Fleur Vaine : Le Mari de Kira, Gynécologue à la Maternité, leurs Rêves de Famille Brisés, Infidélité et Désespoir, puis la Renaissance d’une Femme en France – Un Parcours d’Amour, de Stérilité, de Tromperie et d’Espoir Retrouvé

FLEUR FANTÔME

Chez Élodie, son mari travaillait à la maternité. Comme gynécologue.

Le couple rêvait davoir un enfant. Pourtant, la vie ne germait pas dans le ventre dÉlodie.

Gaspard, le mari, tenta de soigner sa femme lui-même, lamenant dans des stations thermales, des cures de boue, sollicitant ses collègues En vain. Rien ne changeait dans le corps dÉlodie. Cinq années s’écoulèrent mordues par le souci de la santé dÉlodie.

Depuis peu, Gaspard rentrait de plus en plus tard, affichant une légèreté nouvelle, prodiguant à Élodie des plaisanteries acides et une ironie mordante, comme si lon riait de choses effacées par le temps. Il lâcha un soir, comme on souffle sur une bougie : « Tu es une fleur fantôme » Toute la chaleur sétait noyée dans lair épais de leur appartement.

Il parlait souvent de la nouvelle infirmière du service, la nommant tendrement « ma petite assistante ». Pourquoi tant dattentions ? Tout ceci laissait présager la tempête. Élodie devina la présence, comme une ombre derrière le rideau, dun « terrain datterrissage de rechange ». Alors elle décida de lui rendre visite au travail, de percer le vrai du faux. Elle ne passait presque jamais à la maternité latmosphère, remplie de cris et deffluves de poudres pour bébés, la repoussait de tout son être.

Là-bas, à chaque heure, la vie minuscule réclamait sa place : des mères apaisées, des nouveau-nés piaillants, des pères ahuris avec des bouquets de pivoines blanches aux rubans tricolores, des familles turbulentes Tout cela tordait le cœur dÉlodie. Elle pensait être condamnée à rester à jamais étrangère à ces joies.

Elle frappa doucement à la porte du cabinet de Gaspard la tension serpentait sur la poignée. On lui répondit :
Entrez.

Elle passa la tête prudemment.

Élodie, que fais-tu là ? sétonna Gaspard.
Oh, rien Tu me manquais, fit-elle, jouant la légèreté.
Il sest passé quelque chose ? interrogea Gaspard.
Non Et toi, mon mari ?
Avant quil ne puisse répondre, une jeune femme surgit sans frapper. Elle portait une blouse blanche et une coiffe immaculée, parfumée comme une fleur en expansion. Ignorant Élodie, elle glissa à voix basse :
Gaspard, notre accord tient toujours ? Ce soir chez moi ?

Gaspard linterrompit :
Je te présente Élodie, ma femme.

Oh, excusez-moi ! Jai cru que vous étiez une patiente. Enchantée, balbutia-t-elle avant de filer, laissant un sillage sucré.

Élodie murmura à son tour :
Le plaisir est partagé comme une pluie fine glissant sur un carreau fermé.

Vika disparut, ne restait que le parfum gourmant.

Que dis-tu, Gaspard ? sétrangla Élodie.

On parlera ce soir. Jai du travail, répondit-il, tranchant, tranché.

Tu nessaies même pas de nier ? dit Élodie dun ton calme, mais empoisonné.

Elle saccrochait encore à lillusion. « Mens-moi, rien quun peu, je veux encore y croire », pria intérieurement Élodie.

Le téléphone sonna. Gaspard se précipita et répondit tout de suite :
Allô ? Oui, jarrive, jarrive !

Élodie traîna ses pas jusquà lappartement. Aucun pleur, juste le néant. « Voilà la rivale : son assistante. Elle ne reculera devant rien. Belle, bien parfumée. Certainement ces fragrances viennent de Gaspard. Elle naurait pas pu soffrir un tel luxe. »

Réduite à létat dailes qui pendent, Élodie toucha enfin la porte de la maison.

Le soir, un dialogue impossible sannonçait. Mais Gaspard ne rentra quà laube. Élodie ne demanda rien.

