La Deuxième Fois a Aussi Sa Valeur — Maman, je ne veux pas aller chez Mamie ! — cria la petite Béatrice, sept ans, tentant d’échapper aux bras de sa mère. — Elle ne m’aime pas ! Elle n’aime que tonton Michel ! — Béatrice, ne dis pas de bêtises — répondit Caroline, fatiguée, tout en boutonnant le manteau de sa fille. — Mamie aime tous ses petits-enfants pareil. — C’est pas vrai ! — la fillette tapa du pied. — Hier, elle a donné une glace à Arthur, le fils de tante Sophie, et à moi rien du tout ! — Peut-être avais-tu mal à la gorge ? — tenta de justifier Caroline. — Non ! C’est juste qu’elle ne m’aime pas, parce que je ne suis pas la fille de son fils ! Caroline s’arrêta, la brosse en main. Comment une fillette de sept ans pouvait-elle savoir cela ? Qui le lui avait dit ? — Béatrice, qui t’a raconté ça ? — Personne — la fillette se tourna vers la fenêtre. — Je l’ai compris. Arthur dit que son papa et mon papa sont frères. Et je sais bien que mon papa, ce n’est pas mon vrai papa. Mon vrai papa, il vit loin. Le cœur de Caroline se serra. Elle s’assit à côté de sa fille sur le canapé. — Béatrice, écoute-moi bien. Papa Jean est ton vrai papa. Il t’aime très fort, il s’occupe de toi depuis que tu as deux ans. Et Mamie Marguerite t’aime aussi. — Alors pourquoi elle complimente tout le temps Arthur et elle me gronde, moi ? — les yeux de la fillette se remplirent de larmes. Caroline ne sut que dire. Parce que Béatrice avait raison. Sa belle-mère traitait vraiment sa fille différemment du fils du frère aîné. — Chérie, on va être en retard – entra Jean dans le salon. — Béatrice, dépêche-toi sinon mamie va attendre. — Je veux pas y aller ! — sanglota Béatrice. — Elle ne m’aime pas ! Jean regarda son épouse, déconcerté. — Qu’est-ce qui se passe ? — Je t’expliquerai après — murmura Caroline. — Béatrice, habille-toi. On y va tous ensemble. Ils traversèrent le parc de la ville en silence. Béatrice traînait les pieds derrière eux, lâchant un sanglot de temps à autre. Jean portait un sac de courses pour sa mère et Caroline s’inquiétait de la visite. Marguerite a toujours été une femme difficile. Quand Jean a présenté Caroline et sa fille de deux ans, la belle-mère les a reçues froidement. — Pourquoi prendre un enfant qui n’est pas de toi ? — disait-elle à son fils. — Trouve-toi une fille bien et fais tes propres enfants. Mais Jean était obstiné. Il aimait Caroline et Béatrice comme sa propre fille. Ils se sont mariés, il l’a adoptée officiellement et lui a donné son nom. Marguerite avait accepté, sans jamais vraiment aimer sa petite-fille comme il se doit. Surtout quand le fils aîné, Richard, lui a donné un « vrai » petit-fils — Arthur. — Elle est là ? — demanda Jean, frappant à la porte. — Oui, oui, entrez — répondit Marguerite depuis l’intérieur. — Venez. Marguerite ouvrit la porte et serra son fils dans ses bras. — Mon Jean, tu m’as tant manqué ! — elle l’embrassa et salua Caroline. — Bonjour, Caroline. — Bonjour, madame Marguerite. — Et ma petite-fille, où est-elle ? — la grand-mère aperçut Béatrice, cachée derrière son père. — Je suis là — murmura la fillette. — Entrez, installez-vous — Marguerite les guida au salon. — Comment ça va ? Jean, tu as maigri ? — Non, maman, je vais bien — il rit. — Caroline cuisine très bien. — Tant mieux. Et Béatrice, l’école ? Tu as de bonnes notes ? — Oui, ça va — grogna la fillette. — Béatrice, réponds poliment à ta grand-mère — la réprimanda Caroline. — Laisse-la — Marguerite fit un geste de la main. — Les enfants sont comme ça. Arthur a eu un deux en maths hier. Richard a passé l’après-midi à réviser avec lui. — Béatrice n’a que des cinq en maths — annonça fièrement Jean. — Bravo — félicita sèchement la grand-mère. — Richard a dit qu’il vient aujourd’hui