Une Erreur Heureuse… J’ai grandi dans une famille monoparentale – sans père. Ce sont ma mère et ma grand-mère qui m’ont élevé. Dès la maternelle, j’ai ressenti le manque d’un père. Et à l’école primaire ! Je jalousais terriblement les camarades qui marchaient fièrement main dans la main avec leurs grands papas courageux, jouaient, faisaient du vélo et se promenaient en voiture avec eux. J’avais particulièrement de la peine quand un père embrassait son fils ou sa fille, les soulevait dans ses bras, et leurs rires résonnaient… Dieu, en les observant, je me disais : « Quel bonheur… » Moi aussi, j’ai “vu” mon père… Mais seulement sur une unique photo, où il souriait aussi joyeusement que les autres papas… Mais pas à moi ! Maman me disait qu’il était chercheur polaire, vivant là-bas, tout au nord, si loin qu’il ne pouvait pas venir. Parti travailler, mais il envoyait des cadeaux pour les anniversaires. Au CM1, à ma grande désillusion, j’ai compris qu’il n’y avait aucun papa polaire… Il n’en a jamais eu ! J’ai accidentellement entendu maman dire à grand-mère qu’elle n’avait plus la force de mentir à son enfant, ni de faire semblant d’envoyer des cadeaux de la part d’un père qui, en vérité, l’avait abandonné. Bien qu’il mène la belle vie, jamais il n’a appelé son fils, ni souhaité son anniversaire ou Noël. « Arthur adore ces fêtes ! Car ce sont les seuls jours où il ressent un peu le soutien de cet être lointain et mystérieux, mais tout de même proche. » Alors, avant mon anniversaire, j’ai dit à maman et grand-mère que je ne voulais plus de cadeaux de la part de ce « père » fantomatique. « Faites juste mon gâteau préféré, le “Mille et une plumes”, c’est tout. » Nous vivions modestement avec les salaires de maman et grand-mère. Étudiant, je travaillais comme manutentionnaire à la gare ou dans les magasins. Un jour, mon voisin, Vincent, m’a proposé de faire le Père Noël à sa place dans les crèches et chez les particuliers avant les fêtes. J’ai immédiatement décliné pour les crèches. Trop dur, il fallait jouer la comédie, avec la Mère Noël en duo. Mais pour les missions individuelles, chez les familles, j’ai accepté. Vincent m’a laissé son carnet de poèmes, de devinettes et l’adresse des “clients”. Le répertoire était simple, vite retenu – rien à voir avec les partiels ! La peur de me ridiculiser fut mon principal adversaire. Mais, à ma grande surprise, ma première tournée fut une réussite. Quand, après avoir visité tous les enfants, je suis rentré, fatigué mais satisfait, j’ai fait les comptes… j’étais fou de joie ! Jamais, en six mois de cartons portés le weekend, je n’avais gagné autant. Depuis, chaque hiver, je jouais le Père Noël ; l’été, je travaillais en brigade étudiante sur les chantiers. Côté vie personnelle, rien de bien sérieux pendant les études. Il me manquait le temps : apprentissage et petits boulots obligatoires. Des rencontres, bien sûr, mais pas de mariage en vue. « Quand j’aurai mon diplôme, un bon boulot, un salaire correct, un chez-moi… Là, je pourrai penser à fonder une famille. » Au sortir de l’école d’ingénieur, avec mon poste modeste et des moyens moyens, je rêvais d’acheter une voiture d’occasion. Le budget familial, désormais correct, ne suffisait pas. Je voulais vraiment mon véhicule. Je repris donc mon costume de Père Noël. Maman le ressortit du placard, le remit à neuf, ajouta paillettes – il scintillait ! La barbe blanche me plaisait : elle cachait mon visage. Je colla des sourcils touffus et, devant la glace, approuva définitivement mon look de vieil homme jovial. Maman soupira soudain : – Il serait temps, Arthur, que tu aies tes propres enfants, au lieu d’amuser ceux des autres. – Patience, maman ! Pour l’instant, souhaite-moi bonne chance ! Je répondis en l’embrassant et partis en quête d’un cachet sympathique. Une semaine avant le réveillon, j’ai publié une annonce dans Le Progrès. Quinze demandes sont tombées ! Après six visites, je lus la suivante : « 6, rue des Jardins, appt 19 ». Je descendis du tramway et me dirigeai vers l’immeuble. La rue des Jardins, presque la périphérie de Lyon, mal éclairée. Je trouvai