Tout était dit, en filigrane.

Élodie sentit en elle la mer souvrir, ses membres se délier. « Cest la chute », pensa-t-elle.

Gaspard, silencieux, empaqueta ses affaires, sans croiser le regard de sa femme, passa dans son dos, létreignit :
Élodie Pardon. Notre vie manque de couleur. Les années filent. Je veux un enfant, tu comprends !

Arrête Je connais la chanson. Je suis la fleur fantôme. Va, cherchez lamour et une ribambelle de petits. Adieu, Gaspard.

La porte claqua comme la dernière note dun piano. Élodie sapprocha de la fenêtre. À travers la dentelle du rideau, elle vit Gaspard monter dans un taxi. Elle était là, la dérobeuse. Ils sen allèrent.

Élodie se fit un café, alluma une Gitane. Tentant de trouver des excuses à Gaspard, elle se murmura : « Il a tout essayé pour moi. Il voulait une vraie famille. Notre mariage était bâti sur du sable mouvant. Jamais je naurais pu lui donner un enfant. Bon sang Et pourtant, je laime »

Le bonheur semblait sêtre dissous, évaporé, ne laissant quun parfum fantôme. Lamour restait, vibrant, inusable. Rien ni personne ne pouvait larracher.

Le temps, lami mystérieux, fit son œuvre. Par des amis communs, Élodie apprit que Gaspard était enfin papa. Son « assistante » lui avait offert une petite fille.

« Jimagine sa joie ! Il la eue, sa petite. Seigneur, jai seulement vingt-sept ans ! Ny a-t-il donc rien de semé pour moi dans cette existence ? », soupira Élodie.

Déjà, elle avait accepté sa stérilité Que font les femmes en pareil cas ? Plonger dans la carrière ; mais Élodie nétait pas de ce bois-là. Elle pensa adopter. Impossible : « famille incomplète ».

Elle tenta le couvent, vécut un mois parmi les sœurs. Une doyenne sapprocha un matin et souffla dune voix pleine de siècles :
Ma petite, il est trop tôt. Retourne parmi les vivants. Ton bonheur est près, tout près

Élodie la crut, sans savoir pourquoi. Son cœur se remit à flotter, gonflé dun espoir ténu. Le temps, cet infini baume

Peu à peu, la vie dÉlodie se recomposa. Un soir au théâtre invitée par une amie elle fit la connaissance dun homme.

Il sappelait François, et linstant fut comme une étoile filante trop rare. Elle aurait pu tout lui raconter, mot après mot, jusquau bout du fil. Avec lui, tout semblait simple, limpide.

François, lui, tomba aussitôt amoureux dÉlodie. Pourquoi attendre, senchaîner à la peur ? Ni lun ni lautre navaient de doutes. Forte de son passé, Élodie prévint François de son handicap, avant le mariage. Il nen eut cure.

Le jour de la noce, il souffla à loreille de sa fiancée :
Tout est possible pour nous. Je le sens. En peine et en joie, je te suivrai, ma douce Élodie.

Sept ans plus tard, Élodie et François élevaient trois enfants. Deux filles, un garçon.

Elle riait :
François, crois-tu quon devrait sarrêter ?
Il la regardait, amoureux :
Que la vie décide, ma chérie !

Dans ce foyer, le bonheur flottait, immense éternel.

Un après-midi, alors quelle arpentait le parc avec ses enfants, Élodie aperçut Gaspard. Dix ans sans nouvelles. Elle linterpella. Dabord, il ne la reconnut pas, puis son visage séclaira :

Cest bien toi, Élodie ? Comme tu es radieuse ! Je suis content de te croiser. Jai entendu parler de ta famille Bravo à vous ! Je vois que ce garçon te ressemble beaucoup. Tes filles, elles, doivent tenir du papa, non ? bredouilla Gaspard, un sourire gêné.

Oui, François est merveilleux ! Il maime, et je ladore, de tout mon cœur ! répondit Élodie, fière.

Et toi, Gaspard ? Ta fille a dû grandir ?

