Le marié ne s’est pas présenté à son propre mariage, puis a envoyé une photo avec une autre femme!

Sérieusement ? Rose? Pour un mariage ? Irène a failli renverser son expresso en voyant Anaïs.

Et alors ? Jaime bien, répond Anaïs en tournant devant le miroir du cabanon, à contempler sa robe couleur poudrée. Cest romantique.

Anaïs, tu as trentedeux ans ! Le rose, cest pour les adolescentes. lance Irène. Tu veux vraiment jouer les petites princesses ?

Qui a dit ça ? se tourne Anaïs. Une fois dans ma vie, je me marie, jai le droit de me sentir comme une reine.

Irène soupire, prend une gorgée de son café.

Daccord, cest ton mariage, ton choix. Mais à ta place, je prendrais de livoire, ça te va mieux.

La vendeuse, patiente, tient la troisième robe.

Les filles, si vous voulez, essayez celleci! Cest un modèle très élégant, avec traîne.

Allons, acquiesce Anaïs.

Elle sort du cabanon, la robe en main. Un joli corsage, des épaules dégagées, une longue traîne ivoire, exactement ce quIrène avait suggéré.

Waouh! sexclame Irène en tournant autour dAnaïs. Là, je vois une vraie reine.

Anaïs se regarde dans le miroir, la robe lui va comme un gant.

Antoine va apprécier? demande Irène.

Bien sûr! Il est comment en ce moment? Il stresse?

Anaïs hausse les épaules, observe la dentelle du bustier.

Je ne sais pas. Cette semaine, il est bizarre, très silencieux.

Les hommes deviennent nerveux avant le grand jour, cest normal. Ils ont peur des responsabilités, la rassure Irène. Ça va passer.

Anaïs achète la robe ivoire. La vendeuse lemballe dans une grande boîte, et les deux amies sortent du magasin.

Dis, tout est prêt? demande Irène en sinstallant avec Anaïs dans le petit café en face. Le restaurant est réservé, les alliances achetées?

Oui, tout est calé. Le mariage est dans deux jours, samedi. Le restaurant du Marais est bloqué, le menu validé, les musiciens engagés.

Les invités sont confirmés?

Presque tous. Environ quatrevingts personnes.

Irène sesclaffe.

Ça alors, quelle fiesta!

Cest maman qui a tout planifié. Elle veut que, si je me marie, ce soit «en grand». Elle est plus excitée que moi.

Et les parents dAntoine?

Anaïs grimace.

Sa mère viendra, son père a refusé. Il dit que cest à son fils de décider et den assumer les conséquences.

Cest étrange.

Leur relation est compliquée, je nen sais rien.

Elles terminent leurs cafés, Irène part, Anaïs rentre chez elle. Lappartement est calme. Sa mère travaille, son père bidouille dans le garage.

Anaïs prend son téléphone, envoie à Antoine: «Robe achetée, elle est sublime! Jai hâte samedi.»

Réponse vingt minutes plus tard: «Bien.»

Un seul mot. Anaïs fronce les sourcils. Antoine nest jamais très bavard, mais ces derniers jours, il est devenu muet. Elle lappelle.

Allô? sa voix est un peu fatiguée.

Salut, cest moi. Ça va?

Normal.

Antoine, questce qui se passe? Tu nes plus toi depuis une semaine.

Silence, puis un profond souffle.

Écoute, Anaïs, il faut que je te dise quelque chose.

Le cœur dAnaïs sarrête un instant.

Quoi?

Pas au téléphone. On se voit?

Quand?

Demain, au bord de la fontaine du Luxembourg, à dixheure.

Daccord, elle sent le froid lenvahir. À demain.

Il raccroche. Anaïs reste assise, le portable serré dans la main, se demandant ce quil va dire. Elle espère quil na pas changé davis; ils sont ensemble depuis trois ans, tout est planifié, les alliances sont achetées, le restaurant réservé.

Le soir, sa mère lappelle.

Anaïs, tas acheté la robe?

Oui, maman, elle est magnifique.

Tu me la montreras?

Demain, je te la montre. Je suis crevée, je vais dormir.

Daccord, ma fille. Reposetoi. Dans deux jours, cest le jour le plus important de ta vie!

Anaïs raccroche, se glisse sous les draps sans même se déshabiller. Le grand jour approche si Antoine ne change pas davis.

Le lendemain, elle arrive au parc quinze minutes avant lheure. Elle sinstalle sur le banc près de la fontaine, observe leau, les promeneurs, les enfants qui courent, les couples à vélo. Une soirée dété ordinaire.

Antoine arrive pile à dix heures. Grand, cheveux bruns, en jean et chemise. Le visage sérieux, presque sombre.

Salut, il sassied à côté delle.

Salut. Alors, questce que tu voulais me dire?

Il reste muet un instant, regarde la fontaine, puis se tourne vers elle.

Anaïs, je ne sais pas comment le dire.

Dis simplement.

Je ne suis pas sûr dêtre prêt pour le mariage.

Le cœur dAnaïs se serre.

Quoi?!

