Encore une année entière côte à côte… Dernièrement, Arkadi Ivanovitch ne sortait plus seul dans la rue. Depuis le jour où, parti à la polyclinique, il avait oublié où il habitait et même son propre nom. Il s’était dirigé dans une autre direction, errant longtemps dans le quartier jusqu’à ce que son regard soit attiré par un bâtiment familier : l’ancienne manufacture horlogère où Arkadi avait travaillé près de cinquante ans. Devant cet édifice, il savait qu’il le connaissait, mais impossible de se souvenir pourquoi ou qui il était, jusqu’à ce qu’un jeune collègue, Julien Akoulov, l’aborde en l’appelant « Mon vieux ! Arkadi, tu nous manques, on se rappelait encore tout récemment quel maître et mentor tu étais… » Quelque chose se délia dans l’esprit d’Arkadi, les souvenirs revinrent d’un coup, Dieu merci… Julien fut ravi et proposa, voyant Arkadi fatigué, de le ramener en voiture. Depuis ce jour, Nathalie, sa femme, ne le laissa plus sortir seul, même si sa mémoire était revenue. Ils sortaient maintenant ensemble pour la promenade, les courses, ou la polyclinique. Mais un jour Arkadi tomba malade, fièvre et forte toux. Nathalie, bien que fatiguée elle-même, courut à la pharmacie et au supermarché. Elle acheta quelques produits et médicaments, mais soudain, prise d’une étrange faiblesse et d’essoufflement, sa sacoche lui parut insupportablement lourde. S’essuyant, elle traîna le sac vers la maison, puis posa le tout sur la neige fraîche, et s’effondra doucement sur le chemin menant chez eux. Sa dernière pensée : « Pourquoi ai-je acheté tant de choses d’un coup… la vieillesse me ramollit le cerveau ! » Heureusement, leurs voisins sortirent de l’immeuble, virent Nathalie allongée dans la neige et appelèrent les secours… Nathalie fut emmenée en ambulance, les voisins prirent son sac et frappèrent à la porte. « Son mari Arkadi doit être à la maison, souffrant sans doute, ça fait plusieurs jours que je ne l’ai pas vu », supposa Madame Nina. Arkadi entendit la sonnette, mais sa toux et la fièvre l’empêchèrent de se lever, le plongeant dans une sorte de rêve éveillé, inquiet de ne pas voir revenir sa chère Nathalie… Subitement il sentit des pas légers, aperçut enfin Nathalie, froide et pâle, qui lui demanda d’ouvrir la porte. Sans raison, il laissa entrer la voisine et Julien, « Pourquoi tu n’ouvrais pas ? » « Où est Nathalie ? Elle était là à l’instant ! » « Elle est en réanimation à l’hôpital, » s’étonna Nina. Julien devina qu’Arkadi délirait, et le rattrapa juste avant qu’il ne s’évanouisse… La voisine et Julien appelèrent les urgences, diagnostic : malaise dû à la fièvre… Deux semaines plus tard, Nathalie rentra de l’hôpital, amenée en voiture par Julien. Lui et la voisine avaient pris soin d’Arkadi, qui se remit peu à peu. L’essentiel : ils étaient réunis. Une fois enfin seuls, Arkadi et sa femme contenaient leurs larmes, se réjouissant de la bonté des voisins et de Julien, devenu autrefois un homme grâce à Arkadi. « Dans quelques jours, c’est le Nouvel An, Arkadi, quelle chance d’être encore ensemble, » souffla Nathalie en se blottissant contre lui. « Dis-moi, comment as-tu fait pour venir ici depuis l’hôpital et m’inciter à ouvrir à mes sauveurs ? Sans toi, j’aurais pu mourir… » osa demander Arkadi. Nathalie, surprise, répondit : « Vraiment ? On m’a dit que j’avais fait une mort clinique… Je me rappelle aussi être venue vers toi, comme en rêve, à l’hôpital puis chez nous… » « Quels miracles nous arrivent dans notre grand âge… Je t’aime comme avant, peut-être plus encore, » murmura Arkadi en lui serrant les mains. Ils restèrent longtemps silencieux, craignant d’être séparés à nouveau… La veille du Réveillon, Julien vint avec des pâtisseries, puis ce fut au tour de Nina de passer boire le thé, et l’atmosphère était chaude et émue. Le Nouvel An, Arkadi et Nathalie le fêtèrent ensemble, « Tu sais, j’ai fait le vœu que si nous passions cette nuit ensemble, alors cette année serait la nôtre. On va encore vivre, » dit Nathalie. Et ils éclatèrent de rire, heureux de cette pensée. Une année entière encore à vivre ensemble, c’est si précieux, c’est le vrai bonheur.

