Le tabouret de trop
La boîte de décorations de Noël trônait sur la table depuis trois jours déjà. Françoise, encore une fois, passa devant sans sarrêter, effleura le couvercle du bout des doigts, puis se dirigea vers la bouilloire. Elle alluma le gaz, sappuya contre lévier et pensa à la cachette du dessus de placard, se retenant de ranger la boîte là-haut une fois de plus.
Avant, avec André, ils la sortaient dès le début décembre. Il râlait, comme quoi cétait trop tôt mais au final, il montait sur le tabouret et fouillait dans les liens poussiéreux. La boule enroulée dans Le Figaro, le Père Noël sans nez, les guirlandes collantes sur les pulls. Le tabouret restait auprès du mur, vide. Au printemps, leur fils lavait descendu pour le quarantième, et la boîte navait pas bougé depuis.
La bouilloire se mit à siffler, Françoise coupa le gaz. Elle versa un sachet dans son mug, alluma la lumière au-dessus de la plaque. Le jaune lui piqua les yeux, soudain la cuisine semblait bien petite. Quatre chaises autour de la table, comme avant. Sur celle près de la fenêtre, il y avait toujours la chemise dAndré, encore là, depuis avril. Françoise ne savait pas quoi en faire. La ranger semblait une trahison, mais laisser la chaise nue, cétait pire encore.
Son téléphone vibra sur le rebord de la fenêtre. Un message de son fils : une photo de la petite-fille à la maternelle, ils fabriquaient un bonhomme de neige en coton. « Maman, ça va ? On répète le spectacle, on sappelle après. » Elle fixa lécran jusquà ce que les lettres deviennent floues. Elle répondit brièvement, comme elle avait pris lhabitude ces derniers mois : « Ça va. Des bricoles à faire. Ne tinquiète pas pour moi. »
Les bricoles en question étaient plutôt simples. Hier, la jeune femme du syndic était passée déposer les factures et un papier pour une régularisation. Il fallait aller à la mairie, signer la demande. Ses cachets pour la tension étaient presque finis. La médecin disait de ne pas zapper, important. Françoise le savait, mais se motiver à sortir était devenu plus dur quautrefois, quand il fallait décrocher les rideaux pour les laver.
On frappa à la porte. Elle sursauta, posa son mug sur la table, et alla ouvrir. Sur le paillasson, il y avait Martine, la voisine, bonnet tricoté et petit sac en main.
Bonjour, Françoise. Je reviens du marché, il y avait une promo sur les clémentines. Jen ai pris trop, je vous en donne, ça me fait plaisir.
Elle lui tendit le sac. Les fruits dégageaient ce parfum acidulé, hivernal.
Oh, fallait pas souffla Françoise. Jen ai encore.
Je ne mangerai pas tout. Prenez-les, ça fera plaisir. Comment ça va, vous vous tenez le coup ?
Martine détourna vite le regard, gênée de sa propre question.
Je fais aller, dit Françoise. Merci. Vous voulez entrer ?
Non, je file, les enfants attendent, devoirs à finir. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous mappelez, daccord ? Jai changé lampoule dans lescalier, ce sera moins sombre le soir.
Françoise acquiesça, même si le soir elle sortait rarement. Elle referma la porte, sappuya contre. Le sac de clémentines était froid dans sa main.
De retour en cuisine, elle posa les clémentines près de la boîte de décorations, soupira, et tira à elle la chaise dAndré. Elle sy assit. Le bois grinça, le dossier lui appuya différemment dans le dos. Avant, elle prenait la chaise face à la fenêtre. Maintenant, elle regardait le mur vide où, lan passé, pendait une guirlande en papier.
Elle pensa à la guirlande sil fallait vraiment la remettre cette année. Se sentait presque honteuse, comme si elle voulait faire la fête sans celui qui donnait sens à ces fêtes. Les médecins et ses amies lui avaient dit, il fallait avancer, le temps guérit tout. Mais le temps, lui, ne faisait que pointer tous les objets à éviter dans la maison.
