Une nouvelle famille vaut-elle plus que l’ancienne ? L’histoire d’Artur, l’enfant modèle qui annonce soudain ses fiançailles à sa mère, Raïssa – entre chagrin maternel, jeune épouse intrigante, et secrets d’appartement parisien

Une nouvelle famille vaut-elle plus que lancienne ?

Maman, laisse-moi te présenter Camille, ma fiancée, annonça Arthur tout guilleret depuis lentrée, enveloppant la taille de la jeune fille rougissante. On a déposé notre dossier à la mairie aujourdhui.

Eh bien, félicitations balbutia Raymonde, essuyant ses mains sur le torchon. Elle venait juste de terminer le dîner. Entrez donc au lieu de rester plantés devant la porte !

La nouvelle surprit Raymonde désagréablement. Arthur, cétait son chef-dœuvre, sa fierté, son rayon de soleil Un garçon bien élevé, poli, irréprochable. Elle se voyait déjà grand-mère et il lui balance quil va se marier comme on commande une baguette à la boulangerie.

Raymonde trouvait tout ça profondément injuste. Dernière informée, alors quelle nest quand même pas un dragon prêt à gronder à la moindre annonce ! Au contraire, elle aurait sauté de joie, aurait tout fait pour les aider à organiser leur mariage

Maman, désolé de ne rien avoir dit plus tôt, bredouilla le garçon en la prenant maladroitement dans ses bras. Tout est allé si vite Je suis tombé amoureux comme un ado, coup de foudre, pour la vie !

Mais tu es encore un gamin, 25 ans ce nest quand même pas un âge ! sourit Raymonde, en enfouissant sa peine au fond de son tablier. Dis-moi plutôt vos projets. Vous comptez vivre où ?

Chez toi, si tu es daccord, souffla Arthur, soulagé que sa mère ne sénerve pas. Le temps de trouver quelque chose à acheter.

Pourquoi je serais contre ? sétonna-t-elle franchement. Lappartement est grand, on nest pas à létroit.

Camille, qui serrait son petit sac près de la porte, esquissa un sourire ravi puis reprit immédiatement son air sérieux. La priorité, cest de séduire la belle-mère létape « caractère trempé » attendra après la noce.

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Le mariage fut somptueux, presque à la hauteur dun épisode de Quatre mariages pour une lune de miel. Raymonde ne regarda pas à la dépense, liquida le bas de laine jalousement gardé et, cerise sur le gâteau, offrit même un voyage sur la Côte dAzur aux jeunes mariés, histoire quils profitent avant que le quotidien (et le landau) ne débarque. Car Camille venait dannoncer sa grossesse.

Raymonde nétait pas franchement hostile au choix sentimental de son fils Elle trouvait seulement cette Camille bien trop polie et trop conciliante pour être honnête. Sourire sur tout, daccord sur tout, pas un mot plus haut que lautre À croire quelle portait des gants blancs.

La sœur de Raymonde, Martine, samusait beaucoup de ses jérémiades.

Considère que tu as décroché le gros lot ! question belle-fille douce, tu as tiré le ticket gagnant. Mais attends un peu Quand elle aura pris ses aises au logis, tu risques de la trouver bien moins mièvre. Puis elle se fit soudain grave. Mais garde lœil ouvert, mieux vaut prévenir que guérir. Il y en a plus dune qui joue les anges devant tout le monde et te tord le cou entre deux portes

Prophétique, Martine. Car à peine lencre du livret de famille sèche que Camille se transforma radicalement. Profitant du fait quArthur était accaparé par son boulot, elle commença à rendre la vie impossible à Raymonde.

La jeune femme osa même affirmer sans détour quelle ne voulait « aucun étranger dans son petit nid ». Raymonde faillit tomber de sa chaise la première fois. Elle ? Un étranger chez elle ! Ce soir-là, elle décida donc daller voir son fils pour lui demander de recadrer sa moitié.

Maman, tu prends tout de travers soupira Arthur, convaincu que son épouse ne ferait jamais une chose pareille. Elle est adorable, gentille et parfaite !

Camille, entendant les mots de son mari, arbora un petit sourire triomphant. Tout se passait comme prévu.