Encore une année entière côte à côte…

Dernièrement, Arnaud Moreau ne sort plus seul dans les rues de Paris. Depuis le jour où, en allant à la pharmacie du quartier, il a oublié non seulement son adresse, mais aussi son propre nom. Ce jour-là, il a erré longtemps, ségarant dans les boulevards, jusquà ce que son regard tombe sur une bâtisse familière. Il sagissait de la manufacture dhorlogerie où Arnaud avait travaillé près de cinquante ans.

Il la contemplait, sentant confusément quelle lui était chère, mais incapable de se rappeler pourquoi, ni qui il était. Ce nest quau moment où quelquun le frappa dans le dos, sapprochant doucement, que la mémoire lui revint :

Moreau ! Tonton Arnaud, tu es venu ici par nostalgie ? On parlait justement de toi lautre jour, de quel brillant maître tu étais. Tu ne me reconnais pas ? Cest moi, Julien Blanchard ! Grâce à toi, jai trouvé ma voie !

Tout à coup, quelque chose se débloque dans lesprit dArnaud, et tout revient : sa vie, ses souvenirs, ce bâtiment. Quelle chance, bon dieu

Julien, ravi, serre son vieux mentor dans ses bras.

Tu mas reconnu ? Jai rasé ma moustache, je ne ressemble plus du tout à moi-même ! Alors, Moreau, tu viens saluer les gars à latelier ?

Une autre fois, Julien, je suis fatigué, admet Arnaud.

Ma voiture est là, laisse-moi te raccompagner, je me rappelle ladresse, dit Julien tout heureux.

Il le ramène chez lui, et depuis, son épouse Claire Moreau ne le laisse plus sortir seul, même si sa mémoire est revenue. Désormais, ils vont ensemble partout : au parc, à la pharmacie, au marché.

Mais voilà que récemment Arnaud tombe malade : forte fièvre, mauvaise toux. Claire, bien quun peu indisposée elle-même, court à la pharmacie et fait quelques courses pour eux deux. Elle achète des médicaments et quelques provisions, rien dexcessif. Pourtant, une étrange faiblesse la submerge ; elle a limpression que son sac de courses pèse une tonne. Elle sarrête, tente de reprendre son souffle, puis se force à repartir.

Arrivée devant limmeuble dans la fraîcheur hivernale, elle repose son sac sur la neige et doucement, saffaisse sur le trottoir. Sa dernière pensée : Pourquoi ai-je acheté autant darticles à la fois ? Ah, à mon âge, quelle sottise

Heureusement, les voisins sortent, aperçoivent Claire allongée dans la neige, accourent et appellent les secours. Lambulance emporte Claire à lhôpital ; les voisins ramassent les provisions et sonnent à sa porte.

Son mari doit être à la maison, il était malade, cela fait deux jours que je ne le vois plus, suppose Mme Ninon Dubois. Il dort sans doute ; Claire disait quil était souvent souffrant Ah, la vieillesse, quel chagrin ! Jessayerai plus tard.

Arnaud Moreau percevait bien la sonnette. Mais la toux létouffait, il voulait se lever, mais la faiblesse et la fièvre le faisaient tanguer ; il a failli tomber.

La toux se calme, Arnaud sendort dun sommeil étrange, presque éveillé. Où donc est Claire, pourquoi tarde-t-elle tant ?

Perdu entre rêve et réalité, il finit par percevoir des pas légers. Sa femme sapproche de lui, Claire, joie et soulagement. Elle lui dit :

Arnaud, donne-moi ta main, prends appui sur moi, debout, debout !

Il se lève, sappuyant sur sa main étonnamment froide et fragile.

Maintenant, ouvre la porte, vite, insista Claire doucement.

Pourquoi ? demande-t-il surpris, mais il obéit. Aussitôt, sa voisine Ninon Dubois et Julien, son ancien collègue, entrent.

Moreau ! Tu nouvrais pas, on a frappé, sonné !
Claire, où est Claire ? Elle était là il y a une minute, demande Arnaud, désemparé.

Mais Claire est à lhôpital, en réanimation, sexclame Ninon.

Il délire, pense Julien, qui rattrape tout juste son camarade en train de sévanouir.

Ninon et Julien rappellent les secours ; il sagissait juste dun malaise causé par la fièvre.

Deux semaines plus tard, Claire quitte lhôpital. Julien la ramène en voiture, lui et Ninon ont pris soin dArnaud tout ce temps, qui se remet doucement.

