Jai quitté mon époux, et ma bellemère réclame de largent pour le soutenir.
Marc et moi nous sommes mariés il y a un peu plus de dix ans. Nous avions alors la trentaine, il était directeur dans une grande société à Paris, et je tenais un salon de beauté dans le Marais. Deux enfants sont arrivés, puis jai pris un congé maternité et jai fini par laisser mon métier de côté. Nous nous débrouillions bien, grâce au salaire confortable de Marc.
Marc était un bourreau de travail ; il passait souvent ses soirées loin de la maison, généralement chez sa mère, Madame Girard, qui était actrice de talent, capable de jouer la maladie comme la colère avec une intensité qui attirait toute lattention de son fils.
Un jour, lors dune réunion de famille à Lyon, Madame Girard ma lancé:
Marc nappartient quà moi, et peu importe que tu sois sa femme. Pour lui, la famille, cest seulement moi! Tu dois me comprendre, toi aussi tu es mère. Et quoi quil arrive, tu devras toujours soutenir ton mari!
Ces mots mont gravé la mémoire. Le lendemain, jai demandé à Marc de mexpliquer. Il a tenté de justifier le comportement de sa mère comme une plaisanterie de mauvais goût.
Mais toutes les belles choses finissent par séteindre. Lan passé, Marc a perdu son emploi, sest réfugié dans lalcool pour noyer sa tristesse. Jai repris le travail dans un autre salon de beauté à Montmartre.
Je nai jamais renoncé à lespoir que mon mari retrouve un jour la raison et redevienne celui que jai connu. Aucun miracle nest venu. Sa situation a continué à se dégrader. Jai déposé le divorce, et il a emménagé chez ma mère, Madame Moreau.
Jai ressenti un soulagement : un ventre de moins à nourrir. Un mois après, ma bellemère ma appelée:
Tu as oublié ce que je tai toujours répété? Tu dois toujours aider ton conjoint! Ma retraite ne suffit pas, alors je te demande de menvoyer chaque mois une somme pour subvenir aux besoins de Marc!
Jai été abasourdie par cette audace. Je lui ai répondu que je demanderais une pension alimentaire, car il incombe au père de subvenir aux besoins des enfants.
Elle a alors rétorqué que cétait moi qui avais conduit son fils à cet état.
Ses paroles mont mise mal à laise, jai mis fin à lappel. Étrangement, je garde encore de lamour pour mon exmari, mais je ne sais plus comment coexister avec lombre de ce rêve qui sest fait réalité.