Il restait trois semaines jusquau Nouvel An. Dehors, la neige dans la cour était grise et piétinée, les enfants lavaient brûlée avec des pétards. Chaque matin, Françoise regardait par la fenêtre le gardien qui râlait avec sa pelle, puis séloignait, préparait son porridge, allumait la télévision, pour avoir au moins une voix à la maison. Mais impossible de regarder longtemps. Les animateurs hurlaient sur les promos, sur les miracles, et elle finissait écœurée.
Son amie lui téléphona Sylvette, du genre à ne pas tourner autour du pot, mais qui nabandonne jamais.
Françoise, jai pris des places pour un concert à la MJC, le 30. Viens avec moi, on va pas rester seules chacune dans son coin
Je sais pas, Sylvette. Jai tous ces papiers, les médicaments
Les papiers, tu les auras après ! Juste une heure de voir du monde, franchement.
Elle répondit vaguement, Sylvette promit de la rappeler pour « finir de la convaincre ». Après la conversation, Françoise retourna dans la chambre. Arrêtée devant la chaise où le veston dAndré était soigneusement suspendu, elle glissa ses doigts dans la poche elle savait bien quelle y trouverait juste la doublure et un vieux billet de bus froissé, resté là depuis le printemps.
Le soir venu, elle se décida à prendre la boîte de décorations. Elle la posa au sol, ouvrit le couvercle, aspira lodeur de coton et de verre ancien. Elle sortit quelques boules, caressa les reflets. Elle revit André râler parce quelle accrochait toujours les décorations côté fenêtre, « comme ça cest joli pour les passants ». Tout lui revint si fort quelle referma brusquement la boîte et la poussa contre le mur, du pied. Laisser là.
Pour les médicaments, il fallait passer à la pharmacie. Elle attendit le dernier cachet du paquet, vérifia tous les tiroirs rien. Elle enfila manteau, bonnet, gants. Sur le porte-manteau, à côté de sa parka, il y avait encore le manteau dAndré. Glissant ses doigts, elle détourna automatiquement le regard en se boutonnant.
Dehors, le vent glaçait les joues. Le froid lui semblait différent, comme sil avait changé pendant ces quelques mois. Françoise remonta tranquillement le long de limmeuble, contourna les tas de neige, jusquà larrêt de bus. La pharmacie était à trois rues. Elle décida dy aller à pied. Un bus la dépassa en pétaradant au feu ; en regardant, elle aperçut des visages fatigués.
Dans la pharmacie, la foule. À lapproche des fêtes, tout le monde pensait à sa santé. Lodeur diode et de parfums bon marché flottait partout. Elle se mit en bout de file, sac fixé contre elle. Sur sa droite un homme toussait, à sa gauche une jeune femme consultait son téléphone.
Vous aussi pour la tension ? demanda un monsieur devant.
Elle leva les yeux. Un homme dun certain âge, chevelure poivre et sel, veste verte, tenait lordonnance.
Oui, dit Françoise. Jen prends tout le temps.
Moi jattaque à peine, soupira-t-il. La docteure dit que lâge se pointe, et moi je me dis, comment ça ? Hier encore, je jouais au hockey dans la cour.
Elle esquissa un sourire, mais son regard restait sérieux.
Hier, hein Pour ma part, jai soixante balais. Il me semble quhier je conduisais mon fils à la maternelle, et aujourdhui je traîne ici chaque mois.
Au moins, on est encore là, dit le monsieur. Tant quon traîne.
La file avança, la discussion sarrêta delle-même. Au moment de payer, elle entendit derrière elle :
Vous êtes du quartier ? Je connais votre tête.
Oui, bâtiment B.
Moi du A. On se recroisera, alors.
Elle acquiesça et sortit. Pas besoin den savoir plus, pas besoin de suite. Mais le retour parut plus léger. Comme si quelquun avait nettoyé la vitre entre elle et la rue.