vite le numéro 6, grimpai au deuxième et sonnai. Un petit garçon m’ouvrit, cinq ou six ans. – Dans ma cabane au bord du bois… – je commençai comme d’habitude. Mais l’enfant m’arrêta : – On n’a pas appelé le Père Noël ! – Je ne demande jamais d’invitation, je viens aux bons enfants ! – je répondis promptement, mais un peu déstabilisé. – Ta maman ou ton papa sont-ils là ? – Non. Maman est chez mamie, à côté, pour faire une piqûre. Bientôt, elle revient. – Et toi, comment t’appelles-tu ? – Arthur. « Tiens, un homonyme ! » pensai-je, amusé. Mais je me repris : je n’allais tout de même pas lui révéler mon prénom, j’étais le Père Noël ! – Arthur, où est votre sapin ? – Dans ma chambre. Il me prit la main, menant vers sa chambre, toute la maisonnée était de la plus grande simplicité. Sur la table de nuit, en guise de sapin, une branche de pin ornée de boules minuscules et une guirlande colorée. Deux photos dans la même sorte de cadre – un homme, une femme. Je m’approchai… et restai figé : sur la photo, c’était moi ! « Non, impossible… » Je regardai avec attention. Oui, c’est bien mon portrait d’étudiant en coupe-vent… Sur l’autre, une jeune femme, Élise Garnier. Je l’avais connue un été sur un chantier étudiant. La photo n’était plus celle de la jeune fille gaie de l’époque, mais une belle femme au regard doux et triste. – Qui sont-ils ? demandai-je, la voix tremblante. – Ma maman. – La tienne ? – Oui. – Elle s’appelle… Élise ? – lâchai-je. – Oh, c’est vrai ! Vous avez deviné ! Alors, vous êtes vraiment le Père Noël ! Je croyais qu’il n’existait pas ! – Et lui ? – montrai-je la photo de moi-même, comprenant peu à peu qu’Arthur était mon fils. – C’est mon papa ! Un vrai explorateur polaire ! Il vit sur une immense banquise… Maman dit qu’il est parti depuis que j’étais tout petit ; je ne l’ai jamais vu ni même connu. Mais il m’envoie toujours des cadeaux pour mon anniversaire et à Noël. Cette année, je trouverai celui de Papa sous mon oreiller, le matin du jour J, c’est le Père Noël qui le cache là ! J’étais sidéré, repensant à mon propre “papa polaire” de l’enfance. Se pourrait-il que toutes les mères envoient les papas indignes au Pôle Nord ? Et me voilà l’un d’eux… Un coup au cœur. Le roman passionné mais bref avec Élise… En nous séparant, nous avions échangé nos numéros. Mais à mon retour, je ne l’ai jamais appelée et mon portable a vite disparu. Souvent, je pensais à elle, puis la routine, les copains, les rencontres, tout cela a effacé son souvenir. Mais elle, elle vivait toujours ici, ne m’avait pas oublié, et élevait seule notre fils, gardant ma photo près de la sienne. J’allais tout avouer à Arthur, mais la porte s’ouvrit, Élise entra : – Mon chéri, pardon pour le retard. J’ai dû appeler le Samu pour mamie Jeanne, elle est partie à l’hôpital. En me voyant : – Oh ! Mais on n’a pas réservé de Père Noël ! Les larmes de bonheur m’ont submergé. J’ai arraché le bonnet, la barbe, les sourcils… – Arthur ?! – fit Élise, stupéfaite. Abasourdie, elle s’écroula sur le tabouret et fondit en larmes, tant et si bien qu’Arthur en fut un peu effrayé. Mais face à son fils, Élise reprit vite ses esprits. Je lui expliquai que j’étais venu “du pôle Nord”, devenu Père Noël pour leur faire une surprise à lui et à sa maman. Arthur n’en croyait pas ses yeux, riait, chantait, disait ses poésies – se reposait, recommençait à déclamer, toujours en nous tenant la main, comme s’il craignait que je disparaisse encore une fois. Le cadeau ? Il n’y pensa même pas – le Père Noël savait bien où le cacher… Arthur s’endormit, et Élise et moi avons parlé jusqu’au petit matin, comme si jamais les années ne s’étaient écoulées. Le lendemain, en allant acheter un cadeau supplémentaire, je compris que je m’étais trompé d’adresse : j’étais allé au 6A au lieu du 6. Dans la nuit, je n’avais pas vu la lettre… Mais EN RÉALITÉ, c’était le BON, le plus important des foyers pour moi ! « Quelle heureuse, fabuleuse erreur », pensais-je en souriant. Aujourd’hui, on est trois, et fous de bonheur. Maman et mamie ne se lassent pas de leur petit-fils et arrière-petit-fils : Arthur Arthurovitch !