avec Arthur. Vous manquez à votre oncle. Caroline vit le visage de Béatrice se fermer. Elle savait que Marguerite était beaucoup plus heureuse de recevoir l’un que l’autre. — Maman, tu te souviens quand Béatrice et moi sommes venus le mois dernier ? — demanda Jean — Elle t’a récité un poème. — Je m’en souviens — acquiesça Marguerite. — Il était beau. — Tu veux que j’en récite un autre ? — proposa timidement Béatrice. — Bien sûr, vas-y. La fillette se leva, au milieu du salon, et débita un poème sur le printemps. Caroline sentait combien sa fille faisait des efforts, cherchait à plaire. — Bravo — applaudit la grand-mère lorsqu’elle eut fini. — Va te laver les mains, on va déjeuner. Béatrice obéit, et Caroline resta aider à mettre la table en cuisine. — Madame Marguerite, puis-je vous parler ? — murmura-t-elle. — À propos de quoi ? — À propos de Béatrice. Elle sent bien qu’elle n’est pas traitée comme les autres. La belle-mère reposa sèchement une assiette sur la table. — Je ne vois pas ce que tu veux dire. — Vous savez très bien. Les enfants ressentent tout. Elle a pleuré ce matin. Elle ne voulait pas venir. — Et qu’est-ce que je fais de mal ? — Marguerite se retourna — Je lui donne à manger, je l’invite ici. — Mais elle comprend la différence. Quand Arthur vient, vous l’embrassez, lui offrez des cadeaux. Avec Béatrice, c’est froid. — Parce qu’elle n’est pas de moi ! — explosa la grand-mère. — Ce n’est pas moi qui l’ai portée ! Elle a sa propre grand-mère, qu’elle s’en occupe ! — Madame Marguerite, Béatrice n’y est pour rien si elle n’est pas la fille de Jean. C’est votre petite-fille depuis cinq ans. Il l’a adoptée, elle porte votre nom. — Tout ça, c’est du papier — elle leva les yeux au ciel. — Le sang, c’est le sang. Arthur, c’est mon petit-fils, l’autre… une filleule, à la rigueur. Caroline sentit sa gorge se nouer. — Alors vous n’aimerez jamais ma fille ? — Pourquoi j’aimerais ? Quand vous aurez des enfants à vous, on en reparlera. À cet instant, Béatrice entra dans la cuisine. — Maman, pourquoi mamie dit que je suis seulement sa filleule ? — demanda-t-elle d’une voix tremblante. — Je suis sa petite-fille ! Caroline comprit que la fillette avait tout entendu. Marguerite rougit. — Béatrice, va voir papa — demanda Caroline. — Non ! Je veux savoir pourquoi mamie ne m’aime pas ! — Béatrice, je t’aime bien — tenta Marguerite. — C’est faux ! Tu viens de dire que je suis juste ta filleule ! Moi je suis la fille de papa Jean ! La fillette quitta la pièce en pleurant. Caroline lança un regard furieux à sa belle-mère et la suivit. Dans le salon, Béatrice était assise contre Jean, en larmes. Il lui caressait les cheveux, sans comprendre. — Que se passe-t-il ? — Ta mère vient de traiter Béatrice de filleule — dit froidement Caroline. — Et ce n’est pas la première fois. Jean pâlit. — Maman, c’est vrai ? Marguerite sortit de la cuisine, honteuse. — Mon fils, je n’ai pas voulu… C’est arrivé. — Mamie a dit que je n’étais pas sa petite-fille — sanglota Béatrice. — Que j’avais ma propre mamie. Jean se leva, la mâchoire crispée. — Maman, comment peux-tu dire ça ? — Mon fils, je… …Finalement, après beaucoup de larmes et de discussions, la grand-mère Marguerite finit par prendre Béatrice dans ses bras, et lui promit de l’aimer comme une vraie petite-fille. Dès ce jour, la fillette ne se sentit plus jamais seule dans la famille. La Deuxième Fois, Ça Compte Aussi : L’histoire de Béatrice, Jean et Mamie Marguerite, ou Comment l’Amour se Construit au Fil du Temps dans une Famille Recomposée Française

La Seconde Chance A Sa Valeur
Maman, je ne veux pas aller chez Mamie ! cria la petite Célestine, sept ans, tentant de se dégager des bras de sa mère. Elle ne maime pas ! Elle naime que loncle Michel !