Deux jours plus tard, Camille accueillit son mari en larmes. Elle affirmait que rester seule avec Raymonde leffrayait, que sa belle-mère aurait tenté de lintoxiquer.

Tu sais bien, disait-elle, la voix chevrotante, que je suis gravement allergique au miel. Je voulais aider au petit-déjeuner, et jentends ta mère mettre du miel dans la pâte à crêpes ! Mais moi, jai eu peur !

Arthur ne réfléchit pas une seconde et vola demander des comptes à sa mère, hurlant quil nétait plus un petit et gérait désormais sa vie, quil ne tolérerait aucun tort envers sa famille.

Raymonde, livide, ne comprenait plus rien. Chaque mot quelle prononçait déclenchait un torrent dagressivité. Prise dangoisse, elle fouilla son sac pour ses cachets, mais Arthur, aveuglé de colère, ne voyait plus rien.

Raymonde, à bout, empoigna son manteau et fila chez sa sœur. Elle ne comprenait plus où elle avait failli, pourquoi son garçon lui tournait ainsi le dos. Sa peine lui vrillait le cœur.

Quelques mètres avant la porte de Martine, Raymonde se sentit encore plus mal et seffondra.

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Deux semaines sétaient écoulées depuis les obsèques de Raymonde. Arthur traînait une mine denterrement et se rongeait de remords. Camille, elle, tentait vainement de le réconforter avec un verre deau à la main.

Chéri, je comprends ta douleur, mais il faut penser aux vivants, susurrait-elle en caressant son ventre dévoué. Te voir comme ça me fait tout autant de mal.

Arthur restait muet comme une carpe, ce qui agaçait prodigieusement Camille. Son plan avait marché, même si elle navait pas prévu daller jusquau bout de lirréversible. Elle espérait simplement obtenir un échange dappartement, pas… ça. Mais tout bien réfléchi, cétait encore mieux.

Cest alors que la porte souvrit sur Martine, qui entra tout naturellement, ses clés à la main.

Comment osez-vous entrer ici comme chez vous ? soffusqua Camille.

Mais je rentre effectivement chez moi ! répliqua Martine, narquoise. Tu ne savais pas ? Cet appartement mappartient.

Le verre tomba des mains tremblantes de Camille. Quoi ? Tant defforts, tant dintrigues pour rien ?

Arthur, quest-ce que ça veut dire ?! bredouilla-t-elle, à la limite de la crise nerveuse.

Simple, répondit-il, lair las. Maman économisait pour racheter lappartement à ma tante, elle a tout dépensé pour notre mariage

et moi, jenvisageais den faire don à votre futur bébé, mais là, ça mest passé ! Trois jours pour partir, sinon, jappelle la police, trancha Martine.

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P. S.

Arthur est resté vivre dans lappartement de sa tante. Seul. Camille, elle, a plié bagage le soir même, déclarant que lenfant nétait même pas de lui Et hop, rideau.

