ado et un vieux monsieur dans le bus, on sen sortira.

Le conducteur bougonna, finit par déposer une couverture sur sa banquette arrière.

Ça va, je vous emmène… soupira-t-il, résigné.

Ils filèrent en direction de la clinique de Béziers. Dans la voiture, Mathieu appela ses parents :

Maman, le Nouvel An tombe à leau, je te raconte après…

Daccord, mais pense à prévenir la famille de cette dame, quils ne la cherchent pas en vain.

Je men occupe, maman.

Le conducteur marmonna :

Mais au fait, vous êtes qui, pour elle ? Pas le mari, vous faites trop jeune.

Mathieu clarifia :

Je ne suis quun inconnu, on était côte à côte dans le bus.

Le conducteur esquissa un rire nerveux. À la maternité, ils aidèrent la femme à sortir. À la réception, Mathieu la remit au personnel.

Mathieu attendit dans le hall, nayant nulle part où aller. Il partageait un appartement à Béziers avec un ami, mais celui-ci avait prévu de passer le réveillon en tête-à-tête avec sa compagne.

« Tant pis, je resterai là, ils ne vont quand même pas me mettre dehors, » pensa-t-il.

Une infirmière sapprocha :

Vous attendez quelquun ?

Non, je nai nulle part où dormir, jespère ne pas gêner…

Tu étais avec la patiente ? Elle semblait sincèrement respectueuse. Viens, installe-toi dans la salle de garde, on va réveillonner ensemble à minuit ! Il y aura des bulles, enfin, du pétillant pour enfants, pas dalcool, rit-elle chaleureusement. Pose ta veste, je la rangerai au vestiaire ici on ferme à clef, alors ne crains rien.

Allongé sur leur mince canapé, Mathieu dormit et rêva. Sur une patinoire, il glissait main dans la main avec une jeune fille aux cheveux bruns et aux rires éclatants, tourbillonnant vers le grand sapin illuminé…

Quelquun le secoua doucement, la voix était douce, presque chantante :

Réveille-toi, il est moins le quart, viens, on fait la fête dans le bureau de la chef. On tattend, ça manque de garçons ce soir !

Ah mais ne vous embêtez pas pour moi, protesta-t-il.

Raison de plus : avec Victor Gérard, lanesthésiste, tu es notre atout masculin !

Elle lui attrapa la main. Mathieu la suivit, fasciné. « Qui aurait cru… Passer le Nouvel An à la maternité ! », sétonna-t-il intérieurement. « On va bien rire de moi, même mes parents. Mais au moins… jai aidé un bébé à naître. »

Moi cest Mathieu, et vous ?

Margaux, répondit-elle en souriant.

Et… la dame, celle que jai amenée ? Fit-il doucement.

Un garçon, 3 kilos 900. Parfait !

Ah, cest bien ? demanda prudemment Mathieu.

Excellent ! Je te le montrerai au matin, chuchota Margaux.

Cest possible ?

Disons quune bonne action mérite une exception, non ? Tu nas vraiment nulle part où aller ?

Non… Mon copain voulait faire la surprise à sa petite amie demande en mariage et tout… Moi, je devais rentrer chez mes parents, à Coursan.

Oh, cest trop mignon ! sexclama Margaux. Elle lui lança un clin dœil et poussa une porte : « Voilà notre cavalier, les filles ! »

Plus tard, ils trinquèrent au mousseux pour enfants, riaient, dansaient même Victor Gérard donnait de sa personne pour amuser la galerie soignante. Au petit matin, Margaux accompagna Mathieu voir le bébé, tout petit, tout fragile. La mère rayonnait :

Un garçon ! Vous imaginez ma joie : deux filles déjà, mais mon mari voulait tant un fils… Merci, jeune homme. Comment vous appelez-vous ?

Mathieu.

Moi, cest Alexandra Dubois.

