Ma belle-fille de cœur – Quand mon fils m’a annoncé : « Maman, j’épouse Émilie. Nous attendons un bébé dans trois mois », j’ai su que leur histoire ne serait pas simple. Entre une jeune mariée pas encore majeure, un fils qui devait partir à l’armée, des mariages précipités, des années de doutes, de trahisons, de divorces, une petite-fille prénommée Basile, des nouvelles épouses et d’interminables questions de belle-mère, voici quinze ans de ma vie entre la tendre Émilie et l’ambitieuse Jeanne… Et si l’on ne sait la vraie valeur des êtres qu’une fois qu’on les a perdus ?

12 février

Maman, je vais épouser Élodie. Dans trois mois, nous serons parents, ma annoncé mon fils, le ton ferme.

Ce nétait pas tout à fait une surprise pour moi ; il mavait déjà présentée à Élodie. Mais son jeune âge me laissait perplexe. Elle navait même pas encore dix-huit ans, et mon fils devait bientôt partir pour son service militaire. Des enfants, et pourtant déjà pressés de bâtir leur propre famille alors que le bébé pointait le bout de son nez.

Trouver une robe de mariée pour Élodie na pas été chose aisée, son ventre arrondi du septième mois ne facilitant pas les choses.

Une fois la fête du mariage passée, les jeunes se sont installés chez les parents dÉlodie. Cependant, chaque semaine, mon fils venait chez moi. Il senfermait dans sa chambre en demandant à ne pas être dérangé. En tant que mère, cela minquiétait.

Un jour, jai appelé Élodie.

Tout va bien avec Arthur ?
Bien sûr. Pourquoi ? toujours impassible, la voix dÉlodie était calme, presque froide.
Élodie, sais-tu où est ton mari en ce moment ? ai-je insisté, cherchant à comprendre.
Madame Lefort, occupez-vous de vos affaires. Nous réglerons ça sans vous, me lança-t-elle sèchement.

Cétait la première fois, mais hélas pas la dernière, où elle me parlait ainsi.

Excuse-moi de tavoir dérangée, ai-je dit prudemment avant de raccrocher.

Je suis dun naturel pacifique. Je nai pas cherché à mimmiscer davantage dans leur couple. Quils se débrouillent entre eux, je nallais pas devenir un obstacle.

Quelque temps plus tard, Élodie donna naissance à Margaux. Le prénom ne me plaisait guère, alors pour moi, ma petite-fille serait Lili.

Le jour du départ dArthur pour larmée arriva.

Durant ses deux années de service, je continuais à rendre visite à Lili. Jobservais, à chacune de mes visites, combien Élodie devenait de plus en plus belle, charmante même, presque dangereusement séduisante. Cela minquiétait. À l’université, où elle venait dentrer, les tentations ne manquaient pas. J’avais la conviction quune étudiante aussi vive nattendrait jamais son mari.

Élodie ne semblait pas vraiment mapprécier. Quand je passais la voir, elle soupirait lourdement, me refilait rapidement la poussette et minvitait à sortir me promener avec Lili. Son regard seul suffisait à me faire sentir de trop. Je sentais bien sa froideur, et savait quelle connaissait sa valeur. Je ne voulais pas attiser les tensions, jécourtais toujours mes visites.

Après son service, Arthur est finalement rentré. Tout semblait aller pour le mieux : Lili grandissait, Arthur ne quittait pas des yeux sa femme, Élodie sépanouissait en reine de la maison. Cela réchauffait le cœur dune mère, et la vie a filé comme cela pendant quinze ans.

Mais un jour, comme si Élodie était transformée. Les amants se succédaient ; elle ne cherchait même pas à cacher ses liaisons. Les ragots disent vrai : impossible de remettre le couvercle sur une marmite bouillante. Arthur a supporté ça trois ans, par amour pour elle, mais il en souffrait terriblement.

Elle, elle piquait, raillait, blessait. Jétais sidéré par son comportement. Mais jamais je nai abordé la question de la morale avec elle, pour tout dire, elle me faisait peur. Un regard dÉlodie, et même un saint se sentirait indésirable dans la pièce.

Arthur, tout va bien avec Élodie ? Vous êtes en froid ? tentais-je.
Ne tinquiète pas maman, tout va sarranger, me rassurait-il comme il pouvait.

Jai eu limpression quArthur portait une culpabilité qui lempêchait de réagir. Jai pris le risque daller parler à Élodie, tourmenté par la rupture imminente de leur famille.

