Un chien commence à aboyer au milieu de la nuit, ses aboiements deviennent plus forts au petit matin et mènent à la découverte émouvante d’un homme blessé, sauvé grâce à la fidélité de son berger allemand dans une résidence française

Journal intime Une nuit agitée à Lyon
Cette nuit, tout a commencé vers quatre heures du matin. Des aboiements se sont fait entendre derrière les immeubles de notre rue, assez pour troubler notre sommeil. Vers cinq heures, cela sest intensifié au point que presque tout limmeuble était réveillé, grognons et fatigués, prêts à partir travailler. À cinq heures et demie, la plupart descendaient déjà les escaliers, pressés et irrités.
Jai vu les premiers voisins sortir, un couple que je connais bien, Alain et Édith Duchamp. Pris par la curiosité et linquiétude, ils ont décidé daller voir ce qui se passait du côté des garages. Là, ils ont aperçu le chien : un berger allemand, visiblement affolé, aboyant sans discontinuer, le museau pointé vers les appartements. Derrière lui, il y avait un homme étendu au sol. Alain et Édith se sont précipités, réalisant que le chien appelait à laide.
Plus ils se sont approchés, plus lanimal se montrait protecteur et bruyant. Édith a tout de suite recommandé dappeler le SAMU.
Les secours sont arrivés rapidement, sirènes discrètes dans la nuit lyonnaise. Avant de descendre de lambulance, Édith a averti les secours de la présence du chien. Malgré tout, à la vue des brancardiers, le berger allemand sest tu. Il sest rapproché de son maître, assis silencieusement, lair inquiet.
Les ambulanciers se sont agenouillés avec précaution, jetant des regards méfiants vers le chien. Lhomme au sol, dans la trentaine, avait une grave blessure à l’abdomen, une hémorragie sévère. Ils lui ont prodigué les premiers soins, pendant que le chien les observait de près.
Les voisins sétaient rassemblés, mais restaient à distance, personne nosant trop sapprocher.
Lun des brancardiers est revenu avec un brancard. Ils ont emmené le blessé avec précaution, mais il na pas été possible de prendre le chien avec eux. Celui-ci a suivi le véhicule des yeux, puis sest lancé à sa poursuite, accélérant, ralentissant, jamais bien loin.
À lhôpital Edouard Herriot, lambulance sest arrêtée devant la barrière. Le veilleur de nuit la levée ; le chien, lui, sest arrêté devant.
Cest le chien du patient, expliqua le conducteur.
Et quest-ce que jen fais, moi ? grommela le veilleur en lançant : Reste là ! Pas bouger ! Assis !
Le berger allemand a hésité, puis a obéi. Il sest assis devant la grille, résigné, regardant lambulance séloigner dans la lumière blafarde de laube. Après plus dune heure dattente, il sest allongé le long du mur, discret, sans gêner qui que ce soit.
Les agents de surveillance lont dabord surveillé, mais voyant quil nessayait pas de rentrer, ils lont ignoré petit à petit.
Et on en fait quoi, du chien ? demanda lun.
Rien. Sil veut attendre, quil attende.
Et si son maître tarde à revenir ?
Il est malin, il partira quand il voudra.
Pauvre bête. On devrait peut-être le nourrir ?
Si tu le nourris, il va rester.
Le chien continuait à observer, alerte.
Après quarante minutes, lun des gardiens est revenu avec des nouvelles.
Lhomme a été opéré. Il est en réanimation, stable pour linstant. Jai apporté à manger pour le chien.
Il a posé une assiette avec une tranche de saucisson et de leau sous un arbre. Le chien a regardé fixement, mais ne sest pas levé.
Allez, viens manger. Bois un peu, a-t-il tenté.
Le chien sest relevé lentement, jetant des regards vers le plat et le portique. Finalement, il sest assis de nouveau.
Bon, comme tu veux.
Puis, timidement, il sest approché de la gamelle et a bu.
Une semaine sest écoulée. Le maître, hospitalisé en chambre, se remettait doucement. Il regrettait de ne pas avoir de nouvelles de sa fidèle compagne.
Depuis quil avait quitté larmée, blessé, il vivait avec elle, Daphné. Ils avaient servi ensemble, puis partagé le retour à la vie civile. Il espérait de tout cœur quelle saurait attendre.
Dans lintervalle, Daphné, notre courageuse berger allemand, sétait installée sous le marronnier, attentive au moindre bruit du portail. Un des agents de sécurité avait pris la bonne habitude de la nourrir. Un soir, en fin de service, il eut une idée.
Il rendit visite à la chambre du patient.
Bonjour, vous êtes Monsieur Moreau, Armand ?
Oui, cest moi. Quest-ce qui se passe ?
Je suis agent à la sécurité de lhôpital. Votre chienne est toujours devant la grille, à attendre. On la nourrit, mais elle ne veut pas bouger.
Armand eut un sourire triste.
Oui, cest bien Daphné. On a tout vécu ensemble. Elle est dune fidélité à toute épreuve.
Ça se voit, répondit le vigile, soulagé. Vous voulez quon fasse passer un message ?
Armand prit un chiffon à côté de lui, le frotta dans ses mains et sur sa joue.
Prenez ce tissu. Donnez-le à Daphné. Elle comprendra.
Le gardien apporta le tissu à Daphné. Elle le renifla longuement, puis retourna se coucher sous larbre, le tissu contre elle.
Les jours passèrent ainsi. Et quand Armand sortit enfin de lhôpital, les retrouvailles furent bouleversantes. Ils avaient traversé tant dépreuves ensemble. Lattente avait été longue, mais lamitié entre eux était plus forte que tout.
Et Daphné elle avait attendu.

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Un chien commence à aboyer au milieu de la nuit, ses aboiements deviennent plus forts au petit matin et mènent à la découverte émouvante d’un homme blessé, sauvé grâce à la fidélité de son berger allemand dans une résidence française
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