– Nadège, chérie, je suis rentré, viens m’accueillir ! – L-Lionel ?! Mais qu’est-ce que tu fais là si tôt ? Tu n’étais pas censé rentrer avant trois jours… Une femme d’une trentaine d’années sortit précipitamment dans le couloir, en s’enroulant dans une robe de chambre en soie, les yeux écarquillés devant son mari debout sur le seuil. – Je voulais te faire une surprise, Nadège. Vu ta tête, c’est réussi ! T’es pas contente de me voir ? – Mais si, bien sûr ! Je suis ravie ! Va directement à la cuisine, je vais te réchauffer à manger. Satisfait de son effet, Lionel acquiesça à sa femme et prit la direction de la cuisine. Il y découvrit une table raffinée : fraises, chocolat, un repas tout droit sorti du four… On aurait dit que tout avait été prévu pour lui. – Eh ben Nadège, tu t’es surpassée ! Comment t’as su que je rentrais ? Tu me surprendras toujours ! Il s’était bien servi, laissait la montagne d’assiette grimper, et attaquait avec appétit. Sa femme, elle, n’apparaissait toujours pas ; il supposa simplement qu’elle mettait une jolie robe pour l’accueillir. Elle voulait lui faire plaisir… – Lionel, je… On doit parler… – Oh, Nadège, ton rôti est un régal, et ta salade, et tes crêpes… Mais… André ?! En se retournant, Lionel découvrit sa femme Nadège bras-dessus, bras-dessous avec son propre frère André. Nadège fixait le sol, gênée. André, en short et débardeur, se frottait le front, manifestement réveillé en pleine sieste. – Oui, c’est moi, Lionel. Salut, frérot… – Bonjour… Bon, maintenant, vous allez m’expliquer ce qui se passe ici ? Même si je crois que j’ai deviné… – Lionel, je… Je voulais t’en parler depuis longtemps. J’aime ton frère André et je veux vivre avec lui. Je suis désolée… – lança-t-elle d’une traite, le regard à peine levé vers celui qui était désormais son ex-mari. La vaisselle échappa des mains de Lionel et tomba à terre dans un fracas. – Et vous… Je suppose que… ça vient d’arriver ? – Oui. Tout juste maintenant. – Magnifique, Nadège ! Et toi aussi André, chapeau bas ! J’ai compris, ce festin… c’était pour qui, en fait ! Nadège n’osait pas croiser son regard. Il lui semblait que le moindre œil levé et tout son courage s’effondrerait. – Et Irène ? Qu’est-ce qu’on fait de notre fille ? Elle sait, au moins ? – Non, elle ne sait pas… – Et où est-elle ? – Chez la voisine, devant un dessin animé. – Ça t’arrive souvent de la déposer comme ça, chez la voisine ? – Voilà déjà six mois que… Lionel n’avait plus de questions. Ni d’émotion. Fatigué par la route, il ne voyait pas l’intérêt de faire de scandale. De nature calme, il n’avait jamais su tenir rancune. Mais parfois, trop, c’est trop… Et cette histoire avec son frère et sa femme le déconcertait. Il resta songeur, une seconde. – Dans dix minutes, je ne veux plus te voir ici. Le temps tourne. – lâcha Lionel en buvant son thé. Il ne jeta même pas un œil à son frère. – Mais qu’est-ce qu’elle lui trouve à André ? Physiquement, on se ressemble, même grain de beauté… Mais il n’a aucune ambition, aucune jugeote… Elle va y perdre ! Mais bon, c’est son choix ! – songeait-il, continuant de siroter son thé. – Je ne partirai pas tant que tu ne dis pas oui, – intervint tout à coup André. – Oui à quoi ? – Au divorce… Laisse partir Nadège, elle ne t’aime plus. – Je vois bien qui ma femme aime… – sourit Lionel. – Vous voulez divorcer ? On va divorcer, mais ce sera au tribunal ! J’ai hâte de vous voir gaspiller tout votre argent en avocats. – Lionel… – dit-elle en posant la main sur son poignet. – S’il te plaît, faisons-le en bon accord… Je sais que tu es quelqu’un de bien… Il secoua la tête. – Bon, d’accord. Mais toi, André, tu n’es plus mon frère désormais. – On voulait aussi te demander autre chose… – Quoi encore ? – Laisse-moi l’appartement après le divorce, Lionel ! – lança Nadège avec un sourire charmeur, caressant encore son poignet. – Irène est tellement attachée à cette école, elle