Cher journal,
Aujourdhui, à soixante ans, je me suis enfin rapproché de la retraite, mais je ne suis pas pressé de la prendre. Après ma dernière garde à lhôpital SaintLouis de Lyon, je suis rentré chez moi sous une pluie drue, sans parapluie. Jai tiré la capuche de mon manteau et je me suis dirigé vers larrêt de bus quand, soudain, jai entendu les sanglots dun bébé. Sur le banc, un nouveau-né de quelques jours gisait, trempé et seul.
Jai ramassé le petit dans mes bras, lai cajolé pour le calmer, puis je suis retourné à mon service, car le nourrisson était tout mouillé. Jai appelé le pédiatre qui a rapidement examiné le garçon. « Cest un petit garçon denviron deux semaines, parfaitement en santé. Je ne comprends pas pourquoi on la abandonné; un tel enfant mérite amour et soins », a déclaré le docteur.
Jai décidé de rester en garde de nuit, afin de ne pas massoupir. À ce moment-là, les policiers de la brigade de larrondissement sont arrivés pour prendre ma déposition. Tout le temps, je nai lâché le bébé des mains.
Deux heures plus tard, le couple jeune, Élisabeth et Julien, est revenu, le visage bouleversé. « Montreznous lenfant, peutêtre estce le nôtre », a imploré Élisabeth. Après avoir enfilé leurs blouses, ils ont accouru au service pédiatrique. Élisabeth a reconnu son fils, a fondu en larmes et la serré contre elle, refusant de le lâcher. Je ne comprenais rien, jusquà ce quun officier méclaire :
« Élisabeth et Julien vivaient leur relation en secret, leurs familles sy opposant. La mère de Julien, voulant nuire à la future bellefille, a profité dune soirée où les jeunes sont allés au cinéma pour déposer le bébé près de lhôpital, prétendant quil sagissait dun enfant abandonné. »
Ainsi se déroule lhistoire. Ce petit garçon ne connaîtra peutêtre jamais sa grandmère.
Cette journée ma rappelé quon ne doit jamais juger trop vite les circonstances, car derrière chaque tragédie se cache souvent une vérité bien plus complexe. Le respect et la patience restent nos meilleures armes.