Les jours fondaient comme la neige sur le rebord de la fenêtre. Elle nalla jamais à la mairie, le papier traînait sur la commode. Sylvette rappela plusieurs fois, supplia pour le concert. Au dernier moment, Françoise déclina, prétextant la fatigue. Ce nétait pas tout à fait faux : elle avait la poitrine en feu, la tête résonnait comme lors dune grippe, mais son thermomètre restait implacablement normal.
Le 31, elle se leva tôt. Aucune vraie résolution. Son fils avait proposé de lui acheter un billet de train, de lembarquer chez lui, mais elle déclina. Il avait ses préoccupations, elle préférait attendre le printemps pour faire elle-même le déplacement. Cétait important de ne pas devenir une valise quon trimballe dans la bienveillance.
Elle prépara des pâtes, découpa la moitié dun saucisson, ouvrit une boîte de petits pois. La salade était minuscule, dans un bol à céréales. Autrefois ils faisaient un énorme saladier, quon mangeait jusquau 3 janvier. Elle mit son bol au frigo, couvert dune assiette. Les clémentines restaient dans la coupelle, toutes brillantes, comme des boules de Noël.
Dans laprès-midi, la secrétaire du cabinet médical appela, rappela son rendez-vous décalé avec la généraliste. Elle nota la date dans son agenda, pour janvier. Ensuite, elle ouvrit le colis de nappe neuve, achetée au début du printemps, et la déploya sur la table. Elle sentit ses doigts, un peu tremblants, arriver à lendroit où dhabitude reposait lassiette dAndré. Aujourdhui, rien quun vide.
Dans la soirée, les messages affluent. Tante de province, voisine de campagne, cousine éloignée. Cartes virtuelles, des sapins, des paillettes, des mots tous prêts. Françoise répondait « merci » ou « bonnes fêtes ». Une fois, elle sentit lamertume : quand quelquun envoya « cette année sera la meilleure de votre vie ! ». Elle coupa le son et laissa le téléphone sur le buffet.
Derrière la cloison, on entendait rire, le fracas des assiettes, et lodeur du rôti envahissait lentrée. Les téléviseurs ronflaient à tous les étages, on percevait le bourdonnement général de limmeuble. Françoise tournait de la chambre à la cuisine, sans cesse, vérifiait tout, même si rien nétait laissé allumé. Leau refroidissait dans la bouilloire. Sur le tabouret qui avait servi à descendre la boîte, était posé une rallonge enroulée.
À minuit moins dix, elle sinstalla sur le canapé. Mit la télé sans mettre le son. Des gens dansaient, des stars défilaient, agitant des petits drapeaux. Lannée approchait, sans permission.
Elle regarda la chaise avec la chemise dAndré. Sa tasse vide devant elle. Elle ferma les yeux. Pensée toute simple : bientôt, les douze coups, les feux, tous vont appeler, féliciter, comme si rien navait changé, il faudra répondre dune voix vive.
Dans le couloir, la lumière salluma sous la porte, des pas, la porte de lascenseur claqua. Françoise se leva soudain. Elle chercha la poubelle dans lombre, sassura que le sac était fermé. Glissa les pantoufles, enfila une veste. Pas vraiment logique juste le besoin de sortir du cercle, entre télé et chaise.
Elle ouvrit la porte pile au moment où le premier feu dartifice éclata dans la ville. Le bruit secoua limmeuble, les vitres tremblaient. Sur le palier attendait Martine, son mari en jogging, et, surprise, le monsieur de la pharmacie. Ils étaient penchés contre le rebord, scrutant les explosions colorées sur la cour.
Françoise, venez voir ! Bonne année ! Vous alliez au vide-ordures ? Venez ici, la vue est jolie.
Elle hésita, serrant son sac.
Je… voulais jeter ça.
Vous ferez ça après, dit le monsieur à la veste verte. Un feu pareil, faudrait pas manquer.