a plein d’amies… Sinon, pour acheter autre chose, on n’a pas assez, il faudrait repartir chez mes parents à la campagne… Lionel posa le menton sur ses mains jointes et réfléchit. Voyant qu’il hésitait, Nadège ajouta d’un ton enjôleur : – Lionel, mon chéri… Fais ce cadeau à ta fille. Avec ta carrière, tu pourras facilement te refaire ! S’il te plaît… c’est pour notre fille… – Calme-toi Nadège, – la coupa-t-il. – J’ai une meilleure idée. – Laquelle ? Tu penses aussi nous laisser la voiture ? Irène serait ravie… – Irène vivra avec moi. – Quoi ?! – Nadège n’en crut pas ses oreilles. – Ça ne va pas ta tête ? Tu ne sais même pas t’occuper d’un enfant ! Toujours en déplacement… Elle ne se souvient même plus de ton prénom ! – On va voir ça tout de suite, – répondit-il et partit vers la porte. Quelques minutes plus tard, Lionel revint, tenant sa fille par la main. Irène, dix ans à peine, venait de passer en CM1. Elle serrait fort la main de son père et lui souriait. – Pourquoi l’as-tu amenée ? Pour qu’elle assiste aussi à la scène ?! – lança, furieuse, Nadège. Mais Lionel resta silencieux. Il s’installa dans la cuisine, assit Irène sur ses genoux et commença : – Irène, ma chérie, je peux te poser quelques questions importantes ? – Bien sûr ! – répondit-elle, heureuse que son père s’occupe d’elle. – Promets-moi d’être sincère ! Je veux parler avec toi comme avec une grande. – Comme avec les gens de ton bureau ? – Exactement. La petite acquiesça. Elle était fière que son père lui parle sérieusement. – Dis-moi, maman t’a-t-elle déjà grondée ? T’a-t-elle donnée une fessée cette semaine ? La fillette baissa la tête, jouant nerveusement avec la robe. – Mais qu’est-ce que tu lui racontes, espèce de fou ?! Laisse-la tranquille ! – cria Nadège. – Silence, Nadège. Je parle à notre fille, – trancha Lionel en caressant la tête d’Irène. – N’aie pas peur, ma chérie. Tu as promis d’être honnête, tu te souviens ? Irène hocha la tête, des larmes dans les yeux. Elle serra son père dans ses bras et chuchota d’une voix brisée : – Oui, elle m’a tapée trois fois… D’abord pour une mauvaise note, puis pour du lait renversé, et la dernière fois, parce que j’ai crié sur tonton André. Elle s’embrassait avec lui pendant que tu étais parti. – Chut, ma chérie, ne pleure pas ! Je suis là, je te protégerai. – Mensonge ! – interrompit Nadège. – Je ne l’ai jamais touchée ! – Et donc, tu voudrais l’appartement et la voiture pour le bien de ta fille ? – demanda-t-il avec ironie. – Irène, une dernière question… – Oui… – Si tu devais choisir, avec qui voudrais-tu vivre : papa ou maman ? La fillette hésita, regardant tour à tour son père et sa mère. Nadège fit tout pour la convaincre, tendant même les bras. – Tu promets de ne plus partir souvent ? – Je te le promets, mon trésor. – Alors je veux vivre avec toi, papa. – Espèce de… ! – Nadège voulut lever la main sur la petite, mais Lionel la protégea, la serrant fort. André, tout le temps resté en retrait, n’était pas intervenu. – Voilà Nadège, la discussion est close. Tu ne la reverras plus, – annonça-t-il calmement en s’en allant dans la chambre avec sa fille. Quelques minutes plus tard, il l’aida à préparer quelques affaires. Sa propre valise était déjà faite, celle de ses déplacements. Lionel et Irène prirent un taxi pour un hôtel de la ville. …Quelques mois après, le tribunal trancha : sans ressources ni logement stable pour Nadège et son nouveau compagnon, la garde d’Irène fut confiée à son père. Lionel vendit sa part de l’appartement. Nadège put voir sa fille certains week-ends, mais Irène vécut désormais avec son père, dans leur nouveau foyer. Lionel réorganisa tout son emploi du temps pour être présent auprès d’elle. Fini les voyages d’affaires interminables. Il découvrait que le sourire de sa fille valait plus cher que n’importe quel contrat… Dites-nous en commentaire ce que vous en pensez ! N’oubliez pas de liker.