Jai appelé votre mari hier soir, il arrive de Paris le quatre… Surtout, surveillez les films ce soir, comme « Une nuit au musée ». Je peux dire que jai passé une nuit inoubliable à la maternité, pour le Nouvel An.

Pardon de tavoir gâché la fête, mon garçon…

Ce nest pas grave. Un Nouvel An en famille, jen aurai dautres ; ça, par contre, cest unique.

Mathieu et Margaux repartirent ensemble de la maternité. Dehors, la neige craquait sous leurs pas. Margaux sextasiait :

Enfin du vrai froid ! On va bientôt pouvoir patiner au parc…

Soudain, le rêve de la nuit renaquit dans lesprit de Mathieu. Il dévisagea Margaux, qui souriait à peine, mais dun sourire qui promettait des fous rires.

Margaux, on échange nos numéros ? On pourra peut-être patiner ensemble, proposa-t-il.

Ils tapèrent chacun les coordonnées de lautre dans leur téléphone. Il restait deux heures au car de Mathieu ; il accompagna Margaux jusque chez elle, près de la gare routière, le cœur léger, sourire aux lèvres.

Dans le car, il alla trouver oncle Vincent :

Bonne année, oncle Vincent ! Vous savez, jai réveillonné à la maternité !

Cest une nuit quon oublie pas, ça… Tu as bien fait, fiston. Moi, cest mon troisième bébé du Nouvel An, mais la première fois le mari a rattrapé sa femme en voiture.

Mathieu se laissa glisser au fond du car. Il rêva de la patinoire, du sapin, et de Margaux.

Les fêtes passèrent en un éclair. Un soir, après un appel de Margaux, Mathieu attendait devant la maternité. Margaux descendit, le chercha du regard puis lui courut dans les bras, riant comme dans son rêve. Il lenveloppa dune étreinte joyeuse et ne la lâcha plus. Dès le lendemain, rendez-vous au parc de la ville, face au petit lac gelé.

Bientôt, lannée sécoula. Un soir de décembre, Mathieu et Margaux attendaient le car direction Coursan, tout proches. Une voiture sarrêta devant eux :

Salut, mon sauveur ! lança une voix familière.

Mathieu reconnut, stupéfait, Alexandra Dubois, radieuse, à larrière, un petit garçon sage assis dans un siège auto, les écoutant de ses grands yeux.

Alors, Mathieu, tu ne me reconnais pas ? Moi, je noublierai jamais votre aide, à toi et à Margaux. Elle a bien gardé ton numéro, hein ?

Euh… Oui, bredouillèrent Mathieu et Margaux.

Je me rappelle de tout, et voici votre petit protégé, dit-elle avec fierté.

En saluant, elle ouvrit la porte :

Et voilà, votre filleul !

Alexandra présenta aussi son mari :

Voici Sylvain, il venait de rentrer de Paris ce jour-là… Où allez-vous ?

À Coursan, annoncer à mes parents que… nous nous marions fin janvier, confia Mathieu, un peu ému.

Je suis ravie pour vous ! sexclama Alexandra.

Sylvain les conduisit, et cinq minutes plus tard, ils étaient devant la maison familiale de Mathieu.

Beaucoup de bonheur à tous les deux, conclut chaleureusement Alexandra. Vous lavez amplement mérité !

Mathieu, la main dans celle de Margaux, franchit le portail, le cœur gonflé. À la fenêtre, ses parents les saluaient déjà, impatients de les accueillir dans la chaleur du foyer.

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Mitya attrape le dernier bus in extremis pour ne pas fêter le Nouvel An dans la rue, mais la rencontre inattendue d’une femme enceinte entraîne une nuit mémorable à la maternité, une course solidaire entre collègues, un réveillon improvisé avec les sages-femmes et, au matin, l’aube d’une nouvelle histoire d’amour sous la neige parisienne.
« Mamie, vous devriez être dans une autre classe ! » chuchotaient les jeunes collègues en voyant la nouvelle. Ils ignoraient que j’avais racheté leur entreprise.