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Une nouvelle famille vaut-elle plus que l’ancienne ? L’histoire d’Artur, l’enfant modèle qui annonce soudain ses fiançailles à sa mère, Raïssa – entre chagrin maternel, jeune épouse intrigante, et secrets d’appartement parisien
Katya se réveilla en sursaut au cri de sa petite Sofia. Encore une nuit blanche pour son bébé qui fait ses dents… et ces cauchemars qui n’en finissent pas. Voilà déjà huit mois qu’André n’est plus là, mais il lui revient toujours en rêve. — Courage, mon trésor, murmura-t-elle, serrant sa fille contre elle. On va s’en sortir, toi et moi. Il fallait bien se débrouiller seule : son beau-père avait sombré dans l’alcool après la mort de son fils, sa mère vivait loin à la campagne, malade… Quant aux amies, elles s’étaient peu à peu écartées, happées par leur propre vie. Ce matin-là, Katya osa pour la première fois emmener sa fille profiter des bords de la Seine. C’était un doux mois de novembre, sans gel, le soleil perçait entre les branches nues. — Regarde, ma petite Sonia, comme les moineaux volent ! montra-t-elle à la fillette. C’est alors qu’elle le vit : un gros chien roux, hirsute, qui les fixait à distance du chemin, sans animosité, comme s’il guettait quelque chose. — Il est perdu, on dirait, marmonna Katya en serrant la poussette contre elle. Mais le chien ne bougea pas. Il ne faisait que les observer de ses grands yeux d’ambre. Le lendemain, il réapparut. Et le surlendemain aussi. Désormais, il les suivait partout, s’arrêtant toujours à une vingtaine de mètres : ni familier, ni fuyard. — Mais qu’est-ce qu’il me veut ? soupira Katya, alors qu’elle croisait la voisine, Mamie Jeanne, près de la grille. — Katya, tu aurais adopté ce chien ? — Non voyons ! Il s’est accroché comme ça, sans prévenir. Mamie Jeanne hocha la tête : — Je trouve qu’il veille sur vous. Il surveille autour, tu as vu ? C’était vrai : le chien semblait monter la garde. Quand l’ivrogne du quartier s’approcha trop près de la poussette, il grogna. Quand des corneilles effrayèrent Sofia, il les chassa aussitôt. À force, Katya finit par s’habituer à son silencieux gardien. Elle lui attribua un nom : Rouky, pour sa couleur. — Tu veux un bout de pain ? proposa-t-elle un jour en lui offrant une croûte. Il la prit délicatement, mais n’en mangea pas ; il alla la déposer un peu plus loin. — Quelle fierté, celui-là, sourit Katya. Puis arriva l’événement qui bouleversa toute leur vie. Un jour de décembre humide, neige et pluie mêlées, Katya rentrait vite de chez le médecin : Sofia toussait, enrhumée. — On arrive, ma puce, on tient le coup… Soudain Rouky, qui trottait derrière, bondit en avant. À ce moment précis, un grincement retentit au-dessus : une barre métallique glissait du toit droit sur la poussette. Rouky eut le temps de la détourner du choc de tout son corps. La barre tomba bruyamment, effleurant le chien. — Mon Dieu ! s’affola Katya en vérifiant sa fille, épouvantée mais indemne. — Rouky, mon pauvre… Le chien boitait. Chez le vétérinaire du quartier qu’elle força à examiner le chien blessé, le vieux praticien scruta longuement l’animal. — Mais… je le reconnais ! C’est Ouragan, le chien d’un gardien de société… Son maître a disparu dans la forêt il y a un an et demi. Depuis, il ne se laissait plus approcher. Katya blêmit : — Disparu ? Il y a un an et demi ? — Oui, triste histoire… Il était jeune, sa femme était enceinte… Katya s’assit, prise de vertige. Son mari lui avait souvent parlé, au travail, d’un chien dressé spécialement… Elle ne l’avait jamais vu. Était-ce possible ? — André… murmura-t-elle. C’était mon André. Le vétérinaire passa du chien à Katya, stupéfait : — Attendez… c’est donc vous ? Alors Rouky—Ouragan—posa sa tête sur ses genoux, gémissant doucement, pour la première fois. Ils rentrèrent ensemble ce soir-là, Katya, Sofia et Ouragan. Il était désormais des leurs. — Tu nous as retrouvées, hein ? confia Katya en caressant la tête chaude, — c’est André qui t’a envoyé, pas vrai ? Le chien soupira, les yeux fixés sur le berceau de Sofia. Le temps passa : Sofia apprit à marcher, cramponnée à la fourrure rousse, puis à parler — ses premiers mots furent “maman” et “Ouyan” (le “r” lui échappait). Katya reprit le travail, rassurée de confier sa fille à un gardien aussi fidèle. Dans le quartier, on murmurait : “Avez-vous vu la chienne de Katya ? Elle veille sur la petite mieux que personne !” Mais Katya seule savait pourquoi : Ouragan obéissait à la dernière volonté de son maître — protéger la famille. À chaque messe d’anniversaire, elles allaient ensemble à l’église. Sofia allumait une bougie pour son papa. Et Katya murmurait : — Ne t’inquiète pas, mon amour. Nous sommes protégées. Par le garde le plus loyal du monde. Quelque part, là-haut, André souriait en voyant les siens : sa femme, sa fille et son fidèle compagnon, qui ne les quitterait jamais. *Une mère courage et son ange gardien à quatre pattes : l’histoire bouleversante de Katya, Sofia et Ouragan, le chien venu d’un amour perdu*