Maëlle, je suis rentré, viens maccueillir !

J…Jules ? Mais tu es déjà là ? Tu nétais pas censé rentrer avant trois jours

Une femme denviron trente ans sort dans le couloir, tirant hâtivement sa robe de chambre en soie, le regard désemparé posé sur son mari debout sur le pas de la porte.

Je voulais te faire une surprise, Maëlle. Elle a lair réussie ! Tu nes pas contente ? Un grand homme, les épaules larges, sourit à pleine bouche, ravi de son effet.

Si, si, bien sûr, je suis ravie ! Va donc à la cuisine, je vais te réchauffer le dîner.

Satisfait de lui, Jules hoche la tête et se dirige vers la cuisine. Là, une table bien garnie lattend : fraises, chocolat, du gratin tout juste sorti du four On dirait que ça a été préparé pour lui.

Eh bien dis donc, Maëlle, tu as mis les petits plats dans les grands Comment as-tu deviné que je revenais ? Quelle intuition, ma femme !

Jules se sert une grosse portion, commence à engloutir le repas, sûr que sa femme met du temps pour enfiler une jolie robe rien que pour lui. Elle veut lui plaire

Jules, je Nous

Ta cuisine est exquise, Maëlle ! Ce gratin et la salade, les crêpes Un vrai festin ! Augustin ?!

Jules se retourne et voit sa femme Maëlle, tenant le bras de son propre frère, Augustin. Elle fixe le sol, honteuse, pendant quAugustin, en short et débardeur, semble tiré du sommeil, se frottant le front dun air las.

Oui Jules, cest bien moi. Salut frérot

Bonjour Bon, maintenant, vous mexpliquez ce qui se passe ici ? Mais jimagine que ce nest plus nécessaire

Jules, écoute-moi Je voulais te le dire depuis longtemps. Jaime ton frère, Augustin, et je veux être uniquement avec lui. Je suis désolée. crache Maëlle dune seule traite, évitant à peine le regard de celui qui est déjà son ex-mari.

À ces mots, Jules laisse tomber son assiette. La vaisselle avec le reste du repas claque au sol.

Et donc, si je comprends bien, vous venez de

Oui. Nous étions ensemble, à linstant.

Excellent, vraiment superbe, Maëlle ! Et toi, Augustin, tu es formidable aussi ! Bravo ! Voilà pourquoi tu avais tant cuisiné Et surtout, pour qui !

Maëlle nose pas lever les yeux. Elle sent que dès quelle croise son regard, tout son courage seffondre.

Et Camille ? Quest-ce quon fait pour notre fille ? Elle sait quelque chose ?

Non Elle ne sait rien.

Et elle est où ?

Chez la voisine à regarder un dessin animé.

Tu la laisses souvent chez la voisine à ce que je vois ?

Depuis six mois déjà

Les questions de Jules sépuisent, comme ses émotions. Il est fatigué du trajet, et créer un scandale ne lui paraît ni utile ni possible. Dun naturel calme, il na jamais su rester fâché longtemps.

Mais quand la coupe est pleine, cest le déluge, comme on dit. Pourtant, ce genre de réaction, chez lui, cest rare.

La situation, impliquant ses deux plus proches, le désarçonne. Mais juste un instant.

Dans dix minutes je veux que tu sois partie. Le temps est lancé. annonce Jules en buvant son thé. Il ne jette même pas un regard à son frère.

Quest-ce quelle lui trouve à Augustin ? Le même physique, ils ont les mêmes grains de beauté Il na jamais travaillé, il est un peu simple Elle va tout perdre à ses côtés. Mais bon, cest son choix ! pense Jules, continuant à boire son thé.

Je ne men irai pas tant que tu nauras pas donné ton accord, intervient soudain Augustin.

Quel accord ?

Pour le divorce Laisse partir Maëlle, elle ne taime plus !

Je vois, je vois qui elle aime répond Jules, un sourire en coin. Vous voulez divorcer ? Très bien, on divorce, mais par le tribunal ! On verra comment vous dépenserez tout votre argent en avocats.

Jules Maëlle pose sa main sur son poignet. Jules, je ten prie, faisons ça en paix. Tu nes pas un homme cruel, je le sais

Il secoue la tête.

Daccord, soit. Mais Augustin, tu nes plus mon frère !

On voulait aussi te demander autre chose.

Tu veux quoi encore ?

Laisse-moi lappartement, Jules ! Maëlle sourit, charmeuse, caressant son poignet.