UNE ERREUR HEUREUSE

Je suis né dans une famille monoparentale sans père. Ma mère et ma grand-mère se sont occupées de mon éducation.

Le besoin dun père, je lai ressenti très tôt, dès la maternelle. Mais alors, en primaire

Comme jenviais mes camarades qui marchaient fièrement serrés contre leur papa, jouaient au ballon ou faisaient du vélo avec eux. Particulièrement, ça me serrait le cœur de voir un père prendre son enfant dans ses bras, lembrasser, le faire rire

Je me disais que cétait ça, le vrai bonheur

Mon père, je ne lai connu quà travers une seule photo. Il souriait, comme les autres papas, mais pas à moi.

Ma mère me racontait quil était glaciologue, vivant loin, sur les terres gelées du Grand Nord, trop éloigné même pour venir. Il travaillait là-bas, disait-elle, mais menvoyait toujours des cadeaux à mon anniversaire.

Mais en CE2, jai découvert cruellement que ce père aventurier nexistait pas Jamais eu de papa glaciologue !

Un soir, jentendis maman soupirer auprès de grand-mère quelle narrivait plus à mentir à son fils, ni à offrir des cadeaux prétendument envoyés par lhomme qui les avait quittés. Il vivait aisément, mais ne mavait jamais appelé, ni souhaité un joyeux anniversaire ou un bon Nouvel An.

« Romain aime tant les fêtes Ce sont les seuls moments où il simagine un peu soutenu, même par un père lointain et imaginaire. »

Cette année-là, avant mon anniversaire, jai dit à maman et à grand-mère que je ne voulais pas de cadeaux « de papa » pour mes fêtes préférées. Juste leur gâteau « Millefeuille » maison, cétait tout ce que je désirais.

Avec notre modeste vie, maman et mamie vivaient de leurs petits salaires. Alors, étudiant, jai multiplié les jobs, notamment comme manutentionnaire à la gare et dans les magasins.

Un jour, mon voisin, Lucien, ma proposé de le remplacer en tant que Père Noël dans les crèches et chez les familles, juste avant le Nouvel An.

Les crèches, trop compliqué : il fallait improviser des spectacles avec une complice, la Fée des Neiges. Mais jai accepté les visites en solo, chez les particuliers.

Lucien mavait laissé son carnet de poèmes et dénigmes, ainsi que les adresses des familles. La routine nétait pas difficile à retenir cétait bien plus ludique que le contrôle de résistance des matériaux !