Il ny a jamais eu de fille, Élodie et son sourire s’éteignit.

Comment ça ? sétonna-t-elle.

Je tai menti, Élodie. Comme on dit,
« brume sur la mer, mensonge sur la terre ». Ma seconde épouse, la même infirmière, ma dupé. Elle a eu une fille, mais pas de moi. Elle avait les yeux noisette, alors que nous les avons tous les deux bleus. Même sans être gynécologue, cétait clair. On ne le voit pas de suite, tous les nouveau-nés ont les yeux clairs. Six mois après, le doute se dissipe Lenfant nétait pas de moi. Elle a avoué. Son amour véritable sétait enfui, elle voulait un père pour son enfant. Jétais là, à tourner en rond, je suis tombé dans son filet. Évidemment, tout a fini par éclater. La vie sur le mensonge ne pousse pas de racines.

Je suis retourné chez ma mère, qui ma arraché toute la vérité. Cest là quelle ma révélé quenfant, javais attrapé les oreillons, et que jétais stérile depuis. Complètement. Jai passé des années à te faire porter le fardeau Quelle bêtise. En fin de compte, la fleur fantôme, cest moi !

Ne ten fais pas, Gaspard. Toi, tu fais des miracles chaque jour, tu aides les femmes à devenir mères, tu ouvres la porte au monde pour tant de bébés ! Nest-ce pas déjà beaucoup ? tenta de rassurer Élodie.

Merci, Élodie, pour ta bonté. Dieu merci, jai fini par reconstruire quelque chose Dans mon service, une jeune femme a accouché dun garçon. Sans mari, seule. Le petit, si attachant ! Nous avons parlé, elle sappelle Claire. Tu sais, Élodie, je me suis dabord attaché à son fils. Quest-ce qui ma saisi ce jour-là ? Je lignore. Un petit bout, sans défense Je me suis senti père !

Bref, Claire et moi avons décidé de lélever ensemble. Je lui ai confié mes problèmes. Elle les a acceptés, comme un destin. Nous avons célébré notre union, il y a peu. Nous sommes trois, maintenant. Tu comprends ce que je ressens ? déborda Gaspard.

Je comprends, mieux que personneÉlodie lui prit la main, sans rancune, en amie retrouvée. Leurs enfants séparpillaient dans la lumière du parc, des rires et des cris en fête, insouciants de la mélancolie des adultes. Un instant, les deux anciens amants restèrent ainsi, complices dune histoire refermée.

Tu sais, Gaspard, on ne choisit ni ses cicatrices ni les fleurs qui poussent sur les ruines. Mais regarde-nous : la vie a semé là où lon nattendait plus rien. Tu es père, différemment. Moi aussi, dune façon dont jadis je naurais jamais rêvé.

Gaspard hocha la tête, ému, le regard soudain aussi clair quun matin neuf.

Dans la lumière déclinante, François rejoignit Élodie, une petite fille agrippée à sa main, un garçon sur les épaules. Il salua Gaspard dun sourire paisible et bon. Tout était apaisé.

Élodie sentit une joie tranquille sinfuser en elle : rien nétait écrit, ni la stérilité ni la douleur. La vie, douée dune obstination folle, fleurissait entre les failles. Oui, une fois, elle avait cru nêtre quune fleur fantôme, mais ce parfum-là, persistant sur sa peau, lui appartenait à jamais.

Elle embrassa du regard sa famille, serra doucement le bras de Gaspard, puis séloigna vers la clarté, la main de François fermement dans la sienne, les rires denfants guidant ses pas. La vie continuait, lumineuse, surprenante et, dans le vent du soir, la fleur fantôme dansait, en pleine lumière.

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Fleur Vaine : Le Mari de Kira, Gynécologue à la Maternité, leurs Rêves de Famille Brisés, Infidélité et Désespoir, puis la Renaissance d’une Femme en France – Un Parcours d’Amour, de Stérilité, de Tromperie et d’Espoir Retrouvé
« Le chien ne veut même pas de tes côtelettes » a ri mon mari en jetant la nourriture. Maintenant, il mange dans un refuge pour sans-abri que je soutiens.