Camille est très attachée à cet endroit, elle a beaucoup damis à lécole Si on divise, on naura pas assez dargent pour racheter autre chose, il faudrait retourner chez mes parents à la campagne

Jules pose son menton sur ses mains jointes, pensif. Voyant ses doutes, Maëlle poursuit dune voix plus douce :

Jules, mon cœur Fais un cadeau à ta fille. Tu es formidable, tu gagneras vite encore plein deuros avec ton travail ! Allez, sil te plaît, cest pour elle Cest ta seule enfant !

Calme-toi, Maëlle, tranche Jules. Jai une meilleure idée.

Ah oui ? Tu nous laisses la voiture aussi ? Camille serait ravie !

Camille vivra avec moi.

Quoi ?! Maëlle croit mal entendre. Tas perdu la tête ? Tu ne sais même pas toccuper delle ! Tu es tout le temps en déplacement Elle ne saura même plus dire ton prénom !

On va voir ça tout de suite, répond Jules en se levant pour aller à la porte.

Quelques minutes plus tard, il revient en tenant la main de sa fille, une fillette de dix ans venant tout juste dentrer en CM1. Elle serre fort la main de son père, souriante.

Pourquoi tu las amenée ? Tu veux quelle souffre dans ce conflit ? crache Maëlle, agacée.

Jules ne répond rien. Il sassoit, pose Camille sur ses genoux et entame doucement :

Camille, ma chérie, je peux te poser quelques questions ?

Oui papounet ! rayonne la fillette, toute heureuse de lattention de son père.

Mais promets-moi de répondre franchement ! Je vais te parler sérieusement, comme à une grande.

Comme quand tu parles au bureau ?

Exactement.

Camille acquiesce, ravie de ce temps de grande avec son père.

Dis-moi, maman ta-t-elle déjà grondée ou giflée la semaine dernière ?

La fillette baisse les yeux, se tortille dans sa robe, tirant machinalement le tissu.

Mais quest-ce qui te prend ? hurle Maëlle. Laisse-la tranquille !

Silence, Maëlle. Je parle à ma fille, rétorque fermement Jules, caressant la tête de Camille. Naie pas peur, ma petite. Tu as promis dêtre honnête, tu te souviens ?

Camille opine, des larmes perlent à ses yeux. Elle enlace son père et chuchote tout contre son torse :

Oui, elle ma giflée trois fois ! Dabord pour une mauvaise note, ensuite pour le lait renversé. Et puis parce que jai crié sur tonton Augustin. Elle la embrassé pendant que tu étais à Paris.

Ne pleure pas, mon ange. Je suis là, je te protégerai, la réconforte-t-il.

Elle ment ! objecte Maëlle. Je ne lai jamais touchée dun doigt

Tu veux obtenir lappartement et la voiture « pour Camille » ? demande Jules avec un sourire énigmatique. Camille, jai encore une question.

Oui, papa

Si tu pouvais choisir, tu voudrais vivre avec qui : maman ou papa ?

La fillette hésite, son regard passe de lun à lautre. Maëlle, à bout de nerfs, tend les bras pour lattirer à elle.

Tu me promets de ne plus partir longtemps en déplacement ?

Je promets, jure Jules sans hésiter.

Alors je veux vivre avec toi, papa.

Petite ingrate ! sécrie Maëlle, levant la main sur elle, mais Jules entoure immédiatement sa fille de ses bras, la protégeant avec tout son corps. Augustin, resté en retrait, ne bouge pas.

Voilà Maëlle, cest terminé. Tu ne la verras plus, dit calmement Jules avant de séclipser avec sa fille.

En quelques minutes, Jules aide Camille à faire ses bagages. Heureusement, sa propre valise est déjà prête. Il part avec la petite à l’hôtel du centre-ville quil réserve souvent pour le travail.

Quelques mois plus tard, le jugement est rendu. Maëlle et Augustin, sans emploi stable ni logement, nont pas pu convaincre le juge, qui décide que Camille restera avec son père.

La fillette souhaite ardemment vivre avec lui. Jules partage lancien appartement, vend sa part, puis aménage avec Camille dans un nouveau logement. La mère est autorisée à la voir le week-end, mais Camille habite désormais chez son père.

Jules réorganise entièrement son emploi du temps pour soccuper de sa fille. Les déplacements de trois mois, cest terminé. Et Camille sourit plus souvent ; ça, cest plus précieux que tout largent du monde

Et vous, que pensez-vous de cette histoire ? Laissez un commentaire et mettez un jaime si elle vous a touché.