Célestine, arrête donc, voyons, répondit Élodie, fatiguée, tout en boutonnant le manteau de sa fille. Ta grand-mère aime tous ses petits-enfants de la même manière.
Ce nest pas vrai ! la fillette tapa du pied. Hier, elle a donné une tartelette à Paul, le fils de tante Sophie, et à moi rien du tout !
Peut-être avais-tu mal à la gorge ? essaya dexpliquer Élodie.
Non ! Elle ne maime pas parce que je ne suis pas lenfant de son fils !
Élodie sarrêta, la brosse encore à la main. Comment une enfant de cet âge pouvait-elle comprendre de telles choses ? Qui le lui avait soufflé ?
Célestine, qui ta raconté cela ?
Personne. La fillette fixait la fenêtre. Jai compris toute seule. Paul dit que son papa et le mien sont frères. Et je sais bien que mon papa nest pas mon vrai papa. Mon vrai papa, il vit loin.
Le cœur dÉlodie se serra. Elle sassit à côté de sa fille sur le canapé.
Célestine, écoute-moi bien. Papa Jean est ton vrai papa. Il taime fort, il prend soin de toi depuis que tu as deux ans. Et mamie Marguerite aussi taime.
Alors pourquoi elle complimente toujours Paul et me gronde, moi ? Les yeux de lenfant se remplirent de larmes.
Élodie ne sut que répondre. Car, au fond, Célestine navait pas tort. Sa belle-mère distinguait sa fille du petit-fils de son aîné.
Chérie, il faut quon se dépêche intervint Jean en entrant dans le salon. Célestine, habille-toi vite, Mamie nous attend.
Je veux pas y aller ! sanglota Célestine encore. Elle ne maime pas !
Jean lança un regard inquiet à sa femme.
Que se passe-t-il ?
Je texpliquerai plus tard souffla Élodie. Célestine, habille-toi. Nous y allons, tous ensemble.
Ils traversèrent le jardin public de la ville en silence. Célestine traînait les pieds, reniflant de temps à autre. Jean portait un panier de provisions pour sa mère, et Élodie, elle, craignait cette visite plus que toute autre.
Marguerite avait toujours été une femme difficile. Lorsque Jean avait présenté à sa famille Élodie et la toute petite Célestine, deux ans à lépoque, sa belle-mère les avait accueillies avec froideur.
Pourquoi tencombrer dun enfant qui nest pas le tien ? râlait-elle. Trouve-toi une jeune fille convenable et aie tes propres enfants.
Mais Jean était buté. Il aimait Élodie et considérait Célestine comme sa propre fille. Ils sétaient mariés, il lavait adoptée, lui donnant son nom.
Marguerite avait fini par accepter, mais navait jamais su aimer sa petite-fille comme il le fallait. Surtout après que laîné, Richard, eut donné, lui, un vrai petit-fils : Paul.
Elle est là ? demanda Jean en frappant à la porte.
Oui, oui, jarrive, répondit une voix de lintérieur. Entrez, entrez.
Marguerite ouvrit et embrassa son fils.
Mon Jean, comme tu mas manqué ! Elle déposa une bise sur sa joue et fit un signe de tête à Élodie. Bonjour, Élodie.
Bonjour, Madame Marguerite.
Et ma petite Célestine, où est-elle ? la grand-mère aperçut la fillette cachée derrière son père.
Je suis là murmura Célestine.
Entrez, asseyez-vous invita Marguerite en les menant au salon. Comment ça va ? Jean, tu as maigri ?
Non Maman, tout va bien sourit-il. Élodie cuisine délicieusement.
Tant mieux. Et toi Célestine, lécole, ça marche ? Tu as de bonnes notes ?
Ça va bougonna la fillette.
Célestine, réponds poliment à ta grand-mère, reprit Élodie.
