Maëlle, je suis rentré, viens maccueillir !
J…Jules ? Mais tu es déjà là ? Tu nétais pas censé rentrer avant trois jours
Une femme denviron trente ans sort dans le couloir, tirant hâtivement sa robe de chambre en soie, le regard désemparé posé sur son mari debout sur le pas de la porte.
Je voulais te faire une surprise, Maëlle. Elle a lair réussie ! Tu nes pas contente ? Un grand homme, les épaules larges, sourit à pleine bouche, ravi de son effet.
Si, si, bien sûr, je suis ravie ! Va donc à la cuisine, je vais te réchauffer le dîner.
Satisfait de lui, Jules hoche la tête et se dirige vers la cuisine. Là, une table bien garnie lattend : fraises, chocolat, du gratin tout juste sorti du four On dirait que ça a été préparé pour lui.
Eh bien dis donc, Maëlle, tu as mis les petits plats dans les grands Comment as-tu deviné que je revenais ? Quelle intuition, ma femme !
Jules se sert une grosse portion, commence à engloutir le repas, sûr que sa femme met du temps pour enfiler une jolie robe rien que pour lui. Elle veut lui plaire
Jules, je Nous
Ta cuisine est exquise, Maëlle ! Ce gratin et la salade, les crêpes Un vrai festin ! Augustin ?!
Jules se retourne et voit sa femme Maëlle, tenant le bras de son propre frère, Augustin. Elle fixe le sol, honteuse, pendant quAugustin, en short et débardeur, semble tiré du sommeil, se frottant le front dun air las.
Oui Jules, cest bien moi. Salut frérot
Bonjour Bon, maintenant, vous mexpliquez ce qui se passe ici ? Mais jimagine que ce nest plus nécessaire
Jules, écoute-moi Je voulais te le dire depuis longtemps. Jaime ton frère, Augustin, et je veux être uniquement avec lui. Je suis désolée. crache Maëlle dune seule traite, évitant à peine le regard de celui qui est déjà son ex-mari.
À ces mots, Jules laisse tomber son assiette. La vaisselle avec le reste du repas claque au sol.
Et donc, si je comprends bien, vous venez de
Oui. Nous étions ensemble, à linstant.
Excellent, vraiment superbe, Maëlle ! Et toi, Augustin, tu es formidable aussi ! Bravo ! Voilà pourquoi tu avais tant cuisiné Et surtout, pour qui !
Maëlle nose pas lever les yeux. Elle sent que dès quelle croise son regard, tout son courage seffondre.
Et Camille ? Quest-ce quon fait pour notre fille ? Elle sait quelque chose ?
Non Elle ne sait rien.
Et elle est où ?
Chez la voisine à regarder un dessin animé.
Tu la laisses souvent chez la voisine à ce que je vois ?
Depuis six mois déjà
Les questions de Jules sépuisent, comme ses émotions. Il est fatigué du trajet, et créer un scandale ne lui paraît ni utile ni possible. Dun naturel calme, il na jamais su rester fâché longtemps.
Mais quand la coupe est pleine, cest le déluge, comme on dit. Pourtant, ce genre de réaction, chez lui, cest rare.
La situation, impliquant ses deux plus proches, le désarçonne. Mais juste un instant.
Dans dix minutes je veux que tu sois partie. Le temps est lancé. annonce Jules en buvant son thé. Il ne jette même pas un regard à son frère.
Quest-ce quelle lui trouve à Augustin ? Le même physique, ils ont les mêmes grains de beauté Il na jamais travaillé, il est un peu simple Elle va tout perdre à ses côtés. Mais bon, cest son choix ! pense Jules, continuant à boire son thé.
Je ne men irai pas tant que tu nauras pas donné ton accord, intervient soudain Augustin.
Quel accord ?
Pour le divorce Laisse partir Maëlle, elle ne taime plus !
Je vois, je vois qui elle aime répond Jules, un sourire en coin. Vous voulez divorcer ? Très bien, on divorce, mais par le tribunal ! On verra comment vous dépenserez tout votre argent en avocats.
Jules Maëlle pose sa main sur son poignet. Jules, je ten prie, faisons ça en paix. Tu nes pas un homme cruel, je le sais
Il secoue la tête.
Daccord, soit. Mais Augustin, tu nes plus mon frère !
On voulait aussi te demander autre chose.
Tu veux quoi encore ?
Laisse-moi lappartement, Jules ! Maëlle sourit, charmeuse, caressant son poignet.