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– Nadège, chérie, je suis rentré, viens m’accueillir ! – L-Lionel ?! Mais qu’est-ce que tu fais là si tôt ? Tu n’étais pas censé rentrer avant trois jours… Une femme d’une trentaine d’années sortit précipitamment dans le couloir, en s’enroulant dans une robe de chambre en soie, les yeux écarquillés devant son mari debout sur le seuil. – Je voulais te faire une surprise, Nadège. Vu ta tête, c’est réussi ! T’es pas contente de me voir ? – Mais si, bien sûr ! Je suis ravie ! Va directement à la cuisine, je vais te réchauffer à manger. Satisfait de son effet, Lionel acquiesça à sa femme et prit la direction de la cuisine. Il y découvrit une table raffinée : fraises, chocolat, un repas tout droit sorti du four… On aurait dit que tout avait été prévu pour lui. – Eh ben Nadège, tu t’es surpassée ! Comment t’as su que je rentrais ? Tu me surprendras toujours ! Il s’était bien servi, laissait la montagne d’assiette grimper, et attaquait avec appétit. Sa femme, elle, n’apparaissait toujours pas ; il supposa simplement qu’elle mettait une jolie robe pour l’accueillir. Elle voulait lui faire plaisir… – Lionel, je… On doit parler… – Oh, Nadège, ton rôti est un régal, et ta salade, et tes crêpes… Mais… André ?! En se retournant, Lionel découvrit sa femme Nadège bras-dessus, bras-dessous avec son propre frère André. Nadège fixait le sol, gênée. André, en short et débardeur, se frottait le front, manifestement réveillé en pleine sieste. – Oui, c’est moi, Lionel. Salut, frérot… – Bonjour… Bon, maintenant, vous allez m’expliquer ce qui se passe ici ? Même si je crois que j’ai deviné… – Lionel, je… Je voulais t’en parler depuis longtemps. J’aime ton frère André et je veux vivre avec lui. Je suis désolée… – lança-t-elle d’une traite, le regard à peine levé vers celui qui était désormais son ex-mari. La vaisselle échappa des mains de Lionel et tomba à terre dans un fracas. – Et vous… Je suppose que… ça vient d’arriver ? – Oui. Tout juste maintenant. – Magnifique, Nadège ! Et toi aussi André, chapeau bas ! J’ai compris, ce festin… c’était pour qui, en fait ! Nadège n’osait pas croiser son regard. Il lui semblait que le moindre œil levé et tout son courage s’effondrerait. – Et Irène ? Qu’est-ce qu’on fait de notre fille ? Elle sait, au moins ? – Non, elle ne sait pas… – Et où est-elle ? – Chez la voisine, devant un dessin animé. – Ça t’arrive souvent de la déposer comme ça, chez la voisine ? – Voilà déjà six mois que… Lionel n’avait plus de questions. Ni d’émotion. Fatigué par la route, il ne voyait pas l’intérêt de faire de scandale. De nature calme, il n’avait jamais su tenir rancune. Mais parfois, trop, c’est trop… Et cette histoire avec son frère et sa femme le déconcertait. Il resta songeur, une seconde. – Dans dix minutes, je ne veux plus te voir ici. Le temps tourne. – lâcha Lionel en buvant son thé. Il ne jeta même pas un œil à son frère. – Mais qu’est-ce qu’elle lui trouve à André ? Physiquement, on se ressemble, même grain de beauté… Mais il n’a aucune ambition, aucune jugeote… Elle va y perdre ! Mais bon, c’est son choix ! – songeait-il, continuant de siroter son thé. – Je ne partirai pas tant que tu ne dis pas oui, – intervint tout à coup André. – Oui à quoi ? – Au divorce… Laisse partir Nadège, elle ne t’aime plus. – Je vois bien qui ma femme aime… – sourit Lionel. – Vous voulez divorcer ? On va divorcer, mais ce sera au tribunal ! J’ai hâte de vous voir gaspiller tout votre argent en avocats. – Lionel… – dit-elle en posant la main sur son poignet. – S’il te plaît, faisons-le en bon accord… Je sais que tu es quelqu’un de bien… Il secoua la tête. – Bon, d’accord. Mais toi, André, tu n’es plus mon frère désormais. – On voulait aussi te demander autre chose… – Quoi encore ? – Laisse-moi l’appartement après le divorce, Lionel ! – lança Nadège avec un sourire charmeur, caressant encore son poignet. – Irène est tellement attachée à cette école, elle