Lessentiel, cest quils sont encore ensemble

Quand Arnaud et Claire se retrouvent enfin seuls à leur domicile, les larmes leur montent aux yeux.

Tu sais, heureusement quil y a des gens bons dans ce monde, Arnaud, dit Claire. Ninon est une femme formidable : souviens-toi, ses enfants venaient chez nous après lécole, on les nourrissait, on les aidait à faire leurs devoirs. Ensuite, Ninon rentrait du bureau et repartait avec eux.

Oui, tout le monde na pas le cœur aussi tendre. Elle na jamais perdu sa générosité, approuve Arnaud.

Et Julien ! Un jeune homme dynamique, tu las guidé, tu lui as mis le pied à létrier. Les jeunes oublient vite les anciens, mais pas lui. Il ne ma pas abandonné.

Dans quelques jours, cest le Nouvel An, Arnaud. Comme cest bon, dêtre de nouveau ensemble, dit Claire en se blottissant contre son mari.

Claire, dis-moi, comment as-tu fait pour venir du service de réanimation jusquici et me pousser à ouvrir la porte à nos sauveteurs ? Sans toi, jy passais ! ose enfin demander Arnaud.

Il craint quelle le pense fou, mais Claire le regarde dabord avec étonnement :

Alors cétait vrai ? On ma dit que jai fait un arrêt cardiaque, et dans ce moment-là, je me souviens, cétait comme si je venais à toi, dans un état de demi-rêve Je voyais mon corps à lhôpital, puis je suis sortie et jai marché jusquici

Des miracles ! Quelque chose dinvraisemblable arrive dans notre grand âge Mais tu sais, je taime comme avant, sûrement même davantage, murmure Arnaud, prenant ses mains dans les siennes. Ils restent silencieux, se regardant longuement, comme si quelque chose pouvait à tout moment les séparer

Le soir, juste avant le réveillon, Julien vient leur apporter des gourmandises, sa femme a préparé des tartes maison. Puis, Ninon passe prendre le thé et partager ces tartes, et soudain, la chaleur envahit leur cœur.

Le Nouvel An, Claire et Arnaud le fêtent en tête à tête.

Tu sais, jai fait le vœu : si lon passe cette nouvelle année ensemble, cest que cette année sera la nôtre, et nous vivrons encore, confie Claire à son époux.

Ils éclatent de rire de ce bonheur partagé.

Toute une année de vie à deux, cest immense, cest le bonheur absoluAlors que minuit approche, les cloches de la ville résonnent doucement au loin. Arnaud et Claire, côte à côte dans leur fauteuil préféré, observent par la fenêtre la neige tomber lentement, enveloppant les rues dune lueur bleutée. À lintérieur, tout est paisible; une chaleur douce émane de la vieille lampe posée sur la table, et les tartes à moitié entamées laissent flotter une odeur sucrée dans lair.

Ils se prennent la main, complices, et se souviennent du chemin parcouru, de chaque année traversée ensemble, des épreuves passées, des bonheurs minuscules partagés au fil du temps. Dans lintimité silencieuse de la nuit nouvelle, une certitude sinstalle: tant quils sont lun pour lautre, rien nest perdu.

Au-dehors, un feu dartifice éclate soudain, projetant des bouquets de lumière sur les immeubles enneigés. Arnaud jette un regard émerveillé à Claire, et elle sourit, ses yeux brillants de cette lueur qui ne séteint jamais véritablement. Ils lèvent leur verre de vin, trinquent doucement.

À la vie, à lamour et aux miracles, souffle Claire.

Leur rire fuse, chaud et sincère, repoussant le froid, la peur et lincertitude. Malgré la fragilité de chaque instant, ils accueillent lannée nouvelle avec un espoir immense: ce bonheur simple quils bâtissent à deux, entourés par la bonté des autres et tenus debout par la force de leur affection.

Dans le silence retrouvé, Arnaud se penche vers Claire, et murmure:

Tant que nous nous souvenons lun de lautre, rien ne nous sépare. Bonne année, mon amour.

Ils restent ainsi, enlacés, tandis que la nuit sefface lentement devant le premier matin de lan, promettant encore une année entière côte à côte et un peu plus, là où le souvenir devient éternité.