Ma peur de me ridiculiser était grande mais ma première tournée fut miraculeusement réussie.

Fatigué, mais fier de moi et de navoir pas déçu, jai compté mes gains en rentrant ce soir-là Jamais, en six mois de manutention, je navais vu une telle somme.

De ce jour, chaque hiver, je suis devenu « Père Noël », et lété, je travaillais avec les équipes de chantier étudiantes.

La vie sentimentale, alors ? Plutôt discrète, entre les études et les petits boulots. Javais eu des aventures, bien sûr, mais jamais de vraie histoire sérieuse.

Je me disais : « Quand jaurai mon diplôme, une situation confortable, une vraie paie, alors je songerai à fonder une famille »

Après lécole dingénieurs, jai décroché un poste, mais débutant, le salaire ne permettait quune vie décente. Pour moffrir une voiture doccasion, je décidai de refaire le Père Noël.

Maman retrouva mon vieux costume, le sortit de la housse, le garnit de paillettes et la longue barbe blanche me fit sourire elle cachait bien mon visage.

Des sourcils touffus collés, je me contemplai dans le miroir, satisfait. Maman soupira doucement :

Il te faudrait bien tes propres enfants, Romain. Tu ne fais que distraire ceux des autres

Ça viendra, maman ! je lui lançai, en lembrassant avant de partir.

Une semaine avant le Nouvel An, jai passé une annonce dans le « Journal du Val-de-Marne ». Quinze rendez-vous enregistrés !

Après six visites, je lus ladresse suivante sur ma liste : « rue des Lilas, 18, appt 4 ».

Descendu du tram, jai trouvé rapidement limmeuble, presque au bord de la ville. Mal éclairé, mais pas trop difficile à repérer ce numéro.

Au deuxième étage, un garçonnet de cinq, six ans a ouvert la porte.

Au cœur de la forêt, dans ma cabane cachée je commençai mon texte habituel.

Le petit garçon minterrompit :

Mais on na pas appelé le Père Noël !

Moi, jarrive toujours chez les enfants sages je répondis avec assurance, bien que désorienté. Ta maman ou ton papa sont là ?

Non. Maman est chez Mamie Antoinette, elle va bientôt revenir.

Et toi, comment tu tappelles ?

Romain.

Curieux hasard, mon propre prénom. Je souris, surpris, mais me rappelai mon rôle. Je ne pouvais pas révéler la coïncidence Je suis le Père Noël, après tout !

Et, Romain, où est votre sapin ?

Dans ma chambre !

Il me guida dans une petite pièce, modeste comme tout lappartement. Sur la table, une simple branche de pin décorée de mini-sujets et dune guirlande.

Deux photos dans des cadres similaires, un homme et une femme.

Je mapprochai La stupeur me cloua : sur une des photos, cétait moi ! Ce nest pas possible

Jinspectai : à gauche, ma vieille photo détudiant, blouson sur le dos. À droite, celle de Claire Morel, rencontrée lors dun chantier dété étudiant.

Son portrait nétait plus celui dune jeune fille, mais dune femme douce, aux yeux tristes, pourtant toujours belle.

Qui sont-elles ? ma voix trembla démotion.

Cest maman.

Ta maman à toi ?

Oui.

Elle sappelle Claire ? je laissai échapper.

Oh, exact ! Vous êtes vraiment le vrai Père Noël ? Je croyais que ça nexistait pas !

Et celui-ci ? je montrais ma propre tête, déjà presque certain de la vérité.

Ça, cest mon papa ! Un vrai glaciologue ! Il travaille loin, sur une énorme banquise ! Maman dit quil est parti longtemps, quand jétais petit. Alors je ne lai jamais vu Mais il menvoie toujours des cadeaux à mon anniversaire et à Noël. Cette nuit, je trouverai son cadeau sous mon oreiller. Père Noël adore les cacher là.

