Serge a acheté le plus beau bouquet de fleurs et s’est rendu à son rendez-vous galant. Tout sourire, il attendait près de la fontaine Saint-Michel, son bouquet à la main. Mais aucune trace de Léa. Il se retourna, tenta de l’appeler – pas de réponse. « Elle doit être en retard », pensa-t-il, et recomposa son numéro. Cette fois, Léa décrocha. « Je suis déjà là, tu es où ? » demanda Serge aussitôt. « Tout est fini entre nous ! », répondit-elle soudain. « Quoi ? Pourquoi ? » resta Serge bouche bée. « À cause de TON bouquet ! » s’exclama la jeune femme. « Qu’est-ce qu’il a, mon bouquet ? » répliqua-t-il, complètement perdu.

François avait acheté le plus beau bouquet de fleurs et se dirigeait dun pas enthousiaste vers son rendez-vous. Le cœur léger, il attendait près de la fontaine de la place centrale, le bouquet à la main. Mais point dÉlodie. Il scruta les alentours et composa son numéro. Pas de réponse.
Peut-être est-elle un peu en retard, pensa-t-il en rappelant aussitôt. Cette fois, Élodie décrocha.
Je suis déjà là, tu es où ? demanda François demblée.
C’est fini entre nous, répondit soudain Élodie.
Quoi ? Mais pourquoi ? balbutia François, stupéfait.
À cause de ton bouquet ! lâcha-t-elle de manière inattendue.
Mon bouquet ? Quest-ce quil a ? sétonna-t-il, complètement perdu.

Cela faisait bien longtemps que François arpentait la boutique de fleurs. Roses rouges, tulipes jaunes, lys blancs, compositions en pot ou en vase, bouquets raffinés et décorés avec goût pour tous les goûts. Pourtant, François hésitait, mal à laise.

Il se souvenait vaguement dune conversation sur les fleurs avec Élodie, mais impossible den retrouver les détails.

Elle lui avait dit détester certaines fleurs, mais en adorer dautres, et pouvoir les contempler des heures durant.

Mais cétait lors de leur première rencontre : elle parlait beaucoup, et François était sous le coup de lémotion, du kir royal partagé au café, et du charme tout simple dÉlodie.

Dordinaire, il était bavard, mais ce jour-là, il se contentait dacquiescer, tout émerveillé par cette fille gracieuse, sa longue chevelure lisse, la courbe élégante de son cou, les fossettes sur ses joues satinées. Cétait peut-être ça, tomber amoureux ?

Au fond, quimporte ce quelle avait dit La soirée était splendide !

Maintenant, impossible de se rappeler quelles fleurs elle affectionnait.

Regardez ces magnifiques gerberas ! lança la fleuriste. Cest un cultivar rare, on en trouve rarement à cette saison.

François commençait à se presser. Il fallait trancher.

Mais voilà quau moment précis où il sapprête à se décider, le téléphone sonne. Sa mère, toujours prompte à lappeler ces derniers temps.

Alors, François, tu as choisi ? Cest vendredi, tu pourrais passer à la maison ce week-end ?
Non, maman, jai des choses à faire

Ta grand-mère tattend, elle ne quitte pas la fenêtre des yeux, elle demande toujours après toi.
Désolé, maman, jai beaucoup à faire

Il écourta vite la conversation.

Sa mère linvitait à revenir dans le village natal, où elle vivait avec sa propre mère.

Ce nétait pas la première fois quelle appelait et François sentait monter en lui une irritation, quil peinait à réprimer.

Grand-mère nallait pas mieux depuis longtemps Mais pouvait-il tout laisser en plan pour rester auprès delle sans arrêt ? Il avait ses propres soucis !

Il fallait dire que ses pensées étaient maintenant entièrement tournées vers cette nouvelle relation. Il rêvait, espérait, tout faisait pour que ses espoirs prennent vie.

Si ce rendez-vous se passait bien, dès demain il pourrait inviter Élodie à la campagne.

Il savait exactement où : une charmante petite pension pas loin dici, où lon respire la tranquillité à pleins poumons.

Au fond, sa mère ne souhaitait-elle pas le voir enfin heureux et accompagné ? Il allait donc satteler à la tâche.

Encore fallait-il se rappeler quelles fleurs aimait Élodie. Quelle mémoire défaillante ! Était-ce si grave, après tout ?

La vendeuse, lassée, le regardait en silence, à force de suggestions sans succès.

Je crois quÉlodie avait dit un jour quelle naimait pas les épines des roses Mieux vaut éviter les roses, alors !

François opta finalement pour un bouquet splendide de gerberas roses et blancs. Après tout, ce nétait quune attention, juste un bouquet. Et il était déjà en retard, la pause déjeuner touchait à sa fin.

Ils sétaient donné rendez-vous près de la nouvelle fontaine municipale. François était en retard, retenu par une réunion impromptue : le chef avait convoqué tout le monde à la dernière minute. Une éventuelle augmentation de poste à la clé, semblait-il.

Il avait prévenu Élodie, lui expliquant le retard, puis mis son téléphone en silencieux. Sa mère lappela pendant la réunion, mais cette fois, impossible de répondre.

Dès la réunion terminée, il fonça, pied au plancher, vers la place où Élodie lattendait, bouquet à la main.

Elle nétait pas là. Il chercha des yeux, traversant la place, puis composa à nouveau son numéro. Pas de réponse.

François sassit sur un banc. Peut-être était-elle simplement en retard, elle aussi.