Laisse, Marguerite balaya lair de la main. Les enfants sont ainsi. Paul, lui, a ramené un six en math hier. Richard la aidé tout laprès-midi.
Célestine, elle, na que des dix en maths, releva Jean avec fierté.
Cest bien glissa la grand-mère, dun ton sec. Richard et Paul doivent passer aujourdhui, ils te manquent sûrement.
Élodie remarqua lombre qui passa sur le visage de sa fille. Elle savait que sa belle-mère naffichait de joie que pour le petit-fils du sang.
Maman, tu te souviens, le mois dernier, quand Célestine ta récité un poème ? demanda Jean.
Oui, je men souviens, acquiesça Marguerite. Il était joli.
Tu veux quelle ten récite un autre ? proposa timidement la fillette.
Oui, vas-y donc.
Célestine se leva au centre de la pièce et, avec application, déclama un poème sur le printemps. Élodie sentait leffort de sa fille, cette envie dêtre aimée.
Très bien, applaudit Marguerite à la fin. Va te laver les mains, on va déjeuner.
Célestine obéit, et Élodie resta aider à dresser la table.
Madame Marguerite, puis-je vous parler ? souffla-t-elle à voix basse.
À propos de quoi ?
À propos de Célestine. Elle sent que vous la traitez différemment.
La belle-mère posa une assiette sur la table, les gestes brusques.
Je ne vois pas de quoi tu parles.
Si, vous savez bien. Les enfants voient tout. Ce matin, elle a pleuré, elle ne voulait pas venir.
Que fais-je de mal, enfin ? Marguerite se retourna. Je la nourris, je laccueille ici !
Mais la différence est flagrante. Avec Paul, vous le câlinez, lembrassez, lui offrez des surprises. Avec Célestine, cest froid
Parce quelle nest pas à moi, semporta la grand-mère. Je ne lai pas portée. Elle a une autre grand-mère, non ? Quelle soccupe delle !
Madame Marguerite, Célestine ny est pour rien si elle nest pas la fille de Jean. Elle est votre petite-fille depuis cinq ans. Il la adoptée, elle porte votre nom.
Tout cela, cest du papier fit Marguerite avec mépris Le sang ne ment pas. Paul est mon petit-fils, celle-ci cest plutôt une filleule.
Élodie sentit sa gorge se serrer.
Alors, vous ne laimerez jamais, ma fille ?
Pourquoi le ferais-je ? Quand vous aurez de vrais enfants, nous verrons
À ce moment, Célestine entra.
Maman, pourquoi mamie dit que je suis sa filleule ? demanda-t-elle, la voix tremblante. Je suis sa petite-fille !
Élodie comprit aussitôt quelle avait tout entendu. Marguerite rougit.
Célestine, va retrouver ton père, parvint à souffler Élodie.
Non ! Je veux savoir pourquoi Mamie ne maime pas !
Mais si, je taime, essaya Marguerite.
Ce nest pas vrai ! Vous venez de dire que je suis votre filleule ! Mais je suis la fille de Papa Jean !
La fillette sortit, les larmes aux yeux. Élodie lança un regard grave à sa belle-mère et la suivit.
Dans le salon, Célestine était blottie contre Jean, secouée de sanglots. Il lui caressait les cheveux, perdu.
Que se passe-t-il ?
Ta mère vient dappeler Célestine sa filleule, dit Élodie avec froideur. Et elle ne sen cache même pas.
Jean blêmit.
Maman, est-ce vrai ?
Marguerite entra, visiblement gênée.
Mon fils, je nai pas voulu Cest sorti.
Mamie a dit que je nétais pas sa petite-fille sanglota Célestine. Que jai une autre mamie.
Jean se leva, la mâchoire serrée.
Maman, comment peux-tu
Mon fils, je
Après bien des larmes et de longues discussions, la grand-mère Marguerite prit Célestine dans ses bras, lui jura de laimer comme une vraie petite-fille, et, dès ce jour, jamais plus Célestine ne se sentit étrangère dans la famille.

