Il nest pas encore arrivé. Ces derniers temps, il a beaucoup trop de travail et commence à rentrer de plus en plus tard.
Élodie a couché les enfants puis sest dirigée vers la cuisine pour se préparer une tasse de thé. Guillaume n’était toujours pas rentré. Depuis quelque temps, son emploi le mobilise au point de prolonger ses journées au bureau.
Élodie a de la peine pour la fatigue de son mari, elle essaie de le préserver des soucis domestiques, puisque cest lui qui fait vivre la famille. Après leur mariage, ils ont convenu quÉlodie soccuperait du foyer et des futurs enfants, tandis que Guillaume assumerait la charge financière. Trois enfants sont nés lun après lautre. Guillaume sen réjouissait à chaque fois et clamait quil ne comptait pas en rester là.
Mais Élodie, épuisée par le tourbillon incessant de la maternité, a décidé quil était temps de faire une pause niveau bébé.
Guillaume rentre bien après minuit, lair un peu guilleret. À sa question concernant cette ambiance, il répond :
Lolo, on était débordés au boulot alors on a filé décompresser un coup avec des collègues.
Oh, mon pauvre ! lance Élodie en souriant. Viens, je vais te préparer à manger !
Ce nest pas la peine. On a partagé quelques planches de charcuterie. Je vais me coucher direct, je tombe de fatigue.
Bientôt, cest la Fête des Mères. Élodie demande à sa propre mère de garder les enfants et file au centre commercial. Elle veut marquer le coup : une soirée en amoureux, rien que tous les deux. Sa mère accepte volontiers demmener les petits chez elle.
En plus des courses pour la soirée et des petits cadeaux, Élodie décide de soffrir enfin quelque chose pour elle. Cela fait une éternité quelle ne sest pas achetée de vêtements, et elle nose plus demander à Guillaume de largent pour une nouvelle robe, n’ayant pas vraiment l’occasion de la porter. La dernière, confortable, convient à la maison, mais pas à la soirée quelle imagine.
Dans une boutique, elle sélectionne plusieurs robes. En essayant la deuxième, elle reconnaît la voix de son mari, provenant de la cabine voisine :
Hmm, jai déjà hâte de te lenlever !
Un rire féminin lui répond :
Patience, coquin ! Retourne plutôt choisir quelque chose pour ta femme.
Pour quoi faire ? Elle baigne dans les marmots, ils sen fichent de ce quelle porte tant quelle veille sur eux. Je vais lui prendre une machine à café ou un mixeur, ça la fera sourire !
Élodie a limpression quon vient de lui jeter un seau deau froide. Elle se fige, retient son souffle. Elle continue à enfiler les vêtements, le cœur serré, écoutant la discussion à travers la cloison.
Et si elle te demande ce que tu as fait de tout cet argent ? Une machine à café ou un mixeur, ce nest pas si cher poursuit la femme, hilare.
Pourquoi je devrais me justifier sur la manière dont je dépense MON argent ? Cest moi qui bosse, elle reste à la maison à faire ce quelle veut ! Je lui file son budget courses, ça suffit. Elle devrait plutôt men remercier !
Les essayages semblent terminés, les voix séloignent. Élodie écarte doucement le rideau. Devant la caisse, il y a Guillaume, accompagné dune blonde, réglant ses achats. Il lembrasse sur la bouche, sans se préoccuper du regard de la vendeuse.
Mademoiselle, tout va bien ? sinquiète la vendeuse en voyant Élodie blême, assise dans la cabine.
Oui, tout va bien ! balbutie-t-elle, avant de passer au comptoir, les bras chargés. Je prends tout.
De retour à la maison, après avoir congédié sa mère et mis les enfants à la sieste, Élodie reste plantée au milieu du salon, submergée par la tristesse. Jamais elle naurait imaginé une telle trahison de Guillaume. Ce qui la frappe le plus, ce nest même pas linfidélité, mais le mépris pour tout ce quelle fait pour leur famille.
Elle brûle daller réclamer le divorce, mais se force à garder la tête froide et à réfléchir.
« Je demande le divorce et il sen va avec sa blonde, me laissant seule avec les enfants et sans moyens. La pension alimentaire ? Des miettes Comment allons-nous vivre ? »
Ce soir-là, Guillaume ne reste pas tard au bureau. « Il sest contenté de sa blonde, aujourdhui », pense Élodie, amèrement détachée. Elle ne ressent plus rien pour lui, il nest devenu quun étranger. Elle redoute seulement quil ne cherche à se rapprocher delle pour des moments dintimité ; rien que dy penser, cela la révulse.
Finalement, Guillaume ne tente rien, visiblement rassasié par sa maîtresse.