Il se poussa doucement, fit de la place. Françoise avança, posa son sac à terre. Dehors, les feux tonnaient. Sur laire de jeux, des enfants criaient « hourra », quelques sifflets, et les lumières de téléphones dansaient.
Ah, cest mon frère, Louis, dit Martine, en montrant le monsieur. Il est chez nous pour les fêtes.
Bonjour, répondit-il. On sest vus à la pharmacie.
Je men souviens, acquiesça Françoise.
Ils restèrent serrés, épaule contre épaule. Lodeur du rôti séchappait de chez Martine, le froid passait par la fenêtre entrebâillée, des peaux de clémentines embaumaient le rebord. Quelquun mit les douze coups sur son portable. Martine tendit à chacun un gobelet en plastique, un doigt de champagne.
Allez, juste une petite gorgée ! Pour la forme.
Françoise voulut refuser. Ses doigts prirent pourtant le gobelet. Elle goûta. Le vin pétillait, trop sucré, trop froid, mais lui réchauffa la gorge.
Alors, dit Louis. Allez, quon quon vive. À notre façon.
La phrase tomba lourdement. Personne najouta rien. Ils trinquèrent, quelques « bonne année » fusèrent. Françoise sattendait à ce quon parle dAndré, de la difficulté. Mais Martine se contenta de lui toucher doucement le coude.
Si vous voulez, passez nous voir, murmura-t-elle. Pour un thé. Des fois, le soir, on regarde des vieux films.
Merci, fit Françoise.
Un quart dheure plus tard, elle rentrait chez elle. Le sac à la poubelle, en passant. Retira ses pantoufles, la veste. Aucune envie de rallumer la télé. Le vacarme des feux, au-dehors, baissa comme si quelquun avait baissé le monde.
Dans la cuisine, elle sortit le bol de salade du frigo. Un peu dans lassiette, le petit pois croqua sous la dent le goût était presque comme avant. Elle mangea lentement, en regardant la chaise avec la chemise. À un moment, elle se leva, sapprocha, retira doucement la chemise. La plia, la serra un moment contre elle. Elle sentait encore la lessive, plus vraiment lodeur dAndré.
La chemise, elle la suspendit dans larmoire avec ses propres vêtements. Pas au fond, là où sont les vieilles affaires, mais juste avec ses pulls, dans le quotidien.
Revenant à la cuisine, elle prit la chaise à deux mains, la dégagea lentement de la table. Le bois grinça sur le sol. Elle la mit contre la fenêtre, tout près du radiateur.
Elle sassit un instant, vérifia si ça tenait droit. La cour était différente vue dici on apercevait la maternelle, les fenêtres illuminées des voisins. Elle imagina boire son thé du matin ici, en regardant la première voiture sortir du parking.
Penser que cétait sa place maintenant latteignait et la rassurait à la fois. La chaise nétait plus un reliquaire; juste une chaise près de la fenêtre.
Après les fêtes, la ville sassagit. Les devantures revinrent à la normale, les gens cessèrent de transporter des sacs énormes. Françoise alla enfin à la mairie, signa son dossier de retraite. Puis à la pharmacie pour acheter des vitamines.
Presque pas de fil dattente. La pharmacienne feuilletait son magazine. Près du rayon thés, une femme en grosse doudoune hésitait devant les boîtes.
Pardon, dit-elle, vous avez déjà pris celui à la camomille ? Il est buvable ?
Simple, répondit Françoise, sapprochant. Je le bois le soir. Pas de miracle, mais ça passe.
La dame sourit.
Aujourdhui, tout est sans miracle, fit-elle. Mon mari est décédé lan dernier. Je cherche toujours quelque chose pour alléger. Rien ne fait effet. Sauf de se lever le matin pour aller acheter du thé.
Son ton était neutre, pas larmoyant. Plutôt comme la météo.
Moi aussi, souffla Françoise. Ce printemps.
Elles se regardèrent un instant. Regards croisés, suspendus, une seconde.
