Tu gagnes une fortune, nest-ce pas ? La sœur de ma femme a emprunté de largent et elle est partie en vacances à la mer.
Cet été-là, la chère sœur de ma femme est venue passer quelques jours chez nous, à Lyon. Dans la famille, on lappelait affectueusement « la princesse », car, lors des repas chez mes beaux-parents à Bordeaux, tout le monde ne parle que delle : brillante élève au lycée, diplômée avec mention dune grande université parisienne, embauchée dans une administration réputée Vraiment, la fille parfaite.
Moi, en revanche, javais épousé laînée, celle sur qui on posait à peine les yeux : elle navait même pas fini ses études quelle sétait déjà mariée. Mais ça ne semblait gêner personne, puisque jétais « assez » prospère, avec ma société à Toulouse, mon appartement, ma Renault et des revenus confortables. Pourtant, la préférée, cétait toujours la petite dernière, la fameuse sœur.
Et voilà quun jour de juillet, lors dun dîner en terrasse, la petite sœur débarque tout sourire et me demande de lui prêter quinze mille euros elle souhaitait déposer un apport pour un prêt immobilier et navait pas déconomies. Honnêtement, cétait une somme raisonnable et, ayant les moyens, jai accepté. Elle ma assuré, main sur le cœur, quelle rembourse chaque mois : elle travaille pour lÉtat, « pas dinquiétude », a-t-elle soufflé.
Seulement, à peine une semaine plus tard, japprends par hasard via les stories Instagram de ses amies quelle bronze à Biarritz, cocktail à la main. Jétais abasourdi. Comment une personne qui prétendait ne pas avoir un centime pour acheter un appartement pouvait-elle tout à coup soffrir une semaine à locéan Atlantique ? Elle racontait à toute la famille quelle avait économisé toute lannée pour ce séjour. Mais en vérité, aucune demande de prêt navait été déposée.
Jai fini par lui demander franchement où en était ce fameux achat. La réponse est tombée, désinvolte : « Oh, finalement, jai changé davis. » Je lui ai donc réclamé poliment le remboursement de la somme prêtée, expliquant que largent nétait pas destiné à ses vacances, mais bien à un logement. Là, elle ma lancé, sans la moindre gêne et dun ton cinglant :
Je gagnerai bien plus dargent un jour, tu peux bien patienter encore un peu, il ne me reste plus rien pour le moment
Vous imaginez la suite ? Évidemment, elle sest empressée daller pleurnicher chez sa mère, inventant que je lui avais réclamé largent beaucoup trop tôt, que ce nétait pas ainsi que la famille fonctionne, que jétais égoïste Et, comme dhabitude, la petite Angélique redevenait la sainte de la famille, pendant que nous étions désignés comme les monstres matérialistes, insensibles et trop aisés.