Élodie, puis-je te demander quelque chose ? murmurais-je, craignant une tempête.
Madame Lefort, allez donc demander à votre fils ce quil fabrique réellement à la société ? Ma tante, qui y travaille aussi, ma tout raconté, en détails ! Bref, votre fils me trompe ! Cest lui qui a commencé ! cria-t-elle.

Je me suis vraiment demandé ce que je faisais dans cette histoire. Je nen ai jamais parlé à Arthur. Que sera, sera.

Peu après, Élodie et Arthur ont divorcé. Lili est restée vivre chez sa mère.

Arthur, lui, sest jeté à corps perdu dans les plaisirs : il changeait de femme comme de chemise, brunes, blondes, rousses, rien ni personne ne semblait pouvoir le rassasier.

Élodie sest remariée très vite. Cest Arthur qui ma annoncé la nouvelle, en pleurant. Elle fut une épouse attentionnée pour son nouveau mari.

La suivante sest appelée Sabine. Une petite brune vive et habile. Arthur avait trente-cinq ans, Sabine en avait quarante. Mon fils nageait dans le bonheur, prêt à tout lui offrir.

Demblée, Sabine fixa des règles : mariage en mairie, un appartement pour sa fille, et lassurance dêtre prise en charge de A à Z.

Arthur se pliait à toutes ses volontés.

Sabine, contrairement à Élodie, voulait me tutoyer, simposait en copine alors que je naimais pas ce genre de familiarité. Mais à vouloir éviter la tension, jai cédé. Les cadeaux offerts par Sabine avec largent de mon fils sentassent dans mon armoire, jamais portés. Je ny tiens pas.

Son sourire sonne faux, ses paroles manquent de sincérité, et je sens quelle naime pas Arthur. Pour elle, mon fils, cest un portefeuille. Les exigences de Sabine sont insatiables, elle rusait, chicanait. Rien à voir avec Élodie, qui criait peut-être fort, mais qui mappelait toujours madame Lefort et aimait sincèrement Arthur.

Sabine refuse de cuisiner, préférant acheter des plats préparés. Un jour, je lui ai fait remarquer :

Tu pourrais jouer les cordons-bleus pour Arthur, non ? Vous ne mangez jamais normalement.
Marie, apprends à chanter avant de critiquer le chanteur, ma-t-elle lancé sur un ton cinglant.

Ses amies fêtardes étaient prioritaires. Pour elle, le summum du plaisir, c’est la soirée dans un hammam de luxe, traîner au café sans but, flâner dans les boutiques chic. Au moindre désaccord, cest scène de théâtre, pleurs, crise, tout y passe.

Elle réclame la coquille dœuf pelée, comme on dit chez nous. Comment supporter une femme pareille ? Je pense encore aujourdhui que la rencontre entre Arthur et Sabine était une aberration, une faute de parcours.

Je repense souvent à Élodie, la femme de cœur, la vraie. Je me souviens de ses terrines de poisson, de ses choux farcis, de ses gâteaux succulents Pourquoi Arthur a-t-il brisé cette harmonie avec sa première femme ? Il na pas su garder une telle femme, cest sa faute. Heureusement, Lili ne moublie pas. Elle me fait plaisir avec de petits cadeaux.

Pour moi, Élodie fut la belle-fille de mon cœur, même si cest du passé. Cest une fois la chose perdue quon réalise sa valeur. Sabine nest quune figure de passage. Je plains mon fils. Je crois quau fond de lui, il aime encore Élodie. Mais ce chemin-là est désormais fermé.

La plus grande leçon que je tire de toutes ces années, cest quon ne choisit pas les chemins que prennent nos enfants, ni ceux de leurs amours. À vouloir tout arranger, on finit souvent par souffrir en silence. Jai compris que lessentiel était de rester un port sûr pour ceux quon aime, même sils préfèrent naviguer ailleurs.

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Ma belle-fille de cœur – Quand mon fils m’a annoncé : « Maman, j’épouse Émilie. Nous attendons un bébé dans trois mois », j’ai su que leur histoire ne serait pas simple. Entre une jeune mariée pas encore majeure, un fils qui devait partir à l’armée, des mariages précipités, des années de doutes, de trahisons, de divorces, une petite-fille prénommée Basile, des nouvelles épouses et d’interminables questions de belle-mère, voici quinze ans de ma vie entre la tendre Émilie et l’ambitieuse Jeanne… Et si l’on ne sait la vraie valeur des êtres qu’une fois qu’on les a perdus ?
Un cœur brisé par le choix d’une mère