Jai besoin de temps pour réfléchir. Peutêtre quon devrait remettre ça.

Remettre? sa voix tremble. Le mariage est dans deux jours! Les invités sont déjà là, le restaurant payé!

Je sais, mais

Mais quoi!? sécrie-t-elle, se levant. Antoine, tu sais de quoi je parle! Trois ans ensemble, tout prévu!

Il se lève à son tour, les mains dans les poches.

Désolé, je ne peux pas maintenant.

Pourquoi?!

Je ne peux pas expliquer. Cest juste je ne peux pas.

Anaïs le regarde, incrédule.

Tu plaisantes? Cest une blague?

Non.

Alors explique!

Antoine secoue la tête.

Pas maintenant. Jai besoin de me retrouver.

Il tourne les talons et séloigne. Anaïs reste là, figée, comme dans un cauchemar.

Elle sort son portable, appelle Irène.

Irène, il annule le mariage!

Quoi?! Antoine?!

Oui, il vient de dire quil nest pas sûr, quil a besoin de temps!

Ce salaud! sexclame Irène. Où estu?

Au parc, près de la fontaine.

Reste là, jarrive tout de suite.

Irène arrive trente minutes plus tard, la serre et la fait pleurer.

Que faire? Le mariage est dans deux jours!

Annuler, cest évident, répond Irène fermement. Appelle le restaurant, disleur que cest annulé.

Mais les invités

On leur envoie un message, on dit que cest pour des raisons techniques.

Et les parents?

On leur dit la vérité. Le futur mari a filé. Ça arrive.

Elles restent assises jusquà la nuit, puis Irène raccompagne Anaïs chez elle.

Sa mère ouvre la porte, voit le visage en pleurs dAnaïs, comprend tout.

Questce qui se passe?

Antoine a annulé le mariage.

Sa mère pâlit.

Comment?

Il a dit quil nest pas sûr, quil a besoin de temps.

Son père sort de la cuisine.

Il a annulé? La veille du jour J?!

Oui, papa.

Le père grogne, furieux.

Où estil? Je vais le voir!

Non, ne le fais pas, la supplie Anaïs. Je veux juste dormir.

Elle monte à sa chambre, se couche, les larmes sèchent, laissant un vide.

Le lendemain, sa mère entre avec du thé.

Allez, on doit appeler les invités, annuler tout ça.

Je nen peux plus.

Tu peux, je suis là.

Anaïs passe les appels un à un, expliquant la situation. Certains sont compréhensifs, dautres en colère.

Son père se rend au restaurant pour réclamer un remboursement. Le responsable lui annonce que la somme nest pas remboursable, le contrat est signé.

Combien on a perdu? demande la mère.

Deux cent cinquante euros.

Anaïs couvre son visage. Deux cent cinquante euros, cest tout lépargne quils avaient mise de côté pour le jour J.

Pardon, murmure-t-elle.

Ce qui compte, cest que tu sois en bonne santé, le père la caresse. Largent, ce nest rien.

Le samedi du mariage, Anaïs se lève tôt, regarde la robe suspendue dans le placard, les yeux humides. Son téléphone vibre. Un message dAntoine.

Elle louvre, le cœur se serre. Sur lécran, une photo: Antoine en costume, à côté dune femme en robe blanche, devant une mairie, tenant une petite pochette rouge. En dessous, la légende: «Désolé, je me suis marié. Je tai toujours aimée, mais je nai jamais osé le dire. Pardonnemoi.»

Anaïs reste figée, incrédule. Elle court à la salle de bain, tout bascule. Sa mère, en entendant le bruit, se précipite.

Anaïs! Que se passetil?

Anaïs montre le téléphone. Le visage de la mère se déforme de rage.

Ce ce

Maman, ne sanglote Anaïs. Pas besoin de dire quoi que ce soit.

Comment? Il sest marié le même jour! hurle la mère. Ce salaud!

Elles sassoient, se tiennent la main.

Ce nest pas ta faute, la console le père. Il est un traître, point final.

Irène arrive une heure plus tard, voit la photo, presque brise le téléphone contre le mur.

Je le tuerai! Où habitetil?

Je ne sais pas, répond Anaïs, les larmes aux yeux. Il louait un appartement, mais il na jamais donné dadresse.

Irène sassoit à côté delle.

Tu las vraiment fréquenté? Trois ans?

Il disait que ses amis étaient partis, quil navait plus personne.

Et sa mère?

Une fois, elle était étrange, toujours comme si elle attendait quelque chose.

Irène secoue la tête.

Jai limpression quil avait déjà une autre femme depuis le début. Il la cachait.

Anaïs ferme les yeux, le cœur lourd. Trois ans despoirs brisés.

Une semaine passe, Anaï

s ne mange plus, reste au canapé, le regard vide. Sa mère la pousse à manger, mais elle secoue la tête.

Irène passe chaque jour, apporte des fruits, essaie de la faire rire, sans succès.

Le huitième jour, elle reçoit un appel dune inconnue.

Anaïs?

Oui.