Je me figeai, bouleversé, repensant à mon propre faux papa du Grand Nord. Était-ce le destin, que toutes les mamans envoient leurs pères-déserteurs sur la banquise imaginaire ?

Et jen faisais partie à mon tour

Quelle douleur. Jai revu notre brève passion avec Claire Nous échangions nos numéros en nous séparant, mais en rentrant, je nai pas appelé, puis, quelques jours plus tard, mon portable fut volé.

Souvent, javais repensé à elle, mais la course aux études et à la vie avait fini par enfouir ce souvenir

Et elle vivait ici, dans la même ville seule avec mon fils, gardant ma photo près de la sienne.

Je voulais tout révéler à Romain, quand la porte souvrit et Claire apparut :

Mon chéri, pardon pour le retard. Mamie Antoinette a dû être transportée à lhôpital

En mapercevant, elle sexclama, stupéfaite :

Oh ! On na pas réservé de Père Noël cette année !

Des larmes de bonheur ont coulé sur mes joues. Jai ôté bonnet, barbe et sourcils

Romain ? souffla Claire, blême.

Elle seffondra sur le petit pouf et pleura si fort que même le petit Romain eut peur.

Mais, rassurée par son fils, Claire retrouva vite ses esprits.

Je racontai à Romain que javais survolé le Grand Nord pour devenir Père Noël et leur offrir une incroyable surprise.

Sa joie était immense. Il riait, récitait des poèmes, nous serrait les mains, comme sil craignait que je reparte loin.

Du cadeau, il na pas parlé. Il était certain que Père Noël glisserait le présent de papa sous son oreiller, comme toujours.

Romain sendormit. Avec Claire, nous avons parlé jusquau matin, comme si les années navaient pas existé.

En allant acheter un nouveau cadeau le lendemain, jai compris mon erreur dadresse : jétais entré au numéro 18 bis au lieu du 18. Mais cette petite lettre, que je navais pas vue, ma mené dans la maison quil me fallait, en réalité !

« Quelle heureuse et providence erreur », me murmurais-je, le sourire aux lèvres.

Aujourdhui, nous sommes réunis à trois. Le bonheur nous envahit.

Ma mère et ma grand-mère chérissent leur petit-fils et leur arrière-petit-fils Romain Romain !

La vie ma appris que parfois, lerreur la plus inattendue peut être la clé de la vraie joie il faut simplement oser franchir la porte et accueillir son destin.

