Ma belle-fille s’est fâchée contre moi à cause de l’appartement et a commencé à monter mon fils contre moi

Ma belle-fille men veut à cause de mon appartement. Maintenant, elle monte mon fils contre moi.

Mon fils, ce pauvre grand dadais, est tombé sous le charme dune demoiselle pas tout à fait honnête, qui le manipule comme une paire de pantoufles trop usées. Dernièrement, elle a commencé à le dresser contre sa propre mère, cest-à-dire moi (vous rendez-vous compte ?!). Elle lui répète que je me fiche éperdument de leur bonheur, que je ne pense quà moi. Cette brillante conclusion est née uniquement parce que jai refusé déchanger mon appartement avec eux.

Mon mari est parti rejoindre les anges il y a quelques années, et mon fils est mon unique enfant. Je lai élevé avec tout lamour et le soin du monde, lui ai payé de bonnes études. Avant son mariage, il vivait avec moi dans notre modeste cocon. Il a commencé à travailler alors quil étudiait encore à la fac de droit il a décroché son diplôme et, comme par magie, a trouvé un bon job dès la remise des diplômes.

Paul est ma fierté. Cest un garçon épatant, brillant dans son boulot (enfin, pour le moment). Mon mari et moi navons jamais pu lui acheter un appartement à lui, car nous avons toujours vécu chichement. Nous avons réussi à acheter notre petit T3 à Lyon à quarante ans, après de nombreuses années passées entre les loyers exorbitants. Deux appartements ? Pensez-vous ! Mais tout de même, il peut bien se payer un studio, non ? On sest débrouillés, nous !

Quand Paul ma dit quil sortait avec une jeune femme, jétais ravie. Jai mis tout mon cœur à mentendre avec ma belle-fille : jamais un reproche, jamais un mot plus haut que lautre. Ce qui comptait, cest que mon fils soit amoureux. Au début, jai bien aimé Chantal elle était dune politesse exquise, très discrète, presque effacée (trop, peut-être ?). Mais alors, il faut croire que la mairie a comme un effet secondaire : cest après leur mariage que Chantal a révélé son vrai caractère.

À leur retour de noces (ils étaient partis en Corse, le veinards !), Chantal balance tout bonnement : « Jai démissionné. Mon patron était insupportable, je vais chercher autre chose. » Bon, pourquoi pas Sauf que, deux ans plus tard, Chantal cherche toujours. Elle na aucunement lintention de bosser. Elle préfère visiblement soccuper de tester tous les coiffeurs de Lyon les plus chers, évidemment ou daller flâner dans les boutiques pour sacheter robe sur robe. Quant à Paul, obligé de jouer les portefeuilles humains, il a mis de côté ses rêves de grand appartement haussmannien ils vivent toujours dans le minuscule studio de Chantal, coincé entre le périphérique et un kebab douteux.

Mais elle ! Deux ans sans parvenir à dégoter ne serait-ce quun CDD chez Auchan ? Elle raconte sûrement des salades sur ses entretiens dembauche. À mon avis, elle raffole tout simplement du confort dêtre entretenue, peinarde à la maison.

Un jour, je linterroge tout de même : « Dites, vous pensez à faire un enfant ? »
Et Chantal de soupirer : « Enfin, Françoise, avec un si petit espace, comment voulez-vous ? »
Moi : « Et si vous économisiez un peu, pour un crédit immobilier ? »
Elle, mi-figue mi-raisin : « On ne peut rien mettre de côté, honnêtement on peine à boucler les fins de mois ! »

Jai failli lui rétorquer que si elle mettait autant dénergie à pointer au travail quà shopper chez Galeries Lafayette, question économies, on serait loin Et puis, honnêtement, si jamais ils faisaient leffort de mettre quelque chose de côté, jaurais pu compléter, jai épargné un petit bas de laine. Mais là ? Donner de largent ? Pour quelle le brûle en crèmes anti-âge ? Très peu pour moi.

Et récemment, voilà que Chantal se plaint tout à coup : « Le temps tourne, il nous faudrait penser à un héritier » Paul commence à radoter dans son sens, il me parle sérieusement :

« Tu sais, maman, avec Chantal on se demandait : pourquoi tu néchangerais pas ton appartement avec nous ? Pas besoin de passer chez le notaire, rien dofficiel, on fait ça entre nous. Toi, tu prends notre studio, nous, ton T3, ce serait parfait Plus de souci de crédit, et tu nauras pas besoin de tant despace seule »

Javoue, recevoir ça de son fils, ça a piqué. Ce nest pas son idée à lui, jen mettrais ma main au feu. Je lui ai dit que javais ma vie, mes habitudes, et quon ne transplante pas un vieux platane, surtout à mon âge.

Et là, Chantal, sourire Colgate et ton doucereux :
« Encore quelques années et on te donnera des petits-enfants, tu devrais être contente, non ? »

Jai poliment refusé leur offre disons, avantageuse. Je ne veux pas partir de chez moi, point à la ligne.

Après ça, Paul a encore ressorti laffaire une ou deux fois, et chaque remarque ma blessée davantage. Lui qui na jamais profité de personne, voilà quil se laisse entraîner à vouloir mescroquer mon appartement, tout ça sous linfluence de Chantal.

Et puis, la dernière fois quils sont passés, jai entendu Chantal dire à Paul, en riant jaune :
« Allez, on rentre Je tavais dit que ta mère nen a rien à faire de notre avenir, nen parlons pas dun bébé. Elle lèverait pas le petit doigt pour nous aider ! »

Depuis ce jour, mon fils fait le mort. Il ne répond plus à mes coups de téléphone, il fait silence radio. Paul me paraissait plutôt futé, mais visiblement, quand Chantal est dans le coin, il laisse son cerveau dans le panier à linge saleJe me suis retrouvée, ce soir-là, seule dans le calme de mon appartement. Les rumeurs de la ville filtraient à peine à travers les volets, et jai laissé mes pensées tourner longtemps, noyée damertume. Lenvie ma traversée dappeler Paul une dernière fois, de lancer un pont vers ce garçon que javais cru solide puis jai reposé le téléphone.

Jai compris, brusquement, que lappartement nétait quun prétexte. Ce quils réclamaient, cétait ma place, mon utilité, mon effacement au profit de leur jeune couple comme si, une fois veuve, je nétais plus quun meuble à déplacer. Et jai ri, tout bas, le cœur serré, devant ce constat cruel : on élève nos enfants pour quils volent de leurs propres ailes, et parfois, ils finissent par vouloir vous déraciner.

Mais au fond de moi, quelque chose a cessé de trembler. Jai décidé que je ne fouillerais plus mon cœur comme une vieille commode à la recherche de la faute. Jai fermé la porte, jai mis du Edith Piaf à la radio, et jai fait du thé, comme avant.

Quelques semaines plus tard, je suis allée à mon club de lecture comme chaque mardi et Josiane, la voisine du premier, ma dit, gentiment :
« Françoise, tu as bonne mine, tu sais. »
Peut-être étais-je allégée, finalement, dun vieux chagrin.

Je nai toujours pas de nouvelles de Paul, mais jai appris à savourer les choses toutes simples : mes orchidées fleuries, la lumière du matin sur le tapis, les amis fidèles et un appartement où chaque ride du seul canapé raconte mon histoire, pas celle de Chantal.

Peut-être quun jour, il reviendra sonner à ma porte, sans Chantal dans le dos ni procès dans la voix simplement comme mon fils, celui davant.

En attendant, jai réappris la joie silencieuse dexister pour moi-même. Je leur laisse lavenir ; moi, je garde mon chez-moi, mes souvenirs et, surtout, ma place.

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