Le lendemain, Élodie rédige son CV et lenvoie à différents cabinets et entreprises. Il ne reste plus quà attendre. Les jours dincertitude senchaînent, rythmés par la consultation de sa boîte mail. Une réponse finit par tomber : un entretien dans une société lyonnaise la même où travaille Guillaume. Après bien des hésitations, elle décide dy aller.
Confie une fois de plus les enfants à sa mère, puis se rend à lentretien. Après deux heures de discussion avec la direction, on lui propose un poste intéressant, avec des horaires modulables. Ce nest pas un salaire mirifique de prime abord, mais assez pour elle et ses enfants.
Élodie rentre, rayonnante. Sa mère, avisant son air ravi, la bombarde de questions.
Maman, Guillaume me trompe ! annonce Élodie dans un souffle, mêlant soulagement et amertume. Sa mère croit dabord à une crise passagère, la fait asseoir et cherche à la calmer.
Élodie, tu délires ! Guillaume, infidèle ? Il est débordé au travail en ce moment !
Il ne travaille pas, il rejoint sa maîtresse ! Et Élodie lui raconte tout, la cabine dessayage, les paroles entendues, la scène du baiser. Sa mère, bouleversée, lui demande :
Que vas-tu faire ?
Je divorce ! Et jai trouvé un travail avec des horaires adaptés. Bientôt les enfants iront en crèche, et dès quils y seront tous, je passerai à temps plein.
Tu as raison ! Je taiderai pour les petits. On ne tolère pas une telle trahison. Et il ne te respecte même plus.
Merci, Maman ! répond Élodie en la serrant fort dans ses bras.
Le 7 mars, Guillaume rentre à nouveau très tard. Élodie ne pose aucune question, et lui, déconcerté par son indifférence, commence à se justifier :
Lolo, encore une grosse réunion ce soir
Mais Élodie le coupe, lui disant daller se coucher.
Le lendemain, pendant le petit-déjeuner, Guillaume lui tend un cadeau : un mixeur.
Tiens, ma chérie, pour te faciliter la vie à la maison. Il tente de lembrasser, mais Élodie se dérobe sans regarder le paquet.
Jai un cadeau pour toi aussi.
Surpris, Guillaume la suit dans le vestibule, la boîte dans les bras. Deux grandes valises lattendent.
Je demande le divorce. Tu nas plus besoin de trouver des excuses. Tu peux filer maintenant.
Comment tu las su ? balbutie Guillaume, désemparé.
À la cabine dessayage, quand tu choisissais le cadeau de ta blonde. Ce mixeur, tu peux aussi lui donner, je nen aurai plus lutilité.
Rempli de colère, Guillaume lance :
Tes jalouse que je sois avec une autre ? Une femme belle, soignée rien à voir avec toi ! Tu ne prends plus soin de toi, texistes que pour les gosses, à mes frais. Je fais ce que je veux avec mon argent ! Ce qui tembête, cest de ne plus être la seule à en profiter. Tes égoïste !
Je ne suis pas jalouse, répond simplement Élodie. Maintenant, pars.
Le lendemain, elle dépose sa demande de divorce et réclame la pension alimentaire. Une semaine plus tard, on sonne à la porte : sa belle-mère, furieuse, fait irruption.
Petite profiteuse ! Tu as viré Guillaume pour lui soutirer de largent ! Renonce à la pension ! Il na aucune obligation envers toi !
Il ne paie pas pour moi, mais pour ses enfants, quil a désirés, réplique Élodie. Et si sa maîtresse souffre de ses finances, cest son affaire ! Ses enfants, ils sont aussi à lui.
Que vas-tu faire sans son argent ? Tas eu ces enfants pour vivre à ses crochets ! Mais ça ne durera pas ! Il va demander à toucher moins officiellement, tu nauras que des miettes ! Tu reviendras vite supplier !
Je nen doute pas, répond Élodie en montrant la porte. Maintenant, partez avant que jappelle la police.
La belle-mère part en vociférant.
Quelques mois passent. Les enfants intègrent la crèche. Un mois après que le dernier y soit inscrit, Élodie passe à temps plein au bureau.
Bonjour ! lance une voix à côté de son écran. On peut parler ?
Désolée, Guillaume, je suis débordée, répond-elle sans lever la tête.
Peut-être quon pourrait déjeuner ensemble ? insiste-t-il, sans céder.
Élodie relève les yeux pour croiser le regard de son ex-mari. Il semble fatigué et vieilli la femme blonde la quitté dès quelle a compris quune grosse part de son salaire irait à la pension. Mais tout cela ne touche plus Élodie.
Non, Guillaume. Nous navons plus rien à nous dire, ni à partager.