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Une Erreur Heureuse… J’ai grandi dans une famille monoparentale – sans père. Ce sont ma mère et ma grand-mère qui m’ont élevé. Dès la maternelle, j’ai ressenti le manque d’un père. Et à l’école primaire ! Je jalousais terriblement les camarades qui marchaient fièrement main dans la main avec leurs grands papas courageux, jouaient, faisaient du vélo et se promenaient en voiture avec eux. J’avais particulièrement de la peine quand un père embrassait son fils ou sa fille, les soulevait dans ses bras, et leurs rires résonnaient… Dieu, en les observant, je me disais : « Quel bonheur… » Moi aussi, j’ai “vu” mon père… Mais seulement sur une unique photo, où il souriait aussi joyeusement que les autres papas… Mais pas à moi ! Maman me disait qu’il était chercheur polaire, vivant là-bas, tout au nord, si loin qu’il ne pouvait pas venir. Parti travailler, mais il envoyait des cadeaux pour les anniversaires. Au CM1, à ma grande désillusion, j’ai compris qu’il n’y avait aucun papa polaire… Il n’en a jamais eu ! J’ai accidentellement entendu maman dire à grand-mère qu’elle n’avait plus la force de mentir à son enfant, ni de faire semblant d’envoyer des cadeaux de la part d’un père qui, en vérité, l’avait abandonné. Bien qu’il mène la belle vie, jamais il n’a appelé son fils, ni souhaité son anniversaire ou Noël. « Arthur adore ces fêtes ! Car ce sont les seuls jours où il ressent un peu le soutien de cet être lointain et mystérieux, mais tout de même proche. » Alors, avant mon anniversaire, j’ai dit à maman et grand-mère que je ne voulais plus de cadeaux de la part de ce « père » fantomatique. « Faites juste mon gâteau préféré, le “Mille et une plumes”, c’est tout. » Nous vivions modestement avec les salaires de maman et grand-mère. Étudiant, je travaillais comme manutentionnaire à la gare ou dans les magasins. Un jour, mon voisin, Vincent, m’a proposé de faire le Père Noël à sa place dans les crèches et chez les particuliers avant les fêtes. J’ai immédiatement décliné pour les crèches. Trop dur, il fallait jouer la comédie, avec la Mère Noël en duo. Mais pour les missions individuelles, chez les familles, j’ai accepté. Vincent m’a laissé son carnet de poèmes, de devinettes et l’adresse des “clients”. Le répertoire était simple, vite retenu – rien à voir avec les partiels ! La peur de me ridiculiser fut mon principal adversaire. Mais, à ma grande surprise, ma première tournée fut une réussite. Quand, après avoir visité tous les enfants, je suis rentré, fatigué mais satisfait, j’ai fait les comptes… j’étais fou de joie ! Jamais, en six mois de cartons portés le weekend, je n’avais gagné autant. Depuis, chaque hiver, je jouais le Père Noël ; l’été, je travaillais en brigade étudiante sur les chantiers. Côté vie personnelle, rien de bien sérieux pendant les études. Il me manquait le temps : apprentissage et petits boulots obligatoires. Des rencontres, bien sûr, mais pas de mariage en vue. « Quand j’aurai mon diplôme, un bon boulot, un salaire correct, un chez-moi… Là, je pourrai penser à fonder une famille. » Au sortir de l’école d’ingénieur, avec mon poste modeste et des moyens moyens, je rêvais d’acheter une voiture d’occasion. Le budget familial, désormais correct, ne suffisait pas. Je voulais vraiment mon véhicule. Je repris donc mon costume de Père Noël. Maman le ressortit du placard, le remit à neuf, ajouta paillettes – il scintillait ! La barbe blanche me plaisait : elle cachait mon visage. Je colla des sourcils touffus et, devant la glace, approuva définitivement mon look de vieil homme jovial. Maman soupira soudain : – Il serait temps, Arthur, que tu aies tes propres enfants, au lieu d’amuser ceux des autres. – Patience, maman ! Pour l’instant, souhaite-moi bonne chance ! Je répondis en l’embrassant et partis en quête d’un cachet sympathique. Une semaine avant le réveillon, j’ai publié une annonce dans Le Progrès. Quinze demandes sont tombées ! Après six visites, je lus la suivante : « 6, rue des Jardins, appt 19 ». Je descendis du tramway et me dirigeai vers l’immeuble. La rue des Jardins, presque la périphérie de Lyon, mal éclairée. Je trouvai vite le numéro 6, grimpai au deuxième et