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La Deuxième Fois a Aussi Sa Valeur — Maman, je ne veux pas aller chez Mamie ! — cria la petite Béatrice, sept ans, tentant d’échapper aux bras de sa mère. — Elle ne m’aime pas ! Elle n’aime que tonton Michel ! — Béatrice, ne dis pas de bêtises — répondit Caroline, fatiguée, tout en boutonnant le manteau de sa fille. — Mamie aime tous ses petits-enfants pareil. — C’est pas vrai ! — la fillette tapa du pied. — Hier, elle a donné une glace à Arthur, le fils de tante Sophie, et à moi rien du tout ! — Peut-être avais-tu mal à la gorge ? — tenta de justifier Caroline. — Non ! C’est juste qu’elle ne m’aime pas, parce que je ne suis pas la fille de son fils ! Caroline s’arrêta, la brosse en main. Comment une fillette de sept ans pouvait-elle savoir cela ? Qui le lui avait dit ? — Béatrice, qui t’a raconté ça ? — Personne — la fillette se tourna vers la fenêtre. — Je l’ai compris. Arthur dit que son papa et mon papa sont frères. Et je sais bien que mon papa, ce n’est pas mon vrai papa. Mon vrai papa, il vit loin. Le cœur de Caroline se serra. Elle s’assit à côté de sa fille sur le canapé. — Béatrice, écoute-moi bien. Papa Jean est ton vrai papa. Il t’aime très fort, il s’occupe de toi depuis que tu as deux ans. Et Mamie Marguerite t’aime aussi. — Alors pourquoi elle complimente tout le temps Arthur et elle me gronde, moi ? — les yeux de la fillette se remplirent de larmes. Caroline ne sut que dire. Parce que Béatrice avait raison. Sa belle-mère traitait vraiment sa fille différemment du fils du frère aîné. — Chérie, on va être en retard – entra Jean dans le salon. — Béatrice, dépêche-toi sinon mamie va attendre. — Je veux pas y aller ! — sanglota Béatrice. — Elle ne m’aime pas ! Jean regarda son épouse, déconcerté. — Qu’est-ce qui se passe ? — Je t’expliquerai après — murmura Caroline. — Béatrice, habille-toi. On y va tous ensemble. Ils traversèrent le parc de la ville en silence. Béatrice traînait les pieds derrière eux, lâchant un sanglot de temps à autre. Jean portait un sac de courses pour sa mère et Caroline s’inquiétait de la visite. Marguerite a toujours été une femme difficile. Quand Jean a présenté Caroline et sa fille de deux ans, la belle-mère les a reçues froidement. — Pourquoi prendre un enfant qui n’est pas de toi ? — disait-elle à son fils. — Trouve-toi une fille bien et fais tes propres enfants. Mais Jean était obstiné. Il aimait Caroline et Béatrice comme sa propre fille. Ils se sont mariés, il l’a adoptée officiellement et lui a donné son nom. Marguerite avait accepté, sans jamais vraiment aimer sa petite-fille comme il se doit. Surtout quand le fils aîné, Richard, lui a donné un « vrai » petit-fils — Arthur. — Elle est là ? — demanda Jean, frappant à la porte. — Oui, oui, entrez — répondit Marguerite depuis l’intérieur. — Venez. Marguerite ouvrit la porte et serra son fils dans ses bras. — Mon Jean, tu m’as tant manqué ! — elle l’embrassa et salua Caroline. — Bonjour, Caroline. — Bonjour, madame Marguerite. — Et ma petite-fille, où est-elle ? — la grand-mère aperçut Béatrice, cachée derrière son père. — Je suis là — murmura la fillette. — Entrez, installez-vous — Marguerite les guida au salon. — Comment ça va ? Jean, tu as maigri ? — Non, maman, je vais bien — il rit. — Caroline cuisine très bien. — Tant mieux. Et Béatrice, l’école ? Tu as de bonnes notes ? — Oui, ça va — grogna la fillette. — Béatrice, réponds poliment à ta grand-mère — la réprimanda Caroline. — Laisse-la — Marguerite fit un geste de la main. — Les enfants sont comme ça. Arthur a eu un deux en maths hier. Richard a passé l’après-midi à réviser avec lui. — Béatrice n’a que des cinq en maths — annonça