Tu trouveras ton bonheur. Inutile de te presser. Il faut laisser faire le temps.
Ma chère histoire concerne Amélie, une jeune femme à la drôle de tradition. Chaque année, à lapproche du Nouvel An, elle se rendait chez une voyante. Vivre à Paris lui permettait de choisir une nouvelle voyante sans difficulté.
Il faut dire quAmélie se sentait bien seule. Malgré tous ses efforts pour rencontrer un homme élégant, rien ny faisait. Tous les gentlemen semblaient déjà casés
Cette année, tu rencontreras ta destinée ! proclama solennellement la voyante aux yeux sombres, scrutant la sphère de cristal.
Mais où exactement ? Où vais-je le croiser ? insista Amélie, impatiente. On me dit la même chose chaque année. Le temps passe, et le destin ne vient jamais.
Une amie ma recommandée de venir vous voir, apparemment vous êtes la meilleure voyante du quartier. Je veux une réponse précise ! Sinon, je vous promet une mauvaise publicité la menaça-t-elle gentiment.
La voyante, visiblement lassée, leva les yeux au ciel. Convaincue quAmélie nabandonnerait pas facilement, elle se dit quil valait mieux inventer quelque chose pour éviter de bloquer la file dattente des curieux.
Tu le rencontreras dans un train ! dit-elle en fermant les yeux. Je vois un grand blond magnifique, un vrai prince tout droit sorti dun conte de fées
Oh, génial ! senthousiasma Amélie. Mais dans quel train, et à quelle date ?
Juste avant le Nouvel An ! continua la voyante, amusée. Va à la gare. Laisse ton cœur choisir la direction
Merci ! sourit Amélie, comblée.
En sortant du vieux immeuble, Amélie monta dans un taxi et fonça vers la Gare de Lyon. Devant la borne de la SNCF, son enthousiasme fondit un peu. Incertaine, elle regardait le tableau de départs, sans trop savoir où prendre son billet
Je vous écoute ! simpatienta la guichetière.
Marseille Pour le trente décembre. Une place en compartiment. balbutia Amélie.
Elle simaginait déjà dans le cocon du train, une tasse de thé à la main, quand soudain la porte souvrirait et quil entrerait, son prétendant
De retour chez elle, Amélie commença à préparer à la hâte sa valise avec les essentiels le train partait tard dans la soirée.
Elle ne pensait pas vraiment aux conséquences de ce voyage. Ni à ce quelle ferait à Marseille pour le réveillon. Un seul souhait lanimait : que la prédiction de la voyante se réalise.
Cest douloureux de se sentir seule et inutile, surtout pendant les fêtes. On voyait les familles remplir leurs paniers pour le réveillon, soffrir des cadeaux Tous, sauf elle.
Quelques heures plus tard, Amélie se retrouva dans le compartiment, sa tasse de thé fumant à la main. Comme elle lavait imaginé. Il ne restait plus quà attendre lentrée du prince.
Bonsoir ma chère ! lança une vieille dame en traînant une énorme valise dans le compartiment. Où est la deuxième place ?
Ici répondit Amélie en désignant la couchette en face, un peu décontenancée. Êtes-vous bien dans le bon wagon ?
Oui, ma chérie, je ne me trompe jamais. sourit la dame, et elle sinstalla confortablement.
Excusez-moi, puis-je passer ? murmura Amélie, soudain prise de doute. Elle comprenait maintenant quelle sétait lancée dans une vraie bêtise. Je voudrais descendre ! Jai changé davis, je ne veux plus partir !
Attends, que je range mon sac répondit la vieille dame, sans vraiment comprendre la situation.
Voilà Le train bouge déjà soupira Amélie, dépitée. Et maintenant ?
Quest-ce qui te fait changer davis si brusquement ? Tu as oublié quelque chose ? demanda la vieille dame.
Amélie se détourna, regardant par la fenêtre. Elle se rendait compte que la pauvre nétait pas responsable de son malheur, elle seule sétait créé ses soucis.
La vieille dame, madame Monique Lefèvre, sortit alors de son sac des petits chaussons tout chauds, faits maison, et voulut en offrir à Amélie.
Je reviens de chez ma fille à Nice partagea Monique. Maintenant, je rentre à Paris ; mon fils et sa fiancée viendront fêter le Nouvel An à la maison.
Quelle chance Moi, je vais sûrement passer le réveillon à la gare soupira tristement Amélie.
Un mot en entraînant un autre, Amélie finit par raconter toute la vérité sur son étrange périple à cette gentille mamie.
Mais enfin, tu es bien naïve ! Pourquoi courir chez tous ces charlatans ? la gronda Monique. Tu trouveras bien ton bonheur. Il faut savoir attendre Tout vient à point à qui sait attendre.
Le lendemain, Amélie descendit sur le quai dune ville quelle ne connaissait pas du tout. Amélie aida gentiment Monique à sortir sa valise, puis resta plantée là, sans rien savoir faire.
Merci Amélie ! Bonnes fêtes à toi ! la remercia Monique.
Bonnes fêtes à vous aussi répondit Amélie, un sourire triste aux lèvres.
Monique la regarda avec bienveillance, cherchant comment encourager la jeune femme. Elle savait quaccueillir la nouvelle année sur un banc de gare nétait pas vraiment enviable.
Amélie, viens donc chez moi ! proposa-t-elle soudain. Nous décorerons le sapin, préparerons le repas de fête
Vous êtes trop gentille Mais vraiment, je ne voudrais pas vous déranger, hésita Amélie.
Et rester seule à la gare, cest mieux ? plaisanta Monique. Viens donc. On nen discute même pas !
Finalement, Amélie accepta linvitation. Monique avait raison. Dehors, il neigeait à gros flocons ; il aurait été absurde de traîner seule à la gare.
François et Élise sont déjà à la maison sourit Monique.
François aperçut sa mère arriver en taxi alors quil ouvrait la porte de limmeuble. Il se hâta daider à porter la lourde valise.
François, mon chéri, bonsoir ! Et je ne suis pas seule, jai une invitée. Cest la fille dune vieille amie, Amélie dit-elle malicieusement en jetant un clin dœil à Amélie.
Ravi de vous accueillir, Amélie ! répondit François, avec un grand sourire.
La jeune femme rougit devant ce beau grand blond, exactement celui quelle avait rêvé dans le train. Ah ! Le destin joue de drôles de tours
Où est Élise ? demanda Monique.
Maman, Élise nest plus là, et elle ne reviendra pas. Je préfère ne pas en parler, sil te plaît répondit sombrement François.
Daccord murmura Monique perdue.
Le soir venu, tous étaient réunis autour de la table, attendant la nouvelle année.
Amélie, allez-vous rester longtemps chez nous ? demanda gentiment François en servant du taboulé dans lassiette de la jeune femme.
Non Je partirai demain matin, répondit-elle avec un brin de tristesse.
Pourtant, elle navait aucune envie de quitter ce foyer si chaleureux. Elle avait limpression de connaître Monique et François depuis toujours.
Où veux-tu partir ainsi ? sindigna Monique. Amélie, reste donc encore un peu.
Cest vrai, Amélie, il faut que tu profites. Il y a une magnifique patinoire en ville, demain soir si tu veux on peut y aller ! Ne pars pas trop vite ajouta François.
Vous mavez convaincue, sourit enfin Amélie. Je reste avec grand plaisir.
Lannée suivante, ils fêtaient le Nouvel An tous ensemble : Monique, François, Amélie et le petit Théo
Et vous, croyez-vous aux miracles du Nouvel An ?