sonnai. Un petit garçon m’ouvrit, cinq ou six ans. – Dans ma cabane au bord du bois… – je commençai comme d’habitude. Mais l’enfant m’arrêta : – On n’a pas appelé le Père Noël ! – Je ne demande jamais d’invitation, je viens aux bons enfants ! – je répondis promptement, mais un peu déstabilisé. – Ta maman ou ton papa sont-ils là ? – Non. Maman est chez mamie, à côté, pour faire une piqûre. Bientôt, elle revient. – Et toi, comment t’appelles-tu ? – Arthur. « Tiens, un homonyme ! » pensai-je, amusé. Mais je me repris : je n’allais tout de même pas lui révéler mon prénom, j’étais le Père Noël ! – Arthur, où est votre sapin ? – Dans ma chambre. Il me prit la main, menant vers sa chambre, toute la maisonnée était de la plus grande simplicité. Sur la table de nuit, en guise de sapin, une branche de pin ornée de boules minuscules et une guirlande colorée. Deux photos dans la même sorte de cadre – un homme, une femme. Je m’approchai… et restai figé : sur la photo, c’était moi ! « Non, impossible… » Je regardai avec attention. Oui, c’est bien mon portrait d’étudiant en coupe-vent… Sur l’autre, une jeune femme, Élise Garnier. Je l’avais connue un été sur un chantier étudiant. La photo n’était plus celle de la jeune fille gaie de l’époque, mais une belle femme au regard doux et triste. – Qui sont-ils ? demandai-je, la voix tremblante. – Ma maman. – La tienne ? – Oui. – Elle s’appelle… Élise ? – lâchai-je. – Oh, c’est vrai ! Vous avez deviné ! Alors, vous êtes vraiment le Père Noël ! Je croyais qu’il n’existait pas ! – Et lui ? – montrai-je la photo de moi-même, comprenant peu à peu qu’Arthur était mon fils. – C’est mon papa ! Un vrai explorateur polaire ! Il vit sur une immense banquise… Maman dit qu’il est parti depuis que j’étais tout petit ; je ne l’ai jamais vu ni même connu. Mais il m’envoie toujours des cadeaux pour mon anniversaire et à Noël. Cette année, je trouverai celui de Papa sous mon oreiller, le matin du jour J, c’est le Père Noël qui le cache là ! J’étais sidéré, repensant à mon propre “papa polaire” de l’enfance. Se pourrait-il que toutes les mères envoient les papas indignes au Pôle Nord ? Et me voilà l’un d’eux… Un coup au cœur. Le roman passionné mais bref avec Élise… En nous séparant, nous avions échangé nos numéros. Mais à mon retour, je ne l’ai jamais appelée et mon portable a vite disparu. Souvent, je pensais à elle, puis la routine, les copains, les rencontres, tout cela a effacé son souvenir. Mais elle, elle vivait toujours ici, ne m’avait pas oublié, et élevait seule notre fils, gardant ma photo près de la sienne. J’allais tout avouer à Arthur, mais la porte s’ouvrit, Élise entra : – Mon chéri, pardon pour le retard. J’ai dû appeler le Samu pour mamie Jeanne, elle est partie à l’hôpital. En me voyant : – Oh ! Mais on n’a pas réservé de Père Noël ! Les larmes de bonheur m’ont submergé. J’ai arraché le bonnet, la barbe, les sourcils… – Arthur ?! – fit Élise, stupéfaite. Abasourdie, elle s’écroula sur le tabouret et fondit en larmes, tant et si bien qu’Arthur en fut un peu effrayé. Mais face à son fils, Élise reprit vite ses esprits. Je lui expliquai que j’étais venu “du pôle Nord”, devenu Père Noël pour leur faire une surprise à lui et à sa maman. Arthur n’en croyait pas ses yeux, riait, chantait, disait ses poésies – se reposait, recommençait à déclamer, toujours en nous tenant la main, comme s’il craignait que je disparaisse encore une fois. Le cadeau ? Il n’y pensa même pas – le Père Noël savait bien où le cacher… Arthur s’endormit, et Élise et moi avons parlé jusqu’au petit matin, comme si jamais les années ne s’étaient écoulées. Le lendemain, en allant acheter un cadeau supplémentaire, je compris que je m’étais trompé d’adresse : j’étais allé au 6A au lieu du 6. Dans la nuit, je n’avais pas vu la lettre… Mais EN RÉALITÉ, c’était le BON, le plus important des foyers pour moi ! « Quelle heureuse, fabuleuse erreur », pensais-je en souriant. Aujourd’hui, on est trois, et fous de bonheur. Maman et mamie ne se lassent pas de leur petit-fils et arrière-petit-fils : Arthur Arthurovitch !
Mon frère et sa famille voulaient s’installer à Paris à mes frais, mais je leur ai fait comprendre dès le départ que cela n’allait jamais arriver !