On en prend chacune une boîte, proposa la femme. Comme ça, on saura quune autre en boit pareil quelque part.
Allons-y.
Leur échange dura une minute, pas didentités, pas de promesse. Mais en sortant, Françoise trouva lair moins mordant. Elle pensa moins au retour sur le canapé; elle envisagea même daller acheter du pain et un peu de persil pour la soupe.
Chez elle, elle posa les sacs sur la table, jeta un œil à la chaise contre la fenêtre. Sa grande écharpe en laine pendait au dossier; le dernier numéro dOuest-France traînait sur le rebord. Elle sassit, déballa les provisions. Les clémentines, elle les reversa dans une nouvelle coupelle, les vieilles à la poubelle.
Le téléphone sonna doucement dans la pièce. Message de Sylvette : « Alors, tu survis ? Je viens chez toi la semaine prochaine, on est daccord ! » Françoise sourit, répondit : « Passe quand tu veux. Je ferai une tarte aux pommes. »
Elle ouvrit son agenda, nota la date du rendez-vous médical pour janvier. Juste en dessous, ajouta : « thé chez Martine ». Hier, dans lascenseur, Martine lavait invitée encore, proposa ses restes de tourte au chou et un vieux film de guerre, qui passait ce soir-là. Françoise avait accepté.
Lappartement demeurait calme. La solitude ne lui faisait plus peur comme en avril, ce matin où elle sétait réveillée sans le souffle dAndré près delle. Dans ce silence, il y avait la place pour la page quon tourne, le couteau sur la planche, le son assourdi de la télé chez la voisine.
Elle se leva, posa le journal sur la chaise près de la fenêtre. Prépara un thé camomille, lapporta là aussi. Elle sassit, réchauffa ses pieds dans les pantoufles, contempla dehors.
La cour était grise, la neige étalée, deux gamins en bonnets colorés modelaient un bonhomme de neige tordu. Lun voulait y fixer une carotte, riait quand elle tombait. Au loin, une dame avançait lentement avec son chien. Une fenêtre en face, quelquun secouait ses tapis.
Françoise but une gorgée de thé. Lamertume était familière et douce. Elle se sentit fatiguée, mais de cette fatigue qui fait partie du quotidien : se lever, aller à la pharmacie, recevoir des gens, répondre aux messages. André restait dans ses souvenirs. La place vide à table demeurait. Mais à côté, il y avait maintenant la chaise près de la fenêtre, là où elle sinstallait.
Elle tourna une page du journal, sattarda sur la grille des programmes télé. Le soir, il y avait un vieux film quils regardaient, autrefois, ensemble. Elle pensa quelle pourrait le lancer, inviter Martine si elle était libre. Ou le regarder seule, blottie dans sa grande écharpe.
Devant elle, toute une année à venir. Pas de promesse de bonheur sur papier glacé, juste beaucoup de jours où lon peut aller voir le médecin, acheter du persil, se rendre chez les amis, ouvrir sa porte aussi. Et parfois rentrer chez soi et ne pas craindre dallumer la lumière.
Elle posa sa tasse sur la fenêtre et rapprocha légèrement la chaise du radiateur. La chaleur monta doucement. Elle sentit, au fond delle, se desserrer un vieux nœud qui la tenait depuis des mois. Il ne se dissipa pas, il se fit simplement moins dur.
Dehors, quelquun lança une boule de neige sur la porte dentrée et séclipsa. Dans la pièce, lhorloge faisait entendre ses petits « tic tac ». Françoise passa la main sur le dossier lisse de la chaise et se dit que demain, le matin, elle descendrait dans la cour, marcherait sur lallée entre les tas de neige, et passerait à la pharmacie prendre une autre boîte de thé camomille. Au cas où, pour ne pas rester à rien faire.
Puis elle reviendrait ici, sur cette chaise près de la fenêtre, et continuerait à vivre à sa manière, maintenant.