fièrement Jean. — Bravo — félicita sèchement la grand-mère. — Richard a dit qu’il vient aujourd’hui avec Arthur. Vous manquez à votre oncle. Caroline vit le visage de Béatrice se fermer. Elle savait que Marguerite était beaucoup plus heureuse de recevoir l’un que l’autre. — Maman, tu te souviens quand Béatrice et moi sommes venus le mois dernier ? — demanda Jean — Elle t’a récité un poème. — Je m’en souviens — acquiesça Marguerite. — Il était beau. — Tu veux que j’en récite un autre ? — proposa timidement Béatrice. — Bien sûr, vas-y. La fillette se leva, au milieu du salon, et débita un poème sur le printemps. Caroline sentait combien sa fille faisait des efforts, cherchait à plaire. — Bravo — applaudit la grand-mère lorsqu’elle eut fini. — Va te laver les mains, on va déjeuner. Béatrice obéit, et Caroline resta aider à mettre la table en cuisine. — Madame Marguerite, puis-je vous parler ? — murmura-t-elle. — À propos de quoi ? — À propos de Béatrice. Elle sent bien qu’elle n’est pas traitée comme les autres. La belle-mère reposa sèchement une assiette sur la table. — Je ne vois pas ce que tu veux dire. — Vous savez très bien. Les enfants ressentent tout. Elle a pleuré ce matin. Elle ne voulait pas venir. — Et qu’est-ce que je fais de mal ? — Marguerite se retourna — Je lui donne à manger, je l’invite ici. — Mais elle comprend la différence. Quand Arthur vient, vous l’embrassez, lui offrez des cadeaux. Avec Béatrice, c’est froid. — Parce qu’elle n’est pas de moi ! — explosa la grand-mère. — Ce n’est pas moi qui l’ai portée ! Elle a sa propre grand-mère, qu’elle s’en occupe ! — Madame Marguerite, Béatrice n’y est pour rien si elle n’est pas la fille de Jean. C’est votre petite-fille depuis cinq ans. Il l’a adoptée, elle porte votre nom. — Tout ça, c’est du papier — elle leva les yeux au ciel. — Le sang, c’est le sang. Arthur, c’est mon petit-fils, l’autre… une filleule, à la rigueur. Caroline sentit sa gorge se nouer. — Alors vous n’aimerez jamais ma fille ? — Pourquoi j’aimerais ? Quand vous aurez des enfants à vous, on en reparlera. À cet instant, Béatrice entra dans la cuisine. — Maman, pourquoi mamie dit que je suis seulement sa filleule ? — demanda-t-elle d’une voix tremblante. — Je suis sa petite-fille ! Caroline comprit que la fillette avait tout entendu. Marguerite rougit. — Béatrice, va voir papa — demanda Caroline. — Non ! Je veux savoir pourquoi mamie ne m’aime pas ! — Béatrice, je t’aime bien — tenta Marguerite. — C’est faux ! Tu viens de dire que je suis juste ta filleule ! Moi je suis la fille de papa Jean ! La fillette quitta la pièce en pleurant. Caroline lança un regard furieux à sa belle-mère et la suivit. Dans le salon, Béatrice était assise contre Jean, en larmes. Il lui caressait les cheveux, sans comprendre. — Que se passe-t-il ? — Ta mère vient de traiter Béatrice de filleule — dit froidement Caroline. — Et ce n’est pas la première fois. Jean pâlit. — Maman, c’est vrai ? Marguerite sortit de la cuisine, honteuse. — Mon fils, je n’ai pas voulu… C’est arrivé. — Mamie a dit que je n’étais pas sa petite-fille — sanglota Béatrice. — Que j’avais ma propre mamie. Jean se leva, la mâchoire crispée. — Maman, comment peux-tu dire ça ? — Mon fils, je… …Finalement, après beaucoup de larmes et de discussions, la grand-mère Marguerite finit par prendre Béatrice dans ses bras, et lui promit de l’aimer comme une vraie petite-fille. Dès ce jour, la fillette ne se sentit plus jamais seule dans la famille. La Deuxième Fois, Ça Compte Aussi : L’histoire de Béatrice, Jean et Mamie Marguerite, ou Comment l’Amour se Construit au Fil du Temps dans une Famille Recomposée Française
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