Il se souvint alors quil navait pas rappelé sa mère, mais sabstint de composer, de peur de rater un appel dÉlodie. Mais son téléphone resta muet. Dix minutes plus tard, il prit linitiative de la rappeler.

Cette fois, Élodie répondit.

Élodie, où es-tu ? Je tattends depuis tout à lheure.
Je sais. Je suis au café den face, au deuxième étage. Je te vois depuis un moment.
Vraiment ? François scruta les fenêtres du café sans lapercevoir. Tu peux descendre ? Ou
Tu es en retard, le coupa-t-elle.
Oui, Élodie, excuse-moi. Je tavais appelé pour tavertir, cest mon chef qui ma retenu.
Et les fleurs !
Quoi, les fleurs ? Je ne comprends pas
Tu ne te rappelles même pas celles que jaime !
Élodie, il ny en avait pas !
Les roses ? Tu nas pas deviné que jaimais les roses ? On en trouve partout ! Je ten ai parlé tant de fois pourtant Et toi
Je vais me rattraper Jarrive, je vais te retrouver.

François entra dans le café. Il la trouva au fond de la salle, assise, le dos tourné à la fenêtre.

Il sapprocha doucement, et, nosant plus lui offrir en main propre le bouquet, le déposa simplement sur la table. Élodie ny jeta même pas un regard.

François, dhabitude si à laise à loral, redoubla de charme pour se faire pardonner.

Il crut y parvenir : Élodie commença à sourire à nouveau.

Ils burent un café, puis se levèrent pour partir. Élodie navait pas touché le bouquet resté sur la table :

Vous oubliez votre bouquet leur lança une jeune serveuse très courtoise, qui accourut derrière eux.

Il est pour vous, répondit François avec un sourire.

Oh merci ! La serveuse sembla ravie, quoiquun peu surprise.

Élodie, elle, avait retrouvé un pli triste.

Élodie, je vais tacheter un énorme bouquet de roses, tout de suite !
Merci, murmura-t-elle, ce nest pas la peine. Les fleurs, jen ai assez pour aujourdhui.

Ils descendirent lescalier, François suivant sa compagne contrariée. Le téléphone sonna de nouveau, sa mère, encore.

Excuse-moi, je dérange ?
Élodie navait rien entendu.

Non, maman, tu tombes bien. Je passerai demain.

Ce soir-là, ils se séparèrent sans difficulté. François, déjà résigné, sentait quil ne la reverrait plus.

Le lendemain, il filait déjà à travers les champs familiers.

Là, jusquà lhorizon, sétendaient les ondes dun océan de couleurs. Le vent secouait ce tapis vivant de mille nuances.

François sarrêta, descendit dans cette mer bariolée. Tel un fleuriste consciencieux, il cueillit patiemment les plus belles tiges, celles qui lui plaisaient vraiment.

Il le sentait : celles à qui il sapprêtait à offrir ces fleurs sauraient les apprécier, ici il ne se tromperait pas.

Avant de passer la porte de la maison, il partagea le bouquet en deux.

Sa mère lembrassa sur les deux joues, rayonnante, tandis que sa grand-mère

On aida Grand-mère à se lever. De ses mains frêles et tremblantes, elle prit le bouquet tendu, effleurant à peine les pétales la vue lui faisait défaut.

Cela faisait si longtemps quon lui avait offert des fleurs

Elle plongea doucement son visage dans la gerbe, et tout son être, encore jeune au fond, respira ces odeurs familières, réveillant dans son esprit les souvenirs enfouis de sa jeunesse, lancés à lappel du parfum des champs, soulevant son âme.

Ce nétaient plus de simples souvenirs, mais la sensation même de lattente, du renouveau, du bonheur simple de linstant présent.

Comme la vie était douce ! La vie continuait, et elle continuait en son petit-fils.

François sinstalla près de sa grand-mère, posa la tête sur ses genoux, et elle caressait ses cheveux, sinquiétant tout de même dabîmer les fleurs quelle tenait si précieusement

Allongé, François pensait quun jour, il rencontrerait celle quil chercherait tant, une jeune femme ressemblant à ses deux femmes préférées. Ils saimeraient, comme savaient saimer ses grands-parents, ses parents. Il fallait seulement sentir le moment venu.

Longtemps, sa grand-mère refusa de donner les fleurs à sa fille.

Attends Porte dabord de leau celle du puits Prends un vase large Mets-les ici que je puisse les voir

Le petit-fils avait offert des fleurs.

Des fleurs qui pullulaient à perte de vue, mais celles-ci Celles-ci étaient uniques. Celles-ci, son petit-fils les lui avait offertes.

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Serge a acheté le plus beau bouquet de fleurs et s’est rendu à son rendez-vous galant. Tout sourire, il attendait près de la fontaine Saint-Michel, son bouquet à la main. Mais aucune trace de Léa. Il se retourna, tenta de l’appeler – pas de réponse. « Elle doit être en retard », pensa-t-il, et recomposa son numéro. Cette fois, Léa décrocha. « Je suis déjà là, tu es où ? » demanda Serge aussitôt. « Tout est fini entre nous ! », répondit-elle soudain. « Quoi ? Pourquoi ? » resta Serge bouche bée. « À cause de TON bouquet ! » s’exclama la jeune femme. « Qu’est-ce qu’il a, mon bouquet ? » répliqua-t-il, complètement perdu.
L’aube nous a surpris sur une route poussiéreuse, quittant le village. Dans une main, je serrais la petite paume de Sophie.