Je suis Ludmila, la mère dAntoine.

Questce que vous voulez?

On doit se rencontrer, cest important.

Pourquoi?

Pour vous dire la vérité.

Elles se retrouvent au même parc, près de la fontaine. Ludmila est une femme ronde, environ soixante ans, le visage fatigué.

Merci dêtre venue, ditelle, sasseyant.

Que vouliezvous me dire?

Ludmila essuie les larmes.

Antoine nest pas lhomme quil prétend être. Il escroque les futures mariées, leur fait payer les fêtes, puis disparaît et se marie ailleurs. Il récupère la moitié de largent grâce à des accords avec les restaurants.

Vous plaisantez?

Non. Cest la troisième fois quil fait ça, vous êtes la quatrième.

Et la femme sur la photo?

Une actrice quil a engagée pour faire croire à un vrai mariage. Il na jamais signé de contrat.

Anaïs reste sans voix.

Je vous remercie davoir partagé ça, mais je dois y aller, ditelle.

Ludmila lui tend un papier avec des adresses de toutes les filles que le marié a trompées.

Prenezles, peutêtre que vous ferez quelque chose ensemble, insisteelle.

Anaïs prend le papier, le glisse dans son sac et part.

De retour à la maison, elle raconte tout à ses parents. Son père, rouge de colère, menace dappeler la police.

Je vais porter plainte! crietil. Mais quelles preuves? Son mot contre le nôtre.

Sa mère lit la liste dadresses.

Et ces filles? Elles veulent aussi de la justice?

Anaïs compose le premier numéro.

Allô? répond une voix féminine.

Bonjour, je suis Anaïs. Vous avez fréquenté Antoine?

Silence.

Sa mère ma donné votre numéro. Jai aussi été sa fiancée.

Ah! répond la femme, plus ferme. Nous ne sommes pas seules.

Nous sommes quatre, on peut se retrouver?

Bien sûr, venez.

Les quatre femmes se retrouvent dans un petit café du Marais. Chacune raconte la même histoire: deux ou trois ans de relation, un mariage qui sannule à la dernière minute, des frais de réception perdus.

Mes parents ont perdu cent cinquante euros, dit Marielle. Les miens deux cents, ajoute Léa. Les miens cent quatrevingts, conclut Océane. Les miens deux cents, répond Anaïs.

Elles réfléchissent à ce quelles peuvent faire.

Jai essayé la police, ils disent que ce nest pas un délit; il na jamais pris largent directement, raconte Marielle.

On pourrait écrire aux journaux? propose Léa. Faire connaître le arnaqueur.

Mais il changera de nom et continuera, secouetelle Océane.

Anaïs réfléchit, puis propose :

Et si on le confrontait toutes ensemble? On lui demande largent, sinon on publie tout en ligne.

Elles acceptent, trouvent lappartement dAntoine grâce à Ludmila, qui leur donne ladresse.

Le soir, les quatre femmes frappent à la porte. Antoine, surpris, les laisse entrer.

Vous êtes qui? demandetil, nerveux.

On est celles que tu as trompées, répond Marielle. Nous savons tout, et votre mère est prête à témoigner.

Antoine se frotte le visage, les yeux semplissant de peur.

Que voulezvous?

Largent que vous avez volé, dit Léa. Deux cent cinquante euros, plus les frais de nos mariages.

Je nai pas cet argent! sécrietil.

Tu as les économies, on le sait, réplique Océane. Donneles nous en un mois, sinon on publie ton visage partout.

Anaïs ajoute :

Un mois. Si tu ne paies pas, on alertera la presse, les forums, les réseaux, et on fera porter ton nom.

Après une série de discussions, Antoine accepte, promet de réunir largent dans un mois.

Un mois passe. Antoine les contacte chaque semaine, dit quil économise. À la fin du mois, il les convie à nouveau.

Il leur tend un petit paquet à chacune.

Voilà, cest ce que je vous dois, dittil.

Les femmes ouvrent les enveloppes, comptent le contenu: largent exact.

Voilà, le jeu est fini, conclut Marielle. Ne refais jamais ça.

Antoine hoche la tête, soulagé.

De retour chez elle, Anaïs remet largent à ses parents.

Voilà ce que vous aviez perdu, ditelle.

Sa mère, étonnée, demande comment elle a fait.

On sest unies, les autres fiancées, on la pressé, répondtelle.

Son père la serre dans ses bras.

Bravo, je suis fier de toi.

Un sourire vrai apparaît enfin sur le visage dAnaïs.

Six mois plus tard, elle trouve un nouveau travail, rencontre de nouvelles personnes. La douleur du passé reste, mais elle sest adoucie.

Un soir, LudDepuis ce jour, Anaïs savoure chaque petit bonheur, consciente davoir transformé la trahison en une force qui la guide vers un avenir plus lumineux.

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Le marié ne s’est pas présenté à son propre mariage, puis a envoyé une photo avec une autre femme!
Après l’enterrement de mon mari, mon fils m’a emmenée sur une route forestière et m’a dit : ‘C’est ici ta place.’