a plein d’amies… Sinon, pour acheter autre chose, on n’a pas assez, il faudrait repartir chez mes parents à la campagne… Lionel posa le menton sur ses mains jointes et réfléchit. Voyant qu’il hésitait, Nadège ajouta d’un ton enjôleur : – Lionel, mon chéri… Fais ce cadeau à ta fille. Avec ta carrière, tu pourras facilement te refaire ! S’il te plaît… c’est pour notre fille… – Calme-toi Nadège, – la coupa-t-il. – J’ai une meilleure idée. – Laquelle ? Tu penses aussi nous laisser la voiture ? Irène serait ravie… – Irène vivra avec moi. – Quoi ?! – Nadège n’en crut pas ses oreilles. – Ça ne va pas ta tête ? Tu ne sais même pas t’occuper d’un enfant ! Toujours en déplacement… Elle ne se souvient même plus de ton prénom ! – On va voir ça tout de suite, – répondit-il et partit vers la porte. Quelques minutes plus tard, Lionel revint, tenant sa fille par la main. Irène, dix ans à peine, venait de passer en CM1. Elle serrait fort la main de son père et lui souriait. – Pourquoi l’as-tu amenée ? Pour qu’elle assiste aussi à la scène ?! – lança, furieuse, Nadège. Mais Lionel resta silencieux. Il s’installa dans la cuisine, assit Irène sur ses genoux et commença : – Irène, ma chérie, je peux te poser quelques questions importantes ? – Bien sûr ! – répondit-elle, heureuse que son père s’occupe d’elle. – Promets-moi d’être sincère ! Je veux parler avec toi comme avec une grande. – Comme avec les gens de ton bureau ? – Exactement. La petite acquiesça. Elle était fière que son père lui parle sérieusement. – Dis-moi, maman t’a-t-elle déjà grondée ? T’a-t-elle donnée une fessée cette semaine ? La fillette baissa la tête, jouant nerveusement avec la robe. – Mais qu’est-ce que tu lui racontes, espèce de fou ?! Laisse-la tranquille ! – cria Nadège. – Silence, Nadège. Je parle à notre fille, – trancha Lionel en caressant la tête d’Irène. – N’aie pas peur, ma chérie. Tu as promis d’être honnête, tu te souviens ? Irène hocha la tête, des larmes dans les yeux. Elle serra son père dans ses bras et chuchota d’une voix brisée : – Oui, elle m’a tapée trois fois… D’abord pour une mauvaise note, puis pour du lait renversé, et la dernière fois, parce que j’ai crié sur tonton André. Elle s’embrassait avec lui pendant que tu étais parti. – Chut, ma chérie, ne pleure pas ! Je suis là, je te protégerai. – Mensonge ! – interrompit Nadège. – Je ne l’ai jamais touchée ! – Et donc, tu voudrais l’appartement et la voiture pour le bien de ta fille ? – demanda-t-il avec ironie. – Irène, une dernière question… – Oui… – Si tu devais choisir, avec qui voudrais-tu vivre : papa ou maman ? La fillette hésita, regardant tour à tour son père et sa mère. Nadège fit tout pour la convaincre, tendant même les bras. – Tu promets de ne plus partir souvent ? – Je te le promets, mon trésor. – Alors je veux vivre avec toi, papa. – Espèce de… ! – Nadège voulut lever la main sur la petite, mais Lionel la protégea, la serrant fort. André, tout le temps resté en retrait, n’était pas intervenu. – Voilà Nadège, la discussion est close. Tu ne la reverras plus, – annonça-t-il calmement en s’en allant dans la chambre avec sa fille. Quelques minutes plus tard, il l’aida à préparer quelques affaires. Sa propre valise était déjà faite, celle de ses déplacements. Lionel et Irène prirent un taxi pour un hôtel de la ville. …Quelques mois après, le tribunal trancha : sans ressources ni logement stable pour Nadège et son nouveau compagnon, la garde d’Irène fut confiée à son père. Lionel vendit sa part de l’appartement. Nadège put voir sa fille certains week-ends, mais Irène vécut désormais avec son père, dans leur nouveau foyer. Lionel réorganisa tout son emploi du temps pour être présent auprès d’elle. Fini les voyages d’affaires interminables. Il découvrait que le sourire de sa fille valait plus cher que n’importe quel contrat… Dites-nous en commentaire ce que vous en pensez ! N’oubliez pas de liker.
Je ne pouvais tout simplement pas partir sans au revoir