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Encore une année entière côte à côte… Dernièrement, Arkadi Ivanovitch ne sortait plus seul dans la rue. Depuis le jour où, parti à la polyclinique, il avait oublié où il habitait et même son propre nom. Il s’était dirigé dans une autre direction, errant longtemps dans le quartier jusqu’à ce que son regard soit attiré par un bâtiment familier : l’ancienne manufacture horlogère où Arkadi avait travaillé près de cinquante ans. Devant cet édifice, il savait qu’il le connaissait, mais impossible de se souvenir pourquoi ou qui il était, jusqu’à ce qu’un jeune collègue, Julien Akoulov, l’aborde en l’appelant « Mon vieux ! Arkadi, tu nous manques, on se rappelait encore tout récemment quel maître et mentor tu étais… » Quelque chose se délia dans l’esprit d’Arkadi, les souvenirs revinrent d’un coup, Dieu merci… Julien fut ravi et proposa, voyant Arkadi fatigué, de le ramener en voiture. Depuis ce jour, Nathalie, sa femme, ne le laissa plus sortir seul, même si sa mémoire était revenue. Ils sortaient maintenant ensemble pour la promenade, les courses, ou la polyclinique. Mais un jour Arkadi tomba malade, fièvre et forte toux. Nathalie, bien que fatiguée elle-même, courut à la pharmacie et au supermarché. Elle acheta quelques produits et médicaments, mais soudain, prise d’une étrange faiblesse et d’essoufflement, sa sacoche lui parut insupportablement lourde. S’essuyant, elle traîna le sac vers la maison, puis posa le tout sur la neige fraîche, et s’effondra doucement sur le chemin menant chez eux. Sa dernière pensée : « Pourquoi ai-je acheté tant de choses d’un coup… la vieillesse me ramollit le cerveau ! » Heureusement, leurs voisins sortirent de l’immeuble, virent Nathalie allongée dans la neige et appelèrent les secours… Nathalie fut emmenée en ambulance, les voisins prirent son sac et frappèrent à la porte. « Son mari Arkadi doit être à la maison, souffrant sans doute, ça fait plusieurs jours que je ne l’ai pas vu », supposa Madame Nina. Arkadi entendit la sonnette, mais sa toux et la fièvre l’empêchèrent de se lever, le plongeant dans une sorte de rêve éveillé, inquiet de ne pas voir revenir sa chère Nathalie… Subitement il sentit des pas légers, aperçut enfin Nathalie, froide et pâle, qui lui demanda d’ouvrir la porte. Sans raison, il laissa entrer la voisine et Julien, « Pourquoi tu n’ouvrais pas ? » « Où est Nathalie ? Elle était là à l’instant ! » « Elle est en réanimation à l’hôpital, » s’étonna Nina. Julien devina qu’Arkadi délirait, et le rattrapa juste avant qu’il ne s’évanouisse… La voisine et Julien appelèrent les urgences, diagnostic : malaise dû à la fièvre… Deux semaines plus tard, Nathalie rentra de l’hôpital, amenée en voiture par Julien. Lui et la voisine avaient pris soin d’Arkadi, qui se remit peu à peu. L’essentiel : ils étaient réunis. Une fois enfin seuls, Arkadi et sa femme contenaient leurs larmes, se réjouissant de la bonté des voisins et de Julien, devenu autrefois un homme grâce à Arkadi. « Dans quelques jours, c’est le Nouvel An, Arkadi, quelle chance d’être encore ensemble, » souffla Nathalie en se blottissant contre lui. « Dis-moi, comment as-tu fait pour venir ici depuis l’hôpital et m’inciter à ouvrir à mes sauveurs ? Sans toi, j’aurais pu mourir… » osa demander Arkadi. Nathalie, surprise, répondit : « Vraiment ? On m’a dit que j’avais fait une mort clinique… Je me rappelle aussi être venue vers toi, comme en rêve, à l’hôpital puis chez nous… » « Quels miracles nous arrivent dans notre grand âge… Je t’aime comme avant, peut-être plus encore, » murmura Arkadi en lui serrant les mains. Ils restèrent longtemps silencieux, craignant d’être séparés à nouveau… La veille du Réveillon, Julien vint avec des pâtisseries, puis ce fut au tour de Nina de passer boire le thé, et l’atmosphère était chaude et émue. Le Nouvel An, Arkadi et Nathalie le fêtèrent ensemble, « Tu sais, j’ai fait le vœu que si nous passions cette nuit ensemble, alors cette année serait la nôtre. On va encore vivre, » dit Nathalie. Et ils éclatèrent de rire, heureux de cette pensée. Une année entière encore à vivre ensemble, c’est si précieux, c’est le vrai bonheur.
La belle-famille de mon mari débarque à l’improviste dans ma maison de campagne pour se la couler douce… mais je leur tends des pelles et des rateaux à l’arrivée !