Ma belle-sœur passait ses étés au bord de la mer pendant que nous, nous nous attelions à rénover notre maison de campagne, et maintenant elle voudrait vivre confortablement.
Nous lui avons proposé, il y a quelques années, de mettre nos économies en commun pour remettre la vieille maison familiale en état, mais elle a aussitôt décliné loffre à lépoque, elle nen voyait absolument pas lutilité. Aujourdhui, elle demande à vivre chez nous, sous prétexte que sa moitié tombe en ruines et manque de tout confort. À qui la faute ?
La demeure appartenait à la grand-mère de mon mari. À sa disparition, elle en a laissé la propriété à son fils et à sa fille : mon mari, Luc, et sa sœur, Églantine. C’était une bâtisse ancienne, aux murs épais, perdue entre les champs, mais nous sommes tombés daccord pour la restaurer, avec le dessein dy habiter. Lhabitat était scindé en deux parties, chacune dotée dune entrée indépendante. Ainsi, deux familles pouvaient y cohabiter sans se gêner, tout en partageant cour et dépendances, et le nombre de chambres était équivalent de chaque côté.
La succession sest réglée alors que nous étions déjà mariés. Aucun éclat, tout sest passé dans la douceur. Ma belle-mère, femme urbaine dans lâme, a tout de suite décliné lhéritage, affirmant à ses enfants que la maison leur appartenait, à eux den faire ce quils voulaient.
Luc et le mari dÉglantine ont alors investi ensemble assez pour remettre en état le toit et consolider les fondations. Nous étions décidés à poursuivre, mais Églantine a piqué une colère noire. Pour elle, la vieille masure croulante ne méritait pas un sou. Son mari, Guy, sest éclipsé sans mot dire il na jamais eu lhabitude de contredire sa femme.
Pour Luc et moi, ce projet signifiait la liberté. Le village nétait quà une dizaine de kilomètres de Dijon, et nous avions la voiture pour aller travailler. À force détouffer dans notre minuscule studio, nous rêvions dun espace à nous sans avoir à construire de zéro, ce qui nous aurait coûté une fortune en euros.
Pour Églantine, la maison ne représentait quune résidence estivale idéale pour des barbecues entre amis. Elle nous avait bien prévenus de ne pas compter sur elle pour quoi que ce soit.
En quatre ans, nous avons entièrement rénové notre côté de la maison. Évidemment, il a fallu contracter un prêt, mais peu importait. Nous avons créé une vraie salle de bains, posé un chauffage central, refait tout le réseau électrique, changé les fenêtres, vitré la loggia. Nous travaillions darrache-pied, jour et nuit, obstinés à réaliser notre rêve.
Pendant tout ce temps, Églantine sillonnait la Bretagne, la Côte dAzur, lItalie Elle se désintéressait totalement de sa moitié, vivant uniquement selon ses envies. Puis elle a eu un enfant et est partie en congé maternité.
Les escapades se sont alors arrêtées net, et largent a commencé à manquer. Subitement, elle sest souvenue de son bien. Coincée en ville avec un petit garçon remuant, elle sest mise à rêver dun jardin et dair pur.
À ce moment-là, nous venions demménager dans notre belle maison et avions mis lappartement en location. Nous navions jamais touché à la partie dÉglantine, mais celle-ci, faute dentretien, était devenue délabrée. Je me demandais comment elle comptait sinstaller là, sans chauffage, sans confort Pourtant, elle débarqua, valise à la main, demandant à loger chez nous une semaine je nai pu refuser.
Son fils, Clément, était dune turbulence inouïe. Comme sa mère, il faisait régner ses lois. Je travaillais depuis la maison, leur présence métait insupportable. Je suis allée habiter chez mon amie, Mireille, qui partait justement cela larrangeait que quelquun surveille les lieux.
Les circonstances ont fait que je ne suis rentrée quaprès presque un mois le temps de rester la semaine prévue chez Mireille, puis de moccuper de ma mère, soudain tombée malade. Jen avais presque oublié la présence dÉglantine, persuadée quelle était repartie depuis longtemps.
Ma stupéfaction fut grande en la retrouvant chez moi. Elle avait pris possession des lieux avec la plus grande désinvolture. Je lui ai demandé quand elle comptait partir.
Et où irais-je, avec un petit ? Je suis bien ici, me répondit-elle tout naturellement.
Demain, nous te ramenons à Dijon, répondis-je fermement.
Je ne veux pas retourner en ville.
Et bien, puisquen tout ce temps tu nas même pas daigné nettoyer ta partie, tu nas quà retourner chez toi. Ici, ce nest pas un hôtel !
Comment oses-tu me mettre dehors ? Cest ma maison aussi !
Ta maison, cest lautre côté du mur, vas-y donc.
Elle a tenté de monter Luc contre moi, mais il lui fit comprendre avec fermeté quelle avait abusé de notre hospitalité. Elle sest vexée et est enfin rentrée chez elle. Quelques heures plus tard, ma belle-mère, indignée, sest jetée sur le téléphone :
Tu navais pas le droit de la chasser ; elle est chez elle, tout de même.
Elle pouvait très bien occuper son côté, répliqua Luc. Cest là quelle est propriétaire.
Mais comment vivre là avec Clément ? Il ny a même pas de chauffage ! La toilette est au fond du jardin. Tu aurais pu, au moins, toccuper de ta sœur.
Face à cela, Luc a craqué il a tout avoué à sa mère : que nous avions proposé un projet de rénovation collective pour que tous aient du confort, et quelle avait rejeté lidée. Pourquoi nous jeter la pierre aujourdhui ?
Nous avons alors proposé à Églantine de lui racheter sa part. Elle a accepté mais a fixé un prix permettant dacheter la maison entière, toute refaite, dans le centre-ville ! Impossible pour nous.
Depuis, la discorde règne. Ma belle-mère se vexe perpétuellement et Églantine se montre insupportable. Ils viennent peu, mais quand ils passent, ils font du vacarme, saccagent la cour, cassent des choses.
Nous sommes désormais résolus à ériger une clôture pour séparer nos domaines. Plus de compromis, tel est le choix qua voulu ma belle-sœur.