Camille est très attachée à cet endroit, elle a beaucoup damis à lécole Si on divise, on naura pas assez dargent pour racheter autre chose, il faudrait retourner chez mes parents à la campagne
Jules pose son menton sur ses mains jointes, pensif. Voyant ses doutes, Maëlle poursuit dune voix plus douce :
Jules, mon cœur Fais un cadeau à ta fille. Tu es formidable, tu gagneras vite encore plein deuros avec ton travail ! Allez, sil te plaît, cest pour elle Cest ta seule enfant !
Calme-toi, Maëlle, tranche Jules. Jai une meilleure idée.
Ah oui ? Tu nous laisses la voiture aussi ? Camille serait ravie !
Camille vivra avec moi.
Quoi ?! Maëlle croit mal entendre. Tas perdu la tête ? Tu ne sais même pas toccuper delle ! Tu es tout le temps en déplacement Elle ne saura même plus dire ton prénom !
On va voir ça tout de suite, répond Jules en se levant pour aller à la porte.
Quelques minutes plus tard, il revient en tenant la main de sa fille, une fillette de dix ans venant tout juste dentrer en CM1. Elle serre fort la main de son père, souriante.
Pourquoi tu las amenée ? Tu veux quelle souffre dans ce conflit ? crache Maëlle, agacée.
Jules ne répond rien. Il sassoit, pose Camille sur ses genoux et entame doucement :
Camille, ma chérie, je peux te poser quelques questions ?
Oui papounet ! rayonne la fillette, toute heureuse de lattention de son père.
Mais promets-moi de répondre franchement ! Je vais te parler sérieusement, comme à une grande.
Comme quand tu parles au bureau ?
Exactement.
Camille acquiesce, ravie de ce temps de grande avec son père.
Dis-moi, maman ta-t-elle déjà grondée ou giflée la semaine dernière ?
La fillette baisse les yeux, se tortille dans sa robe, tirant machinalement le tissu.
Mais quest-ce qui te prend ? hurle Maëlle. Laisse-la tranquille !
Silence, Maëlle. Je parle à ma fille, rétorque fermement Jules, caressant la tête de Camille. Naie pas peur, ma petite. Tu as promis dêtre honnête, tu te souviens ?
Camille opine, des larmes perlent à ses yeux. Elle enlace son père et chuchote tout contre son torse :
Oui, elle ma giflée trois fois ! Dabord pour une mauvaise note, ensuite pour le lait renversé. Et puis parce que jai crié sur tonton Augustin. Elle la embrassé pendant que tu étais à Paris.
Ne pleure pas, mon ange. Je suis là, je te protégerai, la réconforte-t-il.
Elle ment ! objecte Maëlle. Je ne lai jamais touchée dun doigt
Tu veux obtenir lappartement et la voiture « pour Camille » ? demande Jules avec un sourire énigmatique. Camille, jai encore une question.
Oui, papa
Si tu pouvais choisir, tu voudrais vivre avec qui : maman ou papa ?
La fillette hésite, son regard passe de lun à lautre. Maëlle, à bout de nerfs, tend les bras pour lattirer à elle.
Tu me promets de ne plus partir longtemps en déplacement ?
Je promets, jure Jules sans hésiter.
Alors je veux vivre avec toi, papa.
Petite ingrate ! sécrie Maëlle, levant la main sur elle, mais Jules entoure immédiatement sa fille de ses bras, la protégeant avec tout son corps. Augustin, resté en retrait, ne bouge pas.
Voilà Maëlle, cest terminé. Tu ne la verras plus, dit calmement Jules avant de séclipser avec sa fille.
En quelques minutes, Jules aide Camille à faire ses bagages. Heureusement, sa propre valise est déjà prête. Il part avec la petite à l’hôtel du centre-ville quil réserve souvent pour le travail.
Quelques mois plus tard, le jugement est rendu. Maëlle et Augustin, sans emploi stable ni logement, nont pas pu convaincre le juge, qui décide que Camille restera avec son père.
La fillette souhaite ardemment vivre avec lui. Jules partage lancien appartement, vend sa part, puis aménage avec Camille dans un nouveau logement. La mère est autorisée à la voir le week-end, mais Camille habite désormais chez son père.
Jules réorganise entièrement son emploi du temps pour soccuper de sa fille. Les déplacements de trois mois, cest terminé. Et Camille sourit plus souvent ; ça, cest plus précieux que tout largent du monde
Et vous, que pensez-vous de cette histoire ? Laissez un commentaire et mettez un